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Les agences australiennes de renseignement sont essentielles au «pivot vers l'Asie» de la NSA

Par Peter Symonds
6 novembre 2013

Les révélations la semaine dernière selon lesquelles les missions diplomatiques australiennes de toute l'Asie servent de centre d'écoute électronique pour l'Agence nationale de sécurité (NSA) américaine ont dévoilé à quel point l'appareil d'État australien est intégré aux opérations du vaste système d'espionnage mondial américain.

La Direction australienne des communications (ASD) a établi une chaîne d'installations secrètes dans les missions diplomatiques du pays qui est conçue pour récolter les appels téléphoniques et les données électroniques, dans le cadre d'un programme de la NSA appelé STATEROOM. Les pays visés comprennent la Chine, l'Indonésie, la Thaïlande, le Vietnam, la Malaisie, le Timor oriental et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

La surveillance électronique australienne pratiquée pour le compte de la NSA a pris une importance spéciale avec le « pivot vers l'Asie » du gouvernement Obama – une offensive diplomatique d'envergure à la fois diplomatique et militaire dans toute la région Indopacifique qui vise à garantir la domination américaine sur sa rivale, la Chine. Les opérations d'espionnage de la NSA sont étroitement liées aux préparatifs américains en vue d'une guerre informatique et militaire contre la Chine.

Tout comme le Pentagone dépend de plus en plus de l'accès aux bases militaires australiennes dans le cadre de ses préparatifs de guerre contre la Chine, les installations de l'ASD font partie intégrante de la surveillance de la NSA dans toute l'Asie. L'Australie est un partenaire de l'accord de partage des renseignements «Five Eyes» avec la Grande-Bretagne, le Canada, et la Nouvelle-Zélande. L'ASD s'est branchée sur les câbles sous-marins qui transportent les grandes quantités de données électroniques entre l'Amérique du nord et l'Asie. Des centres d'espionnage clé, comme la Base de défense conjointe de Pine gap près d'Alice Springs, servent non seulement à rassembler des informations, en vue notamment d'attaques par drones au Pakistan et en Afghanistan, mais jouent aussi un rôle vital pour la chaîne de commande et les communications militaires.

Le rôle central de l'Australie a été souligné la semaine dernière lorsque le Premier ministre Tony Abbott a pris la décision, contre l'avis de ministres importants, de maintenir l'interdiction pour le géant des télécommunications chinois Huawei de s'impliquer dans le réseau national à haut débit (NBN). La décision de bloquer Huawei pour des «raisons de sécurité», prise à l'origine par le gouvernement travailliste précédent sur conseil des services de renseignement australiens, était motivée par la crainte que la NSA ne puisse avoir un accès aussi facile aux câbles et autres équipements Internet que celui dont elle bénéficie auprès de compagnies américaines comme Cisco.

Un article de la revue Australian Financial Review (AFR) paru le week-end dernier expliquait candidement que la longue bataille sur la participation d'Huawei au NBN était «une escarmouche localisée dans un conflit bien plus large et complexe entre les deux nations les plus puissantes, la Chine et les États-Unis». Dans le cadre de cette lutte, «Washington et Pékin [sont] en lutte pour le contrôle de l'univers informatique par lequel transitent de plus en plus la plupart des activités humaines, et de nombreux moyens d'action militaire».

Passant à l'importance centrale de l'Australie, l'AFR écrivait: «Premièrement, l'Australie est le dernier bastion anglo-occidental réellement sûr dans la région indopacifique, qui sera selon les planificateurs militaires une base cruciale d'opérations pour les forces américaines dans n'importe quel prochain conflit. Une deuxième motivation était que les chefs des renseignements américains considèrent l'Australie comme leur partenaire le plus important pour le partage de renseignements, plus important même que le Royaume-Uni, qui a intégré Huawei dans son propre NBN au grand dam des États-Unis.»

Avec le lancement du «pivot vers l'Asie» à la mi-2009, le gouvernement Obama ne pouvait plus tolérer aucune déviation de la part du gouvernement du pays considéré comme une base essentielle d'opérations contre la Chine dans la région indopacifique. Le Premier ministre australien Kevin Rudd a été retiré de ses fonctions en juin 2010, du jour au lendemain, après un coup interne au Parti travailliste mené par des chefs de coterie au sein du parti et des syndicats qui avaient des liens étroits avec l'ambassade américaine à Canberra. Si Rudd soutenait pleinement l'alliance américano-australienne, il adoptait des initiatives diplomatiques sans consulter Washington qui avaient pour but d'assouplir les tensions entre la Chine et l'Australie, juste au moment où Obama voulait accentuer la pression sur Pékin.

La remplaçante de Rudd, Julia Gillard, a complètement soumis le gouvernement travailliste au renforcement des forces américaines face à la Chine. Le président Obama a choisi d'annoncer formellement le «pivot» au Parlement australien en novembre 2011, ce qui montre le rôle essentiel qu'il attribue à l'Australie. Gillard et Obama ont signé un accord pour stationner des Marines américains à Darwin et accorder aux forces américaines un meilleur accès aux bases australiennes. De manière tout aussi significative, un mois après la visite d'Obama, le gouvernement travailliste, qui avait participé à des négociations avec les représentants d'Huawei, a exclu toute implication de cette compagnie chinoise, même minime, dans le NBN.

Toute l'élite politique est complice de l'intégration des agences australiennes de renseignement dans le réseau d'espionnage mondial de la NSA. Mise à part une poignée d'articles, les médias ont maintenu un silence quasi-total sur les révélations d'Edward Snowden, qu'elles soient de portée générale ou qu'elles concernent spécifiquement l'Australie. Le gouvernement de coalition Abbott, comme le précédent gouvernement travailliste minoritaire soutenu par les Verts, a maintenu le silence quand il était confronté à de nouvelles révélations, refusant de commenter les questions dites de sécurité.

Les organisations de la pseudo-gauche, comme l'Alternative socialiste et l'Alliance socialiste, sont restées muettes pour l'essentiel, ou elles ont prétendu que les révélations de Snowden sont sans importance. Dans un rare article sur le sujet publié la semaine dernière sous le titre, «Le rôle de l'Australie dans l'espionnage de la NSA», le groupe Socialist Alternative a fait ce commentaire: «Tout en étant scandaleuses, ces révélations ne sont pas surprenantes». La pseudo-gauche fait partie de la conspiration du silence de l'élite politique autour de l'intégration de l'Australie dans les préparatifs américains pour une guerre contre la Chine.

Les opérations de surveillance de la NSA sont une composante essentielle de la montée du militarisme américain dans toute cette région. Au cours de la décennie précédente, l'impérialisme américain a plongé tête baissée vers le militarisme et la guerre au Moyen-Orient et en Asie centrale, pour tenter de compenser son déclin historique. Maintenant dans le cadre du pivot vers l'Asie, le gouvernement Obama renforce les alliances militaires et les partenariats stratégiques dans la région et enflamme délibérément les points chauds comme la péninsule coréenne et les disputes maritimes en Mer de Chine du Sud et en Mer de Chine orientale.

Depuis la seconde guerre mondiale, l'impérialisme australien a complètement dépendu du soutien américain pour imposer ses intérêts néo-coloniaux dans le Pacifique. C'est pourquoi l'ensemble de l'élite politique – la Coalition libérale-nationale, le Parti travailliste et les verts – s'est alignée sur la transformation de l'Australie en une base d'opérations pour l'armée américaine et la NSA en cas de guerre contre la Chine.

Comme leurs semblables dans le monde entier, les travailleurs et les jeunes d'Australie ont été choqués et outrés par les révélations sur la NSA, et ils sont profondément inquiets de la montée du danger de guerre. Ces sentiments doivent être dirigés dans une lutte politique contre tous les partis de l'élite australienne, y compris la pseudo-gauche. Ce qu'il faut c'est un mouvement socialiste de la classe ouvrière qui soit unifié en Australie et sur toute la planète, y compris en Chine et aux États-Unis, pour mettre un terme au capitalisme, qui est la cause profonde de la guerre.