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Le Parti québécois appuie l'intervention française au Mali

Par Louis Girard
26 mars 2013

Lors de la récente visite du premier ministre français Jean-Marc Ayrault au Canada, son homologue de la province de Québec et cheffe du Parti québécois, Pauline Marois, a donné ouvertement son appui à la guerre néo-coloniale que mène l’armée française au Mali.

Répétant le prétexte utilisé par Paris pour son intervention, selon lequel la population du Mali est « prise en otage par des extrémistes », Marois a offert à la France d’envoyer le Directeur général des élections du Québec superviser les élections au Mali, qui sont censées se tenir en juillet.

Le gouvernement conservateur canadien du premier ministre Stephen Harper a déjà donné son soutien à cette intervention. Bien qu’il ait été plutôt discret sur sa collaboration étant donné le peu d’appui dans la population pour une autre aventure militaire, le Canada a envoyé des forces spéciales pour entraîner les troupes du Mali et d’autres pays africains qui participent au combat.

Le gouvernement Harper a reconnu avoir envoyé un avion de transport C-17 Globemaster III pour acheminer les troupes françaises. Lorsqu’elle a été annoncée en janvier, cette aide ne devait durer qu’une semaine, mais Harper a réitéré devant Ayrault que cet avion « demeurerait là-bas tant et aussi longtemps que ce serait nécessaire. »

Le Canada a également participé à des exercices militaires conjoints avec les Etats-Unis, l’Europe et d’autres pays africains en Mauritanie, un pays qui borde le Mali.

C'est pour assurer ses propres intérêts que la France a décidé d’intervenir au Mali. Cette ancienne colonie française est riche en ressources minérales et potentiellement en réserves pétrolières et elle borde le Niger, source majeure d'uranium pour les centrales nucléaires et le programme militaire français.

La France, ainsi que les autres puissances qui l’appuient dont les Etats-Unis, cherchent aussi à contrer l’influence grandissante de la Chine, qui est devenue le plus important partenaire économique de l’Afrique.

La France a utilisé la force contre Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, aussi une ancienne colonie française, et contre Kadhafi en Libye, afin de mettre en place des régimes plus fidèles aux intérêts occidentaux. Les deux pays s’étaient au préalable rapprochés de la Chine.

La guerre au Mali, qui a cours depuis le 11 janvier, a démoli en bonne partie des villes et des villages, forçant un grand nombre de gens à fuir et menaçant de déclencher une crise humanitaire.

L’appui du Parti québécois, un parti de la grande entreprise québécoise qui prône la souveraineté du Québec, à l’intervention menée par la France au Mali n’a rien à voir avec la « lutte contre le terrorisme », mais plutôt avec la longue histoire d’appui des forces souverainistes à l’impérialisme américain et occidental.

Cette politique étrangère est étroitement liée à la politique intérieure du PQ, c’est-à-dire les attaques historiques qu’il a menées contre la classe ouvrière québécoise. Le PQ a toujours été un outil clé de la classe dirigeante pour contrôler l’opposition des travailleurs québécois et implanter de sévères mesures de droite, comme l’expérience de la grève étudiante et du dernier budget péquiste déposée en novembre le démontrent.

Dès ses débuts, le mouvement souverainiste a courtisé et soutenu l’impérialisme américain. Dans les semaines qui ont suivi la première installation au pouvoir du PQ en 1976, le premier ministre du Québec, René Lévesque, s’est rendu à Wall Street pour rassurer l’élite financière américaine qu’un Québec indépendant serait un bon partenaire.

Le même scénario s'est répété avant le référendum sur la souveraineté de 1995. Une entente entre les trois principaux partis souverainistes de l’époque – le Bloc Québécois, le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec – ainsi que la loi référendaire adoptée par l’Assemblée nationale stipulaient qu’un Québec indépendant ferait partie des principales institutions politiques et économiques utilisées par les grandes puissances pour maintenir leur hégémonie : l’OTAN, une alliance militaire des puissances occidentales menée par les Etats-Unis; NORAD, une alliance militaire canado-américaine; ainsi que l’ALENA, un accord de libre-échange entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique.

Au début des années 2000, le Bloc Québécois, qui est le parti frère du PQ au niveau fédéral, a fait pression sur Ottawa pour qu’il se débarrasse du dollar canadien et adopte le dollar américain. Pour le BQ, c'était une façon de se rapprocher de Washington et de diminuer la dépendance de la bourgeoisie québécoise envers sa rivale du Canada anglophone.

Le Bloc québécois a aussi endossé la supposée « guerre à la terreur » et appuyé l’intervention menée par les Etats-Unis en Afghanistan, la qualifiant de « noble cause ». L’ancien chef de ce parti, Gilles Duceppe, s'est vanté d'avoir appuyé dès le début cette aventure militaire dans laquelle le Canada s'est grandement impliqué. En 2006-2007, lorsque le NPD (Nouveau parti démocrate) a renversé sa position pour faire une timide critique de l’intervention canadienne en Afghanistan en appelant à un retrait planifié des troupes canadiennes de ce pays, Duceppe a condamné la position du NPD comme étant « irresponsable ».

Le BQ a subi une sévère défaite aux dernières élections fédérales en 2011 et n’a plus maintenant que quelques députés. Peu avant qu’il ne subisse cette défaite, le Bloc a donné son appui à la guerre impérialiste contre le régime du colonel Kadhafi en Libye. Cette guerre était la réponse des puissances impérialistes aux soulèvements populaires qui ont balayé le monde arabe. Elles ont manipulé un soulèvement populaire en Libye pour renverser Kadhafi et installer un régime favorable à leurs intérêts, tout en plaçant des troupes dans un pays se situant entre la Tunisie et l’Egypte, deux pays secoués par des soulèvements révolutionnaires.

Dans leur opération en Libye, les puissances occidentales ont soutenu les éléments les plus réactionnaires, dont des groupes islamistes depuis longtemps en conflit avec Kadhafi. Ce sont ces éléments, renforcés par l’appui militaire qu’ils ont reçu de la France, des Etats-Unis et des autres puissances, qui se trouvent maintenant au Nord du Mali.

Après avoir sans cesse agité l'épouvantail islamiste après le 11 septembre pour justifier des guerres d'occupation, puis armé des éléments islamistes pour renverser le régime Kadhafi, les grandes puissances soulèvent aujourd'hui de manière cynique le « danger » islamiste qui serait posé par leurs anciens alliés pour justifier leur opération au Mali.

Le Bloc Québécois et le Parti québécois forment ensemble la principale expression de ce mouvement bourgeois qu’est le mouvement souverainiste. L’histoire et la nature de ce mouvement montrent qu’un Québec souverain serait lui-même une puissance impérialiste, bien que de second ordre.

En offrant ses services pour organiser des élections au Mali et ainsi étendre sa propre influence, l’élite québécoise participe directement à un aspect de la politique étrangère canadienne, qui est d’utiliser la Francophonie dont fait partie le Canada afin de se démarquer dans cette nouvelle ruée des grandes puissances vers l’Afrique.