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L’économie allemande se contracte tandis que l'Europe se rapproche de la récession

Par Stefan Steinberg
16 août 2014

Les tout derniers chiffres publiés par l’agence Eurostat, office statistique de l’Union européenne, confirment que l’Europe est en train de se rapprocher de la récession absolue. Selon le rapport d’Eurostat rendu jeudi, la production industrielle de mai et de juin de cette année a chuté de 0,3 pour cent dans la zone euro et de 0,1 pour cent dans les 28 Etats-membres de l’Union européenne (UE).

Le facteur principal du déclin est la contraction de la production industrielle allemande. L’Allemagne est la principale économie d’Europe et fournit plus d’un quart de la production de la zone euro. Son économie s'est contractée de 0,2 pour cent entre avril et juin, suite à un affaiblissement de la demande pour les exportations allemandes et un investissement moindre. Le déclin des exportations allemandes reflète à son tour le ralentissement de la demande sur ses principaux marchés – notamment l’Europe et l’Asie.

La contraction de l’économie allemande est la première depuis la fin de 2012. Ces dernières années, l’Allemagne a été largement décrite comme étant la locomotive indispensable à une reprise européenne. Maintenant, la locomotive crachote et est sur le point de s'arrêter.

L’état souffreteux de l’économie allemande se reflète surtout dans la chute du principal indice du pays, le Dax, qui a perdu près de 1.000 points (9 pour cent) au cours du dernier mois.

Dans les autres principales économies européennes, la situation n’est pas meilleure, elle est pire. La France, deuxième économie de la zone euro et le plus important marché d’exportation de l’Allemagne, a stagné d’avril à juin, enregistrant une croissance nulle. En réaction aux tout récents chiffres, le gouvernement français a déclaré qu'il réduisait de moitié sa prévision de croissance du produit intérieur brut (PIB) de 2014 à juste 0,5 pour cent. Paris a aussi déclaré qu’il ne tiendrait pas ses objectifs de réduction du déficit à 3,8 pour cent du PIB qu’il avait déjà renégocié avec l’UE en raison de son économie précaire.

La troisième économie de la zone euro, l’Italie, est également retombée en récession. Selon l’office des statistiques italien Istat, la performance économique au second trimestre a chuté de 0,2 pour cent. La baisse fait suite à un déclin de 0,1 pour cent au premier trimestre, ce qui indique que l’Italie se trouve officiellement en récession.

La quatrième économie de la zone euro, l’Espagne, a été la plus durement touchée de toute la zone avec une baisse de 0,8 pour cent de la production industrielle.

Les futurs indices économiques indiquent un nouveau déclin. Les prévisions du degré de confiance aux entreprises sont en train de chuter partout sur le continent, principalement en Allemagne. Six ans après la crise financière de 2008, le taux de chômage et le chômage des jeunes atteignent des sommets européens et l’inflation continue de baisser tandis que les prix stagnent dans le contexte d’une morosité économique grandissante.

En Espagne, le chômage official se situe à un taux record d’environ 25 pour cent, le porte-monnaie des consommateurs est vide, ce qui se traduit par un taux très inhabituel d’inflation zéro.

L’indicateur le plus significatif d’une nouvelle catastrophe économique pour le continent est la paralysie continue de l’investissement des entreprises qui s’est contracté de 0,8 pour cent dans l’ensemble de la zone euro, affichant un dixième trimestre consécutif de croissance négative. L’investissement des ménages a dégringolé de manière encore plus spectaculaire de 2,4 pour cent.

S’exprimant sur les chiffres de l’investissement, un économiste français influent a déclaré : « Le manque de confiance est total de nos jours tant du côté des entreprises que des ménages. Je ne vois rien qui puisse changer ceci dans un avenir proche. »

La contraction de l’économie européenne et la suppression de millions d’emplois est la conséquence directe des mesures d’austérité imposées à l’Europe par Berlin, la bureaucratie de l’UE à Bruxelles et les gouvernements de l’Europe entière depuis le déclenchement de la crise de 2008.

Mais parallèlement de nouveaux facteurs politiques, tout spécialement les sanctions économiques lancées par les Etats-Unis et l’UE contre la Russie, mais aussi les conflits actuels au Moyen-Orient, sont en train d’attiser la crise en Europe. Malgré les efforts de la presse économique et des principaux gouvernements européens pour minimiser l’effet des sanctions de l’UE contre la Russe et les représailles de Moscou à ces sanctions, il existe déjà des indices montrant que l’économie russe tout comme ses partenaires commerciaux européens en subissent les préjudices.

L’une des principales victimes de la guerre économique que livrent l’UE et les Etats-Unis risque d’être les exportations agricoles vers la Russie qui totalisaient 15,8 milliards de dollars en 2013. Selon le journal britannique International Business Times, la Pologne, la Norvège et les Pays-Bas figurent déjà parmi les économies les « plus durement touchées » en raison de l’interdiction d’importation de denrées alimentaires en Russie.

Selon une étude de Bloomberg, la croissance économique de la Pologne a ralenti de moitié au deuxième trimestre de cette année par rapport à la période de janvier à mars, et le zloty polonais a chuté sur le marché des changes. Les devises des autres pays d’Europe de l’Est qui ont des relations commerciales avec la Russie, à savoir la couronne tchèque et le forint hongrois, ont également enregistré d’importantes pertes le mois dernier.

Lundi, Morgan Stanley a émis un rapport révisant à la baisse sa perspective de la dette hongroise et roumaine en prévenant que l’Europe de l’Est était « vulnérable à un conflit prolongé, notamment dans le cas d’une nouvelle escalade. » Faisant référence aux tensions croissantes entre l’UE et la Russie, le rapport poursuit en disant : « Ces développements font passer les risques de croissance à la baisse. »

L’Europe de l’Est est un marché important pour de nombreux pays d’Europe occidentale, en premier lieu l’Allemagne. Une aggravation de la récession économique dans la région intensifiera à son tour la crise de la zone euro.

Il est aussi probable que la réaction de la Russie aux sanctions de l’UE enterre tout espoir de reprise dans le pays d'Europe le plus durement touché par la crise : la Grèce. La Russie est le plus important partenaire commercial de la Grèce, en raison surtout de ses exportations de gaz et de pétrole. Le volume total des échanges commerciaux entre ces deux Etats avait atteint 9,3 milliards d’euros (12,5 milliards de dollars) en 2013, dépassant le volume total entre la Grèce et l’Allemagne.

Les investisseurs et les entreprises qui ont des liens commerciaux avec la Russie craignent aussi que la guerre des sanctions ne soit renforcée dans la prochaine période. Les dirigeants de l’UE devraient se réunit vendredi à Bruxelles pour discuter des crises en Ukraine et en Irak, avec comme option envisagée encore davantage de sanctions contre la Russie. Le parlement de Kiev adopte ses propres sanctions contre la Russie, dont un arrêt des livraisons d’énergie russes vers l’Europe qui transitent par son territoire, ce qui aurait des conséquences dévastatrices pour les économies européennes.

Tandis que s'effondre l’économie européenne, les grands investisseurs se frottent joyeusement les mains. La semaine passée, le dirigeant de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a fait savoir que la BCE était prête à passer de sa politique de taux d’intérêt s’approchant de zéro à une politique de quantitative easing (assouplissement quantitatif, QE) en cas de détérioration des perspectives économiques européennes.

Comme cela a été le cas avec toutes les mesures introduites par la BCE, un passage au QE, c’est-à-dire l’injection de près d'un trillion d’euros sur les marchés, fournira une nouvelle manne aux investisseurs et aux requins de la finance tout en ne contribuant en rien à rehausser le niveau de vie des travailleurs.

(Article original paru le 15 août 2014)