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Manifestations en Grèce suite au meurtre fasciste du musicien Pavlos Fyssas

Par Christoph Dreier
21 septembre 2013

Jeudi, des milliers de personnes sont une fois de plus descendues dans la rue en Grèce pour protester contre les coupes sociales appliquées par le gouvernement et la violence fasciste croissante. Les partis politiques grecs ont réagi aux protestations de masse en demandant une interdiction du parti fasciste, Aube dorée, et un renforcement de l’appareil de répression d’Etat.

Des milliers de personnes se sont rassemblées pour les obsèques du musicien de hip-hop gauchiste de 34 ans, Pavlos Fyssas, qui avait été agressé et poignardé à mort la veille par un groupe de néonazis. Des cérémonies d'hommage et des réunions de protestation plus petites ont eu lieu partout dans le pays. Les étudiants ont interrompu leurs cours pour rendre hommage à Fyssas.

Des élèves ont aussi occupé dix autres établissements scolaires dans la région d’Attica, dans les environs d’Athènes, ce qui porte à 20 le nombre d’établissements scolaires qui sont actuellement occupés. Ils agissent en soutien des enseignants qui sont en grève et qui protestent contre les licenciements de masse dans le secteur public.

La grève des enseignants a démarré lundi. Ils décideront vendredi s'ils vont la reconduire de cinq jours supplémentaires. Les médecins, les infirmières, les avocats et autres travailleurs du secteur public ont rejoint la grève de 48 heures des enseignants.

Mercredi des travailleurs grévistes du public ont associé leurs manifestations contre les licenciements de masse prévus aux protestations contre Aube dorée. Le même soir, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues dans plus d’une vingtaine de villes pour manifester contre les fascistes. Il y a eu des affrontements répétés entre les manifestants et la police.

Des masses de travailleurs associent politiquement les attaques sociales perpétrées par le gouvernement grec et l’Union européenne (UE) contre la classe ouvrière à la montée de la terreur fasciste que l’élite dirigeante grecque déploie contre la population. Le quotidien grec To Vima a énuméré au moins 300 attaques violentes commises au cours de ces trois dernières années par des néo-nazis.

Les nervis fascistes ont été délibérément développés ces dernières années pour intimider les travailleurs et réprimer l’opposition. Aube dorée entretient des liens étroits avec la police. Non seulement la majorité de la police a voté pour Aube dorée lors des dernières élections, mais elle protège aussi activement les membres du parti contre des poursuites judiciaires et aide à persécuter et à torturer ses détracteurs.

La montée d’Aube dorée est l’expression la plus crue de la faillite du capitalisme grec et du mécontentement populaire grandissant à l’égard des partis traditionnels de gouvernement en Grèce. Aube dorée, une organisation qui nie l’Holocauste et dont l’emblème ressemble à une croix gammée, avait obtenu sept pour cent des voix aux dernières élections et détient actuellement 18 postes de députés sur les 300 que compte le parlement grec. Les sondages d’opinion accordent actuellement au parti 13 pour cent de soutien en en faisant la troisième plus importante force politique du pays.

Les différents partis politiques ont réagi aux protestations de masse en serrant les rangs et en débattant de l’interdiction d’Aube dorée. Sur fond d’opposition populaire grandissante à l’encontre des coupes sociales, ils se servent du meurtre de Fyssas comme excuse pour attaquer les droits démocratiques et élargir les pouvoirs répressifs de l’Etat.

Le renforcement de cet appareil d’Etat qui, en fait, entretient des liens étroits avec Aube dorée n’est pas un pas en avant mais plutôt un pas en arrière dans la lutte contre la montée du fascisme. Des structures autoritaires et un appareil d’Etat fort sont le meilleur terreau du fascisme.

L’unique force sociale capable de confronter les fascistes et le développement d’un Etat policier est la classe ouvrière dans une lutte indépendante et fondée sur un programme socialiste révolutionnaire.

Avec leurs appels à une vaste unité politique derrière tous les principaux partis grecs, ou à une interdiction d’Etat d’Aube dorée, la « gauche » bourgeoise et les organisations de pseudo-gauche comme Syriza, Antarsya et le KKE font tout leur possible pour empêcher qu’une telle lutte émerge.

Le président du parti social-démocrate PASOK au pouvoir, Evangelos Venizelos, s’est ouvertement exprimé en faveur de l’interdiction d’Aube dorée bien que la Constitution grecque l’interdise. Il a dit : « Aube dorée recourt à la violence comme son principal instrument et doit être traitée comme une organisation criminelle. Ce parti a dépassé toutes les limites. L’Etat doit intervenir. »

Le dirigeant de l’ancien parti au pouvoir La Gauche démocratique (DIMAR), Fotis Kouvelis, a appelé tous les partis à travailler ensemble contre les fascistes : « Tous les partis démocratiques doivent accepter de former un front pour défendre la paix et la démocratie contre des meurtriers néo-nazis. »

Le principal parti gouvernemental, Nouvelle Démocratie (ND) a aussi parlé en faveur de l’unité entre les principaux partis. Le premier ministre Antonis Samaras a déclaré que ce n’était pas le moment pour « des querelles et des tensions internes. » Il a réclamé un plus grand recours à la police. « La démocratie est bien plus forte que ne le reconnaissent ses ennemis, » a-t-il dit dans un discours télévisé.

Selon Kathimerini, pour venir à bout d’Aube dorée ND et PASOK se sont accordés « pour faire usage de tous les pouvoirs juridiques disponibles en vertu du droit pénal ». Mais le ministre grec de l’Intérieur, Nikos Dendias, a déjà annoncé que certaines lois pourraient être modifiées afin de s'en prendre encore plus durement à des adversaires.

Le magazine d’information allemand Der Spiegel a rapporté qu’un porte-parole du gouvernement avait exclu une interdiction officielle d’Aube dorée avec qui de nombreux députés ND ont des liens étroits. Certains députés ND ont même proposé de former une coalition gouvernementale avec Aube dorée.

Le plus grand parti d’opposition, la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) a lancé un appel à ce qu’ils appellent les « démocrates » du ND pour soutenir une lutte contre les fascistes. Le porte-parole de SYRIZA, Dimos Papadatos a dit jeudi au WSWS que son parti cherchait à « mettre la pression sur ND afin qu’ils mettent un terme à leur coopération avec les fascistes. »

SYRIZA est un des plus fanatiques partisans d’un renforcement des pouvoir répressifs de l’Etat et demande qu’Aube dorée soit déclarée organisation criminelle.

« Si l’article 187 du code pénal était appliqué, tous les membres d’Aube dorée pourraient être interpellés et emprisonnés, » a dit Papadatos, « Voilà ce que nous devons faire. »

L’article 187 interdit l’affiliation à une organisation criminelle. Au cas où un parti ou une organisation serait classé comme telle, la simple adhésion représenterait une infraction criminelle et c’est sur cette base que l’ensemble des membres du parti peuvent être emprisonnés.

Techniquement toutefois, SYRIZA rejette une interdiction officielle du parti. « L’interdiction d’une organisation signifierait une menace envers la démocratie, » a déclaré Papadatos avec cynisme.

D’autres groupes de pseudo-gauche comme Socialist Workers Party (SEK), qui fait partie de la coalition Antarsya, exigent depuis longtemps l’interdiction des organisations fascistes.

Le Parti communiste (KKE), stalinien de toujours, réclame un « front populaire » contre les fascistes.

Un front uni de tous les partis parlementaires, bien qu'étant présenté comme une menace pour Aube dorée, vise finalement à écraser l’opposition de la classe ouvrière. Le renforcement de l’appareil d’Etat sert à réprimer les conflits de travail et les manifestations et finalement ciblera les partis politiques qui cherchent à mobiliser la classe ouvrière contre le capitalisme et l’austérité.

Cette année, à trois reprises différentes, les travailleurs grévistes ont déjà été placés sous loi martiale et contraints par la police à reprendre le travail. En juillet, 4.000 officiers de police avaient imposé une interdiction générale des manifestations à l’occasion de la visite du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.

(Article original paru le 20 septembre 2013)