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Les questions politiques dans la lutte contre la menace du fascisme et de la dictature en Grèce

Par Christoph Dreier
30 septembre 2013

Le meurtre la semaine passée du musicien de hip-hop Pavlos Fyssas par des nervis fascistes a intensifié les tensions en Grèce. Tous les jours, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre la terreur fasciste et les attaques perpétrées par le gouvernement contre les programmes sociaux, les emplois, les salaires et les retraites. La police a répondu par la violence, attaqué les manifestations et protégé les locaux de l’organisation d’Aube dorée. On discute à présent ouvertement dans les cercles dirigeants de l’éventualité d’un coup d’Etat militaire.

Le fascisme et la dictature ne peuvent être évités que par l’intervention de la classe ouvrière dans la crise en tant que force politiquement indépendante organisée sur la base d’un programme authentiquement démocratique et socialiste. Ce n’est que sur la base d’un tel programme que la classe ouvrière peut mobiliser derrière elle toutes les couches opprimées de la société. Un tel mouvement ne peut permettre qu’on l’assujettisse à l’Etat ou aux partis bourgeois qui attaquent de façon de plus en plus agressive les droits démocratiques et les intérêts sociaux des travailleurs. Il doit associer la lutte contre la dictature à la résistance aux attaques sociales et il doit être dirigé contre le système capitaliste lui-même.

Il est indispensable de former des comités d’auto-défense dans les quartiers et les usines afin de protéger des bandes fascistes et de leurs complices dans la police les travailleurs et les immigrés, et de préparer la grève.

Aube dorée, qui nie l’Holocauste et qui arbore une croix gammée modifiée comme symbole, a été délibérément construit par la classe dirigeante. Des forces au sein de l’appareil d’Etat, de l’establishment politique et du patronat ont créé ce parti afin d’en faire le fer de lance de la lutte contre la classe ouvrière. Ce parti, qui est financé par des couches d’ultra-riches, dispose d’unités paramilitaires entraînées par l’armée et soutenues par la police.

Ces mêmes cercles discutent actuellement de l’établissement d’une dictature. Le 25 septembre, la fédération des réservistes des soldats d’élite (KEED) a exigé la formation d’un gouvernement de « nécessité nationale » sous la « garantie » des forces armées. Les exigences de cette association coïncident en grande partie avec celles d’Aube dorée, y compris l’expulsion de tous les immigrés et la confiscation des biens allemands en Grèce.

L’objectif de telles mesures dictatoriales est de réprimer la résistance continue des travailleurs à l’austérité. Les luttes de classe en Grèce sont en train d’atteindre un point où la classe dirigeante n’est plus en mesure d’imposer plus longtemps ses attaques sociales par les moyens traditionnels. Pour appliquer les tout récents dictats de la « troïka » – l’Union européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne – face à l’opposition des travailleurs, l’élite dirigeante recourt de plus en plus à l’armée, à la police et aux bandes fascistes.

La Grèce soulève le plus clairement la question qui est posée partout en Europe et internationalement. Soit la classe ouvrière rompt politiquement avec toutes les sections de la bourgeoisie, en intervenant indépendamment dans la vie politique, en expropriant les grandes banques et les grands groupes et en mettant en place un gouvernement ouvrier, soit la classe dirigeante réduira la société à la barbarie. La question cruciale est actuellement la mobilisation indépendante de la classe ouvrière dans une lutte politique.

Les divers groupes de la pseudo-gauche, tels la Coalition de la Gauche radicale (SYRIZA) et le Parti communiste (KKE) sont opposés à cette perspective. De concert avec les syndicats, ils sabotent les luttes des travailleurs en les subordonnant à l’Etat et aux soi-disant partis « démocratiques » de la classe dirigeante, notamment au PASOK social-démocrate. En paralysant politiquement la classe ouvrière, ils créent les conditions qui sont propices aux éléments les plus droitiers qui emploient une démagogie nationaliste et pseudo-populiste pour obtenir une écoute dans les couches les plus désespérées de la classe moyenne et même de la classe ouvrière.

SYRIZA soutient l’Union européenne – le complot des banquiers contre la classe ouvrière européenne – et se présente comme une force « stabilisante » en alliance avec les forces « démocratiques » des partis dirigeants, y compris le parti droitier Nouvelle Démocratie. Cette organisation rejette toute mobilisation indépendante de la classe ouvrière contre les partis bourgeois et le système qu’ils défendent. Elle apporte de cette manière son appui aux mesures d’austérité brutales visant la population laborieuse.

Elle a réagi au meurtre de Fyssas et aux protestations de masse qui s’ensuivirent en multipliant ses efforts pour se présenter à l’élite dirigeante comme un défenseur fiable du statu quo tout en cherchant à désarmer politiquement la classe ouvrière face aux préparatifs de dictature entrepris par la classe dirigeante. Lors d’une récente réunion à Vienne, le dirigeant de SYRIZA, Alexis Tsipras a déclaré que les forces armées et la police « sont démocratisées et ne représentent aucune menace pour la démocratie. » Quelques jours plus tard, des plans de coup d’Etat militaire et une preuve supplémentaire de la coopération entre Aube dorée et la police étaient connus.

Des appels lancés pour interdire Aube dorée présentent essentiellement la même teneur. Une telle interdiction n’affaiblirait pas les fascistes mais les renforcerait en fin de compte. Elle donnerait à l’appareil d’Etat, qui est profondément compromis par ces relations avec les néo-nazis, des pouvoirs plus grands pour agir contre des organisations politiques et la classe ouvrière.

La principale préoccupation de SYRIZA est la stabilisation du capitalisme grec tout en préservant ses relations avec l’Union européenne. Tsipras a réclamé récemment une alliance contre les fascistes avec le parti au pouvoir Nouvelle Démocratie qui entretient d’innombrables liens avec Aube dorée.

Une politique identique est promue par les organisations prétendument de gauche en Grèce, qui parlent au nom du même milieu petit-bourgeois privilégié et n’ont avec cette politique que des divergences de détail. Le Parti communiste grec (KKE) cherche, en appelant à un « front populaire », à créer l’illusion que les syndicats pourraient mener la lutte contre les fascistes. Le parti socialiste grec (SEK), partisan des théories du capitalisme d’Etat, s’est joint au chœur de tous ceux qui appellent à l’interdiction d’Aube dorée.

Tous ces groupes s’expriment au nom des couches riches de la petite bourgeoisie, comme la bureaucratie syndicale qui craignent bien davantage un mouvement indépendant des travailleurs que la répression d’Etat et la terreur fasciste. En sabotant cependant les luttes des travailleurs et en les subordonnant à l’Etat, ils ouvrent la voie à la montée du fascisme.

La mobilisation politique de la classe ouvrière contre la menace du fascisme et la dictature requiert une lutte exposant le rôle réactionnaire joué par les tendances de la pseudo-gauche. Cela est fondamental pour l’établissement de l’indépendance politique de la classe ouvrière par rapport à toutes les sections de la bourgeoisie et pour développer la lutte pour le pouvoir ouvrier et le socialisme.

(Article original paru le 28 septembre 2013)