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Protestations en France contre la guerre israélienne à Gaza

Par Pierre Mabut
6 août 2014

Alors que les attaques israéliennes contre Gaza se poursuivaient durant le week-end en tuant 10 Palestiniens dans une autre école de l’ONU à Rafah, des manifestations avaient lieu dans un grand nombre de villes en France contre le massacre de civils innocents. La manifestation de samedi à Paris, qui cette fois-ci avait été autorisée par la préfecture de police, a attiré quelque 15.000 personnes. Des milliers de gens sont aussi descendus dans la rue à Marseille et à Lyon.

Contrairement à la politique en faillite des partis de la pseudo-gauche comme le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) ou le Parti communiste français (PCF) stalinien qui ont participé au rassemblement, les manifestants ont fermement dénoncé le soutien du gouvernement PS (Parti socialiste) au massacre israélien à Gaza et contre les accusations du PS comme quoi les opposants au meurtre de masse perpétré par Israël étaient tous des antisémites.

Hassana, 39 ans,assistante commerciale, a dit: « J’ai voté pour Hollande [François, PS] pour changer, et c’est pire que jamais. Aujourd’hui on s’indigne, ça fait des années qu’on est indigné, mais on peut à peine s’indigner en France parce que le droit de manifester est remis en cause. La situation à Gaza, c’est l’enfer, à Gaza on meurt parce que Israël a peur, Israël a peur de ses démons. Israël est faible alors elle opprime. On est au 21e siècle alors il ne devrait plus y avoir d’occupation, de camps de concentration, de colonies. Ils parlent de paix, mais ils font tout sauf la paix.»

Elle a qualifié les accusations d’antisémitisme de «pipeau, de baratin, d’enfumage, c’est de la propagande… Depuis des années on nous rabâche la même litanie qui dit que derrière l’antisionisme se cache non dissimulé l’antisémitisme. Quand le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) parle de pogroms, de Nuit de Cristal, etc., c’est s’attaquer à la mémoire de tous ces gens qui sont morts du fascisme, que lui, il reproduit, qu’il reproduit encore pire.»

Elle a dénoncé l’interdiction de manifester décrétée par le PS contre la guerre à Gaza comme «scandaleux. Une violation fondamentale des droits. Il faut arrêter le massacre. Le sionisme, c’est le contraire de la paix. Ils ont surpassé Hitler [ses crimes]… Et que Hollande soit soumis, c’est inacceptable, on est tous là pour dire qu’ils démissionnent, Valls, et compagnie. Ca suffit, on veut de vrais dirigeants indépendants. Je n’en peux plus, je suis malade, je n’en peux plus des propos tenus par le CRIF sur Radio J et de SOS Racisme [un groupe “antiraciste” proche du PS]. Netanyahou au cachot, il faut aller au tribunal comme pour Nuremberg, il a quand même fait des horreurs ce type…»

Hassana a ajouté, «Pourquoi c’est les Français qui vont combattre au Sahel? Cette armée d’occupation... Il n’y a pas de djihad, il n’y a rien, c’est de la dissimulation. L’ONU, Obama et tout ça c’est des petits chiens. En Palestine, ils laissent faire; ils cautionnent. C’est le silence, c’est l’indifférence, c’est depuis 1967 que les territoires sont occupés. C’est ignoble!»

Kalifa, travailleur social, a dit: «Je suis très inquiet, c’est un événement que l’on a laissé perdurer trop longtemps et qui prend des proportions humanitaires très graves à Gaza. On attaque des civils. C’est pour cela qu’il est intéressant que les citoyens de toute nation se mobilisent pour soutenir les Palestiniens… Je pense que dans ce jeu-là, le gouvernement israélien cherche un peu à manipuler les événements en sa faveur pour légitimer son action à lui. Dans un État de droit, on a toujours défendu le droit d’expression, aujourd’hui on est dans un paradoxe parce que le gouvernement nous interdit de nous exprimer, où est-ce qu’elle est la liberté d’expression? Je pense que la France joue un rôle hypocrite. Ce qu’on dit des droits de l’homme, c’est en France qu’on a fait les droits de l’enfant; droit de l’homme et droit de l’enfant, mais où est le droit de vie dans tout ça? La France cache la vérité parce qu’elle soutient ce gouvernement israélien.»

Kalifa a aussi prévenu que ce système capitaliste était arrivé à bout de souffle. «Et on sait très bien en regardant dans le passé, chaque système qui arrive à bout de souffle, en général c’est quoi? C’est la guerre.»

Makek, 19 ans, étudiant BTS de commerce, a dit: «L’accusation d’être antisémite si on est antisioniste ne date pas d’aujourd’hui, ça fait quelques années déjà qu’on mélange sioniste et juif. Moi, j’ai des amis juifs, je m’entends très bien avec eux. Je sais faire la différence entre juif et sioniste. Franchement, je suis contre les sionistes et les islamistes, moi je suis musulman, et dans la religion musulmane on ne doit pas tuer et je pense que c’est la même chose avec la religion juive. Je suis pour la paix.»

Il s’en est pris aussi à la complicité du PS dans l’assassinat de masse à Gaza: «L’interdiction des manifestations est une provocation parce que si les manifs avaient été autorisées, il n’y aurait eu aucune casse, aucun débordement. C’est de la provocation envers les jeunes et ils réagissent à leur manière en cassant: interdire égal casser, ça va coûter cher à l’État, comme à Barbès… Le gouvernement français de Hollande et de Valls, il est avec Israël malheureusement, ça se voit dans ses propos, surtout dans les propos de Manuel Valls qui sont nets, on ne peut pas contredire. Le gouvernement français, comme d’autres sont des petits chiens d’Israël. Il y a des sanctions contre Ukraine mais pas contre Israël.»

Malek a mis en garde contre le danger d’une guerre généralisée au Moyen-Orient: «Les États-Unis sont avec Israël depuis le début et lorsque cette guerre contre les Palestiniens sera terminée, ça ne sera pas fini et ça continuera avec la Syrie comme c’était le cas en Libye. Leur but c’est le pétrole. Et le prochain ennemi sera l’Iran avec la soi-disant bombe [nucléaire], mais il y a un silence total sur la bombe qu’a Israël.»

Il a dénoncé les reportages sur les manifestations pro-israéliennes aux États-Unis: «Aux États-Unis, ce sont les riches, une minorité, et pas les gens modestes qui manifestent à Washington en faveur d’Israël.»

Il a aussi mentionné le grand désenchantement des étudiants et des travailleurs avec la politique du gouvernement Hollande.

Il a remarqué, «On sait que le président français, M. Hollande nous a déjà trahis après son élection de 2012 et c’est l’extrême droite qui en a profité. On était 74 pour cent à voter Hollande à Clichy sous-Bois. Il était venu nous voir en promettant monts et merveilles parce qu’il y a beaucoup de pauvres là. C’est une politique mensongère: je suis sûr que le taux d’abstention en 2017 sera très fort en raison de cette déception. La seule raison pour moi d’aller voter en 2017, ce serait un nouveau parti qui n’existait pas en 2012 et qui puisse élever la voix des ouvriers et des jeunes, les futurs travailleurs, et des étudiants aussi.»

Maria, 31 ans, étudiante équatorienne, a dit: «Gaza est un problème international qui est dû aux intérêts économiques des grandes puissances du monde. Il y a un double discours pour masquer une vérité qu’il y a derrière. Critiquer la politique du gouvernement israélien n’a rien à voir avec de l’antisémitisme. Il y a d’autres enjeux, comme la vente des armes aux États-Unis. Je ne savais pas qu’il y avait des interdictions de manifs à Paris. Je considère que c’est une manière d’essayer de neutraliser et aussi de diaboliser le problème palestinien. Le président Hollande tient un double discours, c’est-à-dire que la France est démocratique, mais elle interdit les manifs.»

(Article original paru le 5 août 2014)