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Les États-Unis et l'Iran vont se rencontrer à l'ONU

Par Bill Van Auken
25 septembre 2013

Le gouvernement Obama a confirmé lundi que le secrétaire d'État américain, John Kerry, va rencontrer cette semaine son homologue iranien, le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. Cette rencontre sera la première de haut niveau entre ces gouvernements depuis la Révolution iranienne de 1979 qui a renversé la dictature du Shah appuyée par les États-Unis.

La rencontre, qui coïncide avec l'ouverture de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York, comprendra les autres membres du groupe de pays P5+1(Grande-Bretagne, Chine, France, Russie et Allemagne) qui a conduit des négociations diplomatiques avec l'Iran sur son programme nucléaire.

La Maison blanche a minimisé l'importance des spéculations selon lesquelles Barack Obama organisera une sorte de rencontre symbolique avec Hasan Rouhani, le président iranien nouvellement élu. Les deux devaient prendre la parole lors de la séance d'ouverture de l'Assemblée générale mardi.

Le porte-parole de la Maison blanche, Jay Carney, a dit à des journalistes lundi que les États-Unis étaient intéressés à tenir des pourparlers avec l'Iran «dans la mesure où l'Iran démontre du sérieux pour s'occuper de son programme d'arme nucléaire». Le gouvernement iranien a constamment nié qu'il y a un tel programme et a insisté pour dire que ses activités nucléaires ont des objectifs pacifiques. Le renseignement américain a corroboré que l'Iran n'a pas de programme de développement d'armes nucléaires.

Le vice-conseiller à la sécurité nationale, Ben Rhodes, a adopté une tactique similaire, insistant que les sanctions imposées par Washington et ses alliés étaient nécessaires afin d' «empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire», mais que le gouvernement Obama laissait aussi la «porte ouverte pour une solution diplomatique afin de résoudre cette question de façon à empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire tout en lui permettant l'accès à l'énergie nucléaire conformément aux obligations de non-prolifération».

L'absence de toute preuve que l'Iran développe autre chose qu’une technologie nucléaire pacifique conformément aux traités internationaux n'a pas empêché Washington et les grands médias américains de présenter l’accès de l’Iran à l'arme nucléaire comme une menace imminente, qui justifie non seulement les sanctions économiques frappant plus de 76 millions de personnes, mais aussi des attaques militaires directes.

Plus tôt, Rhodes a mis en garde: «Nous avons toujours dit clairement que la fenêtre ouverte pour la diplomatie n'est pas sans fin». C’est une menace implicite que si Téhéran ne se plie pas aux demandes impérialistes des États-Unis, il peut s'attendre à une agression militaire.

L'élection de Rouhani, qui est entré en fonction le mois passé, s’explique en large mesure par le désir des Iraniens d'échapper au régime de sanctions. Les sanctions ont fait grimper le chômage, causé un taux d'inflation de 40 pour cent et coupé les revenus pétroliers de moitié. Anciennement le deuxième plus grand producteur de pétrole de l'Organisation des pays producteurs de pétrole, l’Iran a glissé au sixième rang. De plus, même si les produits médicaux font supposément partie des exemptions au régime de sanctions, les menaces aux banques et aux exportateurs voulant faire affaire avec l'Iran ont réduit leur importation, menant à de grandes pénuries et à un nombre croissant de décès.

Avant de quitter pour la réunion à l'ONU, Rouhani a dit à des journalistes à Téhéran: «Dans ce voyage, je vais tenter de faire entendre la voix du peuple opprimé de l'Iran au monde entier, et nous devons dire que le régime de sanctions est illégal et inacceptable».

Dans un geste montrant le désir de la bourgeoisie iranienne de changer ses rapports avec l'impérialisme américain et ses alliés, Mohammad Khatami, qui fut le président iranien de 1997 à 2005 et demeure une figure clé de la faction «réformiste» du régime iranien, a écrit lundi une chronique dans le quotidien britannique Guardian pour faire savoir que Rouhani venait à New York avec un «objectif de changement» qui représentait «une occasion sans égale et peut-être impossible à répéter pour l'Iran, l'Occident et toutes les puissances régionales».

Il a ajouté que Rouhani jouissait du «soutien public explicite» du leader suprême de l'Iran, l'Ayatollah Ali Hosseini Khamenei, en vue d’une «solution diplomatique à plusieurs questions de la politique étrangère avec l'Occident, pas seulement sur la question nucléaire».

Cependant, il y a clairement des signes de division au sein du régime iranien. Juste avant le départ de Rouhani pour New York, les Gardiens de la révolution islamique, un appareil politique puissant de l'Iran, a prévenu que «l’expérience historique enseigne à l'appareil diplomatique de notre pays de surveiller avec soin et scepticisme le comportement des dirigeants de la Maison blanche afin que les demandes justes de notre nation soient reconnues et respectées par ceux qui favorisent l'interaction».

Les pourparlers nucléaires entre les grandes puissances nucléaires et l'Iran ont stagné lors des huit dernières années et la dernière ronde de négociations a pris place au Kazakhstan en avril. Comme lors des précédentes séances, elles ont échoué après que les États-Unis et leurs alliés aient présenté un ultimatum à l'Iran pour qu’il arrête les activités liées à l'enrichissement de l'uranium qui sont conformes au Traité de non-prolifération dont il est signataire, tout en offrant des changements mineurs à ce qui est en pratique un blocus économique du pays.

Un groupe bipartite de sénateurs américains ont envoyé des lettres à Obama lundi, demandant clairement de ne pas effectuer de changement significatif dans cette politique.

«L'Iran doit montrer qu'il est sérieux quant à l'atteinte d'une solution diplomatique légitime accompagnée d'une conformité complète et vérifiable. Des pourparlers ne peuvent être simplement un moyen de faire traîner les choses, tandis que l'Iran continue son enrichissement agressif de l'uranium», ont écrit à Obama les sénateurs Charles Schumer (Démocrate de New York) et John McCain (Républicain de l'Arizona).

Ils ont conseillé vivement de ne pas diminuer les sanctions. «Le temps n'est pas venu de diminuer la pression», ont écrit Schumer et McCain. «Toute sanction ne doit être retirée que si l'Iran arrête son programme nucléaire. Inversement, s’il continue et élargit ses activités nucléaires, les États-Unis et leurs amis et alliés doivent augmenter les sanctions.»

De manière similaire, le sénateur démocrate Robert Menendez, président de la commission des affaires étrangères du sénat, et le républicain Lindsey Graham ont envoyé une lettre ouverte au président américain pour le mettre en garde. «Peu importe les belles paroles qu'on peut entendre de M. Rouhani», ont-ils écrit, «ce sont les gestes iraniens qui comptent».

Plus tôt cette semaine, Menendez et Graham ont présenté une résolution au Sénat incitant Washington à donner le feu vert à des frappes militaires d'Israël contre l'Iran et à fournir un «soutien diplomatique, militaire et économique» au régime israélien dans l'éventualité d'une telle attaque.

Leur réponse aux ouvertures de Rouhani correspond à celle d'Israël. La semaine dernière, le bureau du premier ministre israélien, Binyamin Netanyahu, a émis un communiqué rejetant l'offre de Rouhani de négocier. «Le vrai test n'est pas les mots de Rouhani mais les gestes du régime iranien, et celui-ci continue d'avancer agressivement son programme nucléaire pendant que Rouhani donne des entrevues», peut-on y lire.

Tout comme les accusations non fondées que la Syrie a utilisé des armes de destruction massive contre sa population, les allégations sur le programme nucléaire iranien n'ont jamais été rien de plus qu'un prétexte pour une agression contre l'Iran. Ce pays est vu comme un obstacle à l'imposition de l'hégémonie impérialiste américaine sur le Golfe persique et l'Asie centrale, des régions riches en pétrole et stratégiquement critiques.

Peu importe les négociations dans lesquelles Washington s'engage, elles auront pour but d'arracher des concessions qui vont davantage affaiblir l'Iran et le rendre plus vulnérable à de futures interventions militaires américaines.