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L'importance du rassemblement en défense du Detroit Institute of Arts

Par Joseph Kishore et David North
8 octobre 2013

La manifestation du vendredi 4 octobre contre la vente des œuvres d'art du Detroit Institute of Arts, était une étape importante, historique même, du développement du mouvement ouvrier, avec des implications nationales et internationales.

Le rassemblement, organisé et tenu sous la bannière du Parti de l'égalité socialiste, trotskyste, et des Jeunes et étudiants internationaux pour l’égalité socialiste a été la première expression politique organisée d'opposition à la faillite de Detroit et aux politiques du liquidateur judiciaire Kevyn Orr. Environ 500 travailleurs et jeunes – c'est-à-dire une représentation notable de la classe ouvrière de Detroit comprenant des étudiants, des employés municipaux, des enseignants, des retraités, des artistes et des locataires également en lutte contre les expulsions – se sont rassemblés pour dénoncer les attaques contre la culture et l'ensemble des droits de la classe ouvrière.

Cette manifestation était pleine d'enthousiasme et d'optimisme. Après des décennies de trahisons et de répression imposés par des syndicats à la botte des grandes entreprises de toute forme d'opposition aux attaques visant la classe ouvrière, ce rassemblement a donné à de nombreux participants leur première occasion de s'engager dans la contestation sociale. Les manifestants ont applaudi les orateurs qui ont attaqué verbalement les démocrates et les républicains, dénoncé le système d'exploitation capitaliste, souligné la nécessité du socialisme et en ont appelé à la solidarité internationale de la classe ouvrière.

L'ampleur de la manifestation était significative, un fait admis même par les médias locaux. Jusqu'à vendredi, la faillite de Detroit et les actions du liquidateur judiciaire ont progressé sans aucune résistance active. Les vandales financiers, dont Orr est le porte-parole, ont eu les mains libres pour détruire les retraites, la santé et liquider les biens de la ville. La semaine dernière encore, Orr a déclaré qu'il considérait que l'essentiel des œuvres d'art du DIA étaient « disponibles » pour évaluation par la société de vente aux enchères Christie's, leur vente devant rembourser les créanciers de la ville.

Le recours imposé au liquidateur judiciaire a reçu le soutien de l'ensemble de l'élite politique, démocrates comme républicains. Orr a été nommé et a reçu des pouvoirs dictatoriaux sur le futur de Detroit de la part du gouverneur républicain Rick Snyder et du trésorier démocrate Andy Dillon. Le conseil municipal et le maire, avec l'ensemble d’une administration locale corrompue, ont immédiatement accepté, abandonné leurs propres pouvoirs sans protester, tant que leurs propres salaires et privilèges étaient maintenus.

Orr a également reçu le soutien du gouvernement Obama, qui considère ce qui est en train de se produire à Detroit comme un modèle pour des mesures similaires dans tout le pays. Des responsables du gouvernement étaient dans la ville il y a tout juste une semaine pour donner leur bénédiction à ces procédures. Les maigres fonds accordés le sont pour l'essentiel sous la forme de liquidités allant directement à la classe dirigeante de Detroit pour contribuer à la destruction d’immeubles et à l'embauche de plus de policiers.

Les syndicats soutiennent activement et participent à ce processus réactionnaire. Dirigeant leurs organisations comme des entreprises à but lucratif qui profitent de l'exploitation de la classe ouvrière, les dirigeants syndicaux partagent le point de vue et les intérêts de la grande entreprise américaine. Le mépris que ces organisations ont pour les travailleurs qu'elles prétendent représenter s’est vu résumé dans un commentaire du chef local du syndicat des employés publics, qui a justifié la vente des œuvres d'art du DIA en affirmant qu’on « ne pouv[ait] pas manger l'art. » Le seul souci des responsables syndicaux est de trouver un moyen pour qu'une partie des bénéfices de la vente des pièces du musée se retrouve dans leur poche.

Les opposants politiques du Socialist Equality Party parmi la myriade d'organisations protestataires des classes moyennes dénoncent en général notre organisation comme « sectaire. » Ce qu'ils veulent réellement dire par là, c'est que le SEP essaye d'organiser la classe ouvrière en opposition aux syndicats pro-capitalistes et au Parti démocrate, en s'appuyant sur un programme socialiste international. Le rassemblement de vendredi a constitué une réfutation éloquent de cette diffamation. Le SEP n'a pas seulement prouvé qu'il est la seule organisation capable d'organiser la classe ouvrière en défense de ses intérêts. Ce rassemblement a également montré, même si ce n'est qu'un début, que le mouvement objectif de la classe ouvrière et la lutte pour les principes marxistes et la conscience socialiste se rencontrent.

Un point supplémentaire doit être soulevé sur le rôle joué par le Socialist Equality Party en défense du Detroit Institute of Arts. Pourquoi, nous ont demandé certains, le SEP s'intéresse-t-il au sort d'une institution « élitiste » ? Qu'est-ce que le sort des peintures et des œuvres d'art en général a à voir avec les questions « quotidiennes » qui sont censées être l'intérêt principal de la classe ouvrière ? Ces questions, même quand elles sont sincères et bien intentionnées, démontrent une sous-estimation du rôle de la classe ouvrière comme force progressiste révolutionnaire dans la société capitaliste contemporaine ainsi qu'une compréhension insuffisante du sens de la lutte pour le socialisme. Peut-on douter qu'une classe ouvrière consciente de l'importance critique de l'art et de la culture soit tout aussi capable de mener une lutte déterminée pour les salaires, la santé et les retraites ?

Le Comité international de la Quatrième internationale a longuement insisté sur l'idée que la culture était nécessaire à la classe ouvrière et que la lutte de la classe ouvrière pour le socialisme était nécessaire à la culture. L'Art ne peut pas se sauver tout seul. Tout l'héritage des progrès de l'humanité, y compris l'héritage culturel, dépend de l'intervention de la classe ouvrière en opposition au pillage mené par l'aristocratie moderne.

Le PES comprends très bien que cette manifestation là, dans une seule ville, n'a pas résolu les problèmes politiques complexes qui se posent à la classe ouvrière américaine. La manifestation a consisté en quelques centaines de manifestants, pas des milliers. Mais tous ceux qui sont familiers de l'environnement politique des États-Unis – la monopolisation de la vie politique officielle par le système bipartite capitaliste, l'anticommunisme permanent des médias et leur suppression de toute opinion dissidente, la glorification permanente du militarisme et de toute forme imaginable d'arriération dans la pensée politique et la culture, la promotion étouffante des politiques identitaires de la classe moyennes, et la négation systématique de l'existence d'une classe ouvrière américaine – reconnaîtrons que la marche du 4 octobre en défense du DIA a été un événement d'une grande importance et même historique. À Detroit, l'un des centres historiques de la lutte des classes américaine et internationale, des centaines de travailleurs et de jeunes ont marché avec des banderoles et des pancartes socialistes contre la politique de la classe capitaliste.

L'exclusion de la classe ouvrière de la vie politique et des luttes sociales qui a duré pendant des dizaines d'années commence à avoir des ratés. Cette manifestation est une forte annonce de la radicalisation politique de la classe ouvrière américaine. Le développement de cette radicalisation, qui prendra un caractère anticapitaliste et socialiste de plus en plus net, ne va pas seulement transformer profondément la vie politique aux États-Unis. L'émergence de la classe ouvrière américaine en tant que force révolutionnaire se fera sentir dans le monde entier.

Tout ceux qui sont en accord avec le programme du Socialist Equality Party et qui veulent jouer un rôle actif dans la lutte pour le socialisme devraient prendre la décision de rejoindre ce mouvement.

(Article original paru le 7 octobre 2013)