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L’alliance entre les Etats-Unis et Al Qaïda en Syrie et l’imposture de la guerre contre le terrorisme

Par Bill Van Auken
7 septembre 2013

Par deux fois cette semaine durant son audience devant les commissions chargées d’examiner la demande par le gouvernement Obama d’une Résolution autorisant l’usage de la force militaire en soutien à l’agression américaine contre la Syrie, le ministre des affaires étrangères John Kerry a écarté les questions sur le rôle prédominant joué par Al Qaïda et ses affiliés dans la guerre civile lancée à l’instigation des Etats-Unis en Syrie; il a insisté sur l’idée que « l’opposition est de plus en plus caractérisée par sa modération. »

Pour la deuxième fois en dix ans, l’impérialisme américain se prépare à lancer une guerre en s’appuyant sur des mensonges sur les armes de destruction massive et sur Al Qaïda. En 2003, Washington a envahi l’Irak pour faire tomber Saddam Hussein en s’appuyant sur l’affirmation qu’il possédait des armes de destruction massives et qu’il se préparait à les livrer à Al Qaïda. Aucune arme de ce genre n’existait et le régime Irakien était un ennemi d’Al Qaïda.

Maintenant, dix ans et demi plus tard, le gouvernement Obama prépare une guerre contre la Syrie en s’appuyant sur des rapports des services de renseignements fabriqués de toutes pièces qui attribuent une attaque à l’arme chimique le 21 août autour de Damas au gouvernement du président Bashar el-Assad, tout en affirmant à tort que les soi-disant « rebelles » sont contrôlés par des « démocrates modérés, » où les éléments liés à Al Qaïda ne représenteraient qu’une infime minorité. Encore une fois, ces deux affirmations sont des mensonges.

Il y a toutes les raisons de croire que l’attaque du 21 août – menée le jour même où les inspecteurs de l’ONU invités en Syrie par Assad ont commencés leur travail – a été menée par les rebelles eux-mêmes pour fournir un prétexte à une attaque américaine. Ils étaient sur le point d’être battus par les forces gouvernementales et avaient tout à gagner d’un événement de ce genre, alors que le régime d’Assad avait tout à y perdre.

Quant à l’affirmation de Kerry sur les forces anti-Assad, l’agence de presse Reuters s’est sentie obligée de contredire le ministre des affaires étrangères américain, en faisant savoir le 5 septembre que ses « déclarations publiques selon lesquelles des groupes modérés de l’opposition syrienne gagnent en influence semble être en contradiction avec les estimations faites par les sources des services de renseignements américains et européens ainsi que par les experts indépendants, qui disent que les extrémistes islamistes restent de loin les éléments les plus actifs et les mieux organisés de la rébellion. »

Pendant que Kerry vantait les vertus démocratiques des « rebelles » mercredi, les milices jihadistes faisaient le siège du village chrétien de Maalula, au Nord de Damas, s’emparant des hauteurs et bombardant des quartiers civils sans défense ainsi que des églises et menaçant de déclencher un bain de sang sectaire.

Ce n’est que la dernière des innombrables atrocités menées par les milices islamistes soutenues par les Etats-Unis qui ont été introduites en Syrie avec des armes et du financement de Washington et de ses alliés dans le but de faire tomber le régime Assad et de changer la carte politique du Moyen-Orient. La principale raison de cette course à une intervention directe des Etats-Unis est la désintégration de cet effort, entrainée par des défaites sur le champ de bataille ainsi que par l’hostilité et le rejet de plus en plus nets que ressent la population syrienne à leur égard.

Des vidéos récentes mises en ligne montrent les crimes des combattants islamistes. Nous mettons nos lecteurs en garde : vous y verrez le sale boulot d’une organisation dépravée qui sert d’allié au gouvernement américain, lequel œuvre pour les mettre au pouvoir.

Ces actes comprennent l’exécution au bord d’une route de trois camionneurs pour le « crime » d’appartenir à la minorité alaouite. (L’un d’entre eux dit à ses meurtriers, « on essaye juste de gagner notre vie. »)

Il y a aussi la décapitation d’un prêtre catholique. Une autre vidéo qui a récemment été diffusée hors de Syrie par un déserteur du camp rebelle écœuré montre une exécution massive de soldats syriens sans défense qui avaient été fait prisonniers.

Ces atrocités sont largement passées sous silence dans les médias contrôlés par le grand patronat; ceux-ci consacrent leurs efforts (avec de moins en moins de succès) à modeler l’opinion publique en soutien de la guerre. Confrontés aux atrocités confirmées de ces rebelles, Kerry et les autres partisans de la guerre insistent sur l’idée que seul un bombardement américain pourrait empêcher une « radicalisation ».

Les politiciens et les faiseurs d’opinion dans les médias qui défendent une attaque « humanitaire » contre la Syrie invoquent tous les 100 000 victimes estimées de la guerre civile dans ce pays comme justification au bombardement américain. Aucun d’entre eux n’admet que cette guerre a été imposée à la Syrie par les Etats-Unis et les autres puissances occidentales. Ils cachent le fait que leurs intermédiaires dans cette lutte pour obtenir un changement de régime, les milices islamistes, sont responsables de l’essentiel du carnage.

D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme, un groupe anti-Assad, 40 pour cent de ces victimes sont des soldats syriens et des miliciens pro-gouvernementaux. Combien de civils ces escadrons de la mort fascistes ont tués reste inconnu, mais ils sont engagés dans des attaques continuelles contre les alaouites, les chrétiens, les kurdes et d’autres minorités, ainsi que contre les musulmans sunnites qui respectent la laïcité.

Pourquoi Kerry est-il obligé de mentir sur les crimes de ces éléments? Pourquoi prétend-t-il qu’une « opposition modérée » inexistante et la coquille vide qu’est « l’Armée libre syrienne » sont les véritables forces qui luttent contre Assad ?

Ces mensonges visent à cacher la réalité qui est que les Etats-Unis et leurs agences de renseignement travaillent en étroite relation avec Al Qaïda et ses affiliées. Cela n’a rien de nouveau. Washington a traditionnellement employé des groupes islamistes de droite contre les nationalistes de gauche et les mouvements socialistes au Moyen-Orient et ailleurs. Il s’est servi de ce genre de forces lors du renversement orchestré par la CIA du gouvernement Mossadegh en Iran en 1953 et lors du coup soutenu par la CIA et des massacres qui ont suivi en Indonésie en 1965.

Al Qaïda, qui est la plus connue de ces forces, a été créée par la CIA et les services de renseignement pakistanais, aidés et financés par la monarchie saoudienne, durant la guerre civile déclenchée par la les Etats-Unis contre le régime prosoviétique en Afghanistan dans les années 1980.

La poursuite de ces liens – mise en évidence par la collaboration actuelle en Syrie – explique beaucoup de choses. Pourquoi, par exemple, les membres d’Al Qaïda qui étaient bien connus des services de renseignement américains ont été en mesure d’entrer librement et d’opérer aux Etats-Unis durant la période qui a précédé leur participation aux attentats du 11 septembre 2001? Pourquoi, également, Washington a fait preuve d’un manque de zèle aussi évident dans la chasse à Oussama Ben Laden jusqu’à ce que ce dernier leur soit devenu inutile?

L’agression à venir des Etats-Unis contre la Syrie souligne l’imposture monumentale que constitue la guerre contre le terrorisme de Washington qui reçoit le soutien de médias serviles qui retiennent délibérément les informations allant dans le sens opposé à la propagande de guerre américaine. La principale réussite de cette « guerre » qui dure depuis 12 ans, a été la chute des régimes séculiers arabes – l’Irak, la Lybie et maintenant la Syrie – qui étaient hostiles à Al Qaïda, et le renforcement des mouvements islamistes fascistes et terroristes, qui servent maintenant de mercenaires à l’impérialisme américain.

En Libye, comme en Syrie aujourd’hui, l’impérialsme américain et ses alliés se sont servi de ces forces pour réaliser un changement de régime, en armant, entrainant et fournissant un appui aérien à Al Qaïda au Maghreb islamique et d’autres groupes de ce genre. Cette intervention, qu’ils justifiaient comme aujourd’hui en Syrie par des arguments « humanitaires », a tué des milliers de gens et laissé le pays en ruines.

La manière dont ces terroristes sont utilisés comme instrument de la politique étrangère impérialiste trouve son expression la plus crue dans une récente rencontre entre le président Russe Vladimir Poutine, et le prince Bandar Bin-Sultan, chef des renseignements saoudiens et principal lien entre Washington et Ryad. D’après une fuite de la transcription de cette rencontre, en échange de l’admission par la Russie du changement de régime en Syrie, Bandar a proposé non seulement des accords sur le pétrole et le gaz, mais « une garantie de protéger les Jeux olympiques d’hiver » qui auront lieu l’année prochaine à Sotchi en Russie, contre les attentats des islamistes tchétchènes. Bandar a assuré à Poutine que ces groupes sont « contrôlés par nous » et qu’ils peuvent être activés ou désactivés suivant les intérêts des saoudiens et des Etats-Unis.

L’intervention criminelle des Etats-Unis en Syrie, en utilisant Al Qaïda, et maintenant le passage à un assaut militaire direct sans avoir été provoqué qui menace de déclencher une guerre régionale voire mondiale, ont révélé la descente de la politique étrangère américaine dans les bas-fonds de la criminalité sous la présidence de Barack Obama.

(Article original paru le 6 septembre 2013)