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La victoire démocrate à New York et la crise du libéralisme

Par Bill Van Auken
9 novembre 2013

Après les deux mandats du démagogue républicain de droite Rudy Giuliani et les trois mandats du milliardaire Michael Bloomberg, le Parti démocrate a remporté la victoire pour la première fois en près d’un quart de siècle dans les élections municipales à New York mardi dernier.

L'avantage de 50 points du démocrate Bill de Blasio sur son adversaire républicain, Joe Lhota, n’est sans aucun doute qu’un reflet bien pâle et déformé de l'immense colère populaire causée par l'augmentation de l'inégalité sociale dans une ville qui présente la plus grande concentration de milliardaires sur la planète, pendant qu'un cinquième de sa population survit à peine avec 9000 dollars ou moins par an.

On peut voir à quel point le reflet de ces sentiments qui sont exprimés dans le système bipartite capitaliste est pâle et déformé en regardant le taux de participation électorale. Seulement 24 pour cent des électeurs inscrits ont voté, ce qui veut dire que «l'écrasante» victoire de de Blasio proclamée sans cesse par les médias, ne représente que le vote de 16 pour cent de ceux qui sont inscrits pour voter, et d'une proportion encore plus petite si l’on tient compte de toute la population de la ville en âge de voter.

Bien que beaucoup de commentateurs dans les médias attribuent ce boycottage électoral de masse aux sondages d'intentions de vote qui indiquaient une large majorité pour le candidat démocrate, des questions plus fondamentales sont en jeu.

Des millions de travailleurs à New York et à travers les États-Unis sont désillusionnés, sinon hostiles, face aux deux principaux partis politiques. C'est en grande partie le résultat de l'expérience de presque 5 ans de l'administration Obama qui est venue au pouvoir par des promesses «d'espoir» et de «changement auquel on peut croire».

Au lieu de «changement», l'administration Obama a exécuté le plan de sauvetage de Wall Street et accentué le chômage et l'austérité pour la classe ouvrière. La «reprise économique» sans emplois d'Obama a permis au un pour cent le plus riche d'empocher 93 pour cent de la croissance du revenu pendant que la vaste majorité voyait son niveau de vie décliner. Au même moment, le gouvernement Obama a considérablement développé les programmes d’espionnage au pays et internationalement, en plus de mener des opérations criminelles à l’étranger comme des assassinats par drone ou les guerres d’agression en Libye et en Syrie.

Même si de Blasio cherchait à exploiter la colère contre l'inégalité sociale, l’aspect dominant de la vie sociale américaine, ceux qui en souffrent avaient entièrement raison de se méfier de sa rhétorique de «l'histoire des deux villes».

De Blasio est un typique carriériste du Parti démocrate, un fonctionnaire dans l'administration Clinton qui a ensuite pris en charge la campagne électorale de Hilary Clinton à New York, et qui s'est cherché différentes positions municipales mineures pour se hisser dans sa carrière politique.

Aussitôt après avoir remporté les primaires du Parti démocrate en septembre, de Blasio a changé de refrain, abandonnant son discours en faveur de la classe ouvrière et des pauvres de New York pour s’orienter vers les prédateurs financiers de Wall Street. Au final, il aura empoché plus de trois fois plus d'argent pour sa campagne et aura profité de bien plus d'appui de la part des grandes banques et des sociétés financières que Lohta, un ancien banquier d'affaires qui a fait campagne contre la demande de De Blasio pour une hausse insignifiante des taxes municipales pour les plus riches de New York. De Blasio a bénéficié de l'appui de dirigeants de Goldman Sachs et des plus gros fonds spéculatifs ainsi que d'autres, qui méritent la prison pour les actions qui ont provoqué le krach de 2008.

Dans ce milieu social, plusieurs pensent que de placer un démocrate qui se présente comme un populiste à la mairie aurait ses avantages politiques, surtout dans des conditions où la ville prévoit un déficit budgétaire de 2 milliards de dollars et s'apprête à négocier des contrats avec des syndicats qui représentent 300.000 travailleurs municipaux, dont la plupart sont sans contrat depuis plus de quatre ans. Ils ont sans aucun doute pensé que De Blasio serait en meilleure position que Lhota pour vendre l’idée du «partage des sacrifices».

Pendant que ces machinations politiques cyniques et réactionnaires sont de plus en plus révélées à la population, une certaine tendance politique ressent le besoin urgent de maintenir les illusions entourant le Parti démocrate et le libéralisme. C'est ainsi que les organisations de la pseudo-gauche qui orbitent autour du Parti démocrate et l'appareil syndical se sont consacrés à appliquer un verni de gauche à de Blasio et à tout le processus électoral bourgeois.

Dans le cas de l'élection municipale de New York, l’International Socialist Organization (ISO) a célébré la victoire de De Blasio dans la primaire du Parti démocrate. Tout en exagérant de façon disproportionnée les illusions populaires maintenues autour de De Blasio, l'ISO a expliqué à ses propres membres et à d'autres éléments de la pseudo-gauche que «notre rôle ne devrait pas être de détruire ces espoirs (comme si nous le pouvions), mais d'essayer de le canaliser dans un mouvement pour le changement». Au lieu de faire campagne pour De Blasio, l'ISO incite ses «activistes» à «demander que lui fasse campagne pour nous».

Tout est conçu dans le but de diriger le mécontentement populaire en toute sécurité derrière la politique du Parti démocrate et ainsi éviter une rupture de la classe ouvrière avec le système bipartite capitaliste.

Similairement, à Minneapolis et Seattle, le groupe Socialist Alternative a mené des campagnes basées sur des programmes minimaux de réforme municipale et des appels à des sections du Parti démocrate et de la bureaucratie syndicale.

Ces efforts sont conçus de façon à obscurcir la réalité essentielle de la vie politique aux États-Unis: la domination d'une minuscule oligarchie qui monopolise la richesse de la société est incompatible avec la démocratie. La politique de l'establishment dans sa totalité, ce qui inclut ses soi-disant représentants libéraux, est dédiée à la défense de la domination de cette couche sociale et à la suppression de toute réelle opposition indépendante. La pseudo-gauche, avec sa continuelle promotion de différentes formes de politique identitaire, se consacre à obscurcir ce conflit fondamental entre la classe dirigeante et la classe ouvrière. Reflétant les intérêts sociaux d'une couche privilégiée de la classe moyenne, elle est déterminée à détourner et écraser cette lutte.

Tout comme avec Obama en 2008, les événements futurs vont exposer le contenu de classe de la politique de de Blasio. La division sociale grandissante à New York et à travers le pays ne peut durer. Elle doit donner naissance à une éruption de la lutte des classes. C'est à ce moment que le véritable caractère des deux partis de la grande entreprise et de tous ses politiciens – ainsi que leurs adjoints petits-bourgeois de la pseudo-gauche – deviendra clair pour des millions de personnes.

Les questions décisives pour cette lutte future sont le développement d'un mouvement politique de la classe ouvrière indépendant en opposition au capitalisme, et la construction d'une direction révolutionnaire pour armer ce mouvement d'un programme socialiste et révolutionnaire. Cela veut dire la construction du Parti de l'égalité socialiste.

(Article original paru le 7 novembre 2013)