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Ce que la promesse du Parti travailliste à propos des prix de l'énergie révèle sur la Grande-Bretagne

Par Julie Hyland
30 septembre 2013

Les cris d'indignation qui ont accueilli la suggestion timide de quelques réformes restreintes faite par le dirigeant du Parti travailliste Ed Miliband montrent clairement quelle est la réalité sociale en Grande-Bretagne.

A la conférence du Parti travailliste, Miliband s’est engagé à que, s'il était élu en 2015, son gouvernement gèlerait les prix du gaz et de l'électricité jusqu'au début de 2017.

Ce serment est bien loin de constituer un retour aux politiques de"taxe et dépense" du "vieux Parti travailliste", et encore moins un véritable "socialisme" contrairement à ce qu'affirment les critiques comme les partisans de Miliband dans les médias.

Représentant une économie de seulement 120 livres pour un ménage moyen, c'est une goutte d'eau dans l'océan comparé aux mesures d'austérité de la coalition qui réunit conservateurs et libéraux, ce qui a produit, comme l'a reconnu Miliband, la plus longue chute du niveau de vie depuis les années 1870.

Pour son discours à la conférence, cependant, Miliband se devait d'arriver avec un moyen d'attirer l'attention des médias. Après tout, c'est un homme qui a le dos au mur.

Miliband dirige un parti qui a été quasiment détruit par sa longue période d'association au gouvernement où la spéculation libérale et les agressions militaires néo-coloniales étaient monnaie courante. Le vote pour le Parti travailliste s'est effondré à tout juste 29 pour cent lors des dernières élections, et il y a bien peu de signes d'une reprise.

Les effectifs sont tombés à seulement 180 000, et les sondages les plus récents donnent aux conservateurs une légère avance sur les travaillistes en dépit d’une vaste hostilité vis-à-vis du Premier ministre Cameron et de son gouvernement. Presque la moitié des électeurs pensent que le Parti travailliste ferait mieux sans Miliband, et près des deux tiers pensent qu'il ne peut pas gagner une élection.

Avec de tels pronostics, Miliband se devait de faire quelque chose pour gagner des opinions favorables, même si ce n'était que pour sauver son propre poste. Entouré d'images du drapeau national, il a à nouveau présenté le Parti travailliste comme le parti « d'une seule nation », où les « riches comme les pauvres » ont « des responsabilités les uns envers les autres. »

Pointant ce que tout le monde sait - que la prétendue reprise économique n'a concerné que les super-riches - il s'est plaint que cela était le résultat du soutien des conservateurs pour un « nivellement global vers le bas » au détriment des salaires, des conditions de travail et des droits.

Miliband a à peine fait référence au rôle des libéraux démocrates au gouvernement. Avec de faibles chances que le Parti travailliste puisse remporter les élections tout seul, le dirigeant travailliste mise sur une coalition avec le partenaire actuel des conservateurs, dont les propres résultats dans les sondages sont en chute libre et dont les effectifs sont à moins de 50 000.

Miliband a affirmé que le Parti travailliste défendait une « course vers le sommet ». Il n'a pas détaillé en quoi cela pouvait bien consister, mais il y a ajouté des promesses de réformes minimes comme une sortie des énergies à base de carbone, l'annulation des cadeaux fiscaux accordés par la coalition aux grandes entreprises pour les remplacer par des réductions d'impôts pour les petites entreprises, des petits-déjeuners offerts aux élèves des écoles primaires, et de « voir s'il y a des secteurs où l'on pourrait se permettre » d'augmenter le salaire minimal.

Il a bien précisé que ces augmentations n'auraient lieu qu'en accord avec le patronat.

Son serment de geler les prix de l'énergie pour un moment visait également en premier lieu à faire faire des économies aux petites entreprises, dans la droite ligne de son leitmotiv sur « une nation unie ». Il n'est pas possible, a-t-il affirmé, « d'avoir une économie de marché dynamique quand une partie de la société gagne autant aux dépens des autres, » tout en invitant les géants du secteur énergétique à coopérer à son projet.

Miliband a clairement dit que ces mesures limitées entrent complètement dans le cadre de l'engagement du Parti travailliste envers l'austérité. Etre au gouvernement serait « dur », a-t-il dit. Le Parti travailliste allait devoir « s'en tenir à des limites strictes sur les dépenses... nous n'allons pas pouvoir dépenser de l'argent que nous n'avons pas. »

Le député Ed Balls, chargé de suivre le travail du ministre des Finances en exercice, a insisté sur le même message, disant clairement qu'il n'y aurait aucune annulation des coupes budgétaires faites par la coalition et que le Parti travailliste devrait lui-même en faire plus. Pour souligner ce point, il avait écrit à l'Office de la responsabilité budgétaire pour demander qu'il fasse un audit des promesses du manifeste du parti pour prouver sa discipline fiscale.

Leurs déclarations soulignent le fait que le serment de geler le prix de l'énergie n'est qu'une version différente de la même politique, les travailleurs y perdront de toute façon. Et pourtant, la réaction des grandes entreprises et de la plupart des médias a été hystérique.

Le Financial Times a décrié les « émanations de populisme poujadiste » dans cette proposition - en référence au populiste démagogique de droite français des années 1950, Pierre Poujade.

Quant aux géants de l'énergie, ils ont menacé sérieusement de se retirer du Royaume-uni et de le laisser avec des coupures de courant.

Le président de Centrica, Sir Roger Carr, a décrit le gel des prix comme « la recette de la ruine économique, » il a affirmé qu'il ne serait « plus viable économiquement de continuer » en Grande-Bretagne.

Sur fond de menaces d'une grève de l'investissement, Neil Woodford de la compagnie de gestion de porte-feuilles Invesco Perpetual a dénoncé ce plan comme du « vandalisme économique ». Si les grandes entreprises de l'énergie « ne peuvent pas gagner d'argent en fourniss ant de l'électricité au marché de détail, alors elles ne vont pas en fournir. Les lumières vont s'éteindre, l'économie va mettre la clef sous la porte, » a-t-il dit.

En réalité, les factures d'électricité ont pratiquement doublé depuis 2000, les foyers dépensent en moyenne 1339 livres (1596 euros) pour le gaz et l'électricité. Selon le groupe de consommateurs Which ?, les ménages ont payé 3,9 milliards de livres en excédent par an pour leur énergie. Dans l’intervalle, le profit annuel fait par les grandes firmes énergétiques a augmenté de 73 pour cent de entre 2010 et 2012.

Le bloggeur Damian Carrington qui publie sur le site du Guardian sur les questions environnementales a également fait remarquer que : « la politique de la coalition de construire des nouvelles centrales ne sera pas changée, ce qui signifie que le gouvernement garantira le même prix aux compagnies d'énergie pour encore 30 à 40 ans. C'est un investissement extrêmement intéressant dans un monde où règne l'incertitude. »

En d'autres termes, tout en se plaignant des prix gelés pour les consommateurs, les entreprises sont plus qu'heureuses avec des dizaines d'années de prix gelés à leur avantage.

Cette élite dirigeante n'acceptera pas que la moindre miette soit jetée aux travailleurs, même si une action de ce genre visait à les aider à continuer de piller l'économie pour leur enrichissement personnel.

Max Hastings a résumé leur attitude dans le Daily Mail, quand il a répondu à la question purement rhétorique posée par Miliband de savoir s'il était acceptable pour « un pays de travailler plus et plus longtemps pour gagner moins ? »

Le « fait est », a affirmé Hastings, « que toutes les sociétés occidentales doivent justement faire cela. » Tout politicien qui prétend que cela peut être évité en « chargeant plus de taxes sur les banques et les millionnaires, est soit un fou, soit un menteur. »

Cette réaction colérique à la faible tentative de Miliband de gagner un peu de popularité témoigne de l'emprise totale des grandes entreprises et des super-riches sur l'ensemble du système politique. Absolument rien ne doit pouvoir toucher à leurs mode de vie obscène, l'oligarchie financière déclare ouvertement que la survie de son système dépend de la destruction des conditions de vie de la grande masse de la population.

L'existence continue de cette couche parasitaire est incompatible avec les besoins de la société. Mais comme les événements des derniers jours l'ont souligné, son emprise économique ne sera pas rompue par les appels à sa conscience inexistante, encore moins par ses larbins politiques dans un Parti travailliste moribond.

Cela ne peut être réalisé que par la mobilisation de la classe ouvrière au cours d'une lutte révolutionnaire pour faire tomber le système d'exploitation capitaliste et la lutte pour un gouvernement ouvrier s'appuyant sur des politiques socialistes.

(Article original paru le 27 Septembre 2013)