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Le meurtre de Michael Brown aux mains de la police et la militarisation de la société américaine

Par Jerry White
16 août 2014

Encore une fois, un jeune homme qui n'avait pas d'arme a été abattu par la police, à la manière d'une exécution, dans les rues d’une ville américaine. En réaction aux manifestations de colère populaire, la police antiémeute a attaqué les manifestations avec du gaz lacrymogène et des balles de caoutchouc et arrêté des dizaines de personnes. Une femme enceinte dit qu’elle a été projetée au sol, aspergée de gaz incapacitant et tenue en joue.

La victime s’appelle cette fois Michael Brown, 18 ans. Samedi dernier, il a été criblé d'une dizaine de balles tirées par un policier à Ferguson, une banlieue de St-Louis, dans le Missouri.

La colère qui s’est emparée de la région de St-Louis est entièrement justifiée. La police a avancé des mensonges éhontés, la méthode classique qui a été utilisée dans toute une série de violences meurtrières commises contre des travailleurs et des jeunes. La police de Ferguson a choisi d’invoquer un prétexte déjà souvent utilisé dans les précédents meurtres de la police, le fait que Brown «a tenté de s'emparer du pistolet» du policier meurtrier.

Mais de nombreux témoins oculaires ont décrit un meurtre brutal de sang-froid. Alors que Brown et un ami marchaient dans la rue, ils ont reçu l’ordre de la part d’un policier qui n’a toujours pas été nommé, de se mettre sur le trottoir.

Les jeunes ne s’exécutant pas assez vite, le policier a reculé sa voiture sur eux, a pris Brown par le cou et lui a tiré dessus. Son ami a déclaré aux médias que le policier a tiré une fois de plus, touchant Brown dans le dos alors qu’il s’enfuyait. Puis il a tiré plusieurs fois à la tête et la poitrine de Brown tandis que celui-ci levait les mains et tentait de se mettre à genoux.

La scène du corps sans vie de Brown, laissé dans une mare de sang pendant des heures, a provoqué un déferlement de protestations de la part des membres de sa famille et des voisins. Ces protestations ont continué malgré la répression policière, reflétant la profonde colère sociale qui existe dans toutes les villes américaines envers la violence policière, le chômage, la pauvreté et l’inégalité.

Le meurtre de Brown, comme la réaction de la police aux manifestations qui ont suivi, met en lumière la militarisation de la société américaine. La police, équipée des armes les plus sophistiquées, agit suivant sa propre loi: elle se comporte comme juge, jury et bourreau.

Ferguson est devenue, suivant les termes d’un policier et de plusieurs commentateurs des médias, une «zone de guerre». Des centaines de policiers antiémeute des villes avoisinantes ont assiégé le quartier avec des véhicules blindés, des chiens, des armes paramilitaires et des hélicoptères. À la demande de la police du comté de St-Louis, l’Administration fédérale de l’aviation a imposé des restrictions de vol au-dessus la ville, empêchant la couverture médiatique depuis les airs et réservant le ciel aux opérations de police.

Les scènes d’équipes SWAT portant habits militaires, armes automatiques et masques à gaz, accostant et arrêtant des résidents non armés, ressemblent beaucoup à la prise de contrôle de Boston dans le Massachusetts après l’attentat du marathon de l’année dernière.

Décrivant cette répression jeudi, le présentateur de NBC Nightly News Brian Williams a déclaré que la situation faisait penser à un «État policier», ajoutant que les équipes SWAT utilisent les «mêmes tactiques et les mêmes armes que l’on retrouve dans les combats urbains en Irak et en Afghanistan».

Sous la direction du gouvernement Obama, les forces de police locales ont été équipées avec des milliards de dollars de matériel venant du ministère de la Défense, rendant complètement floue la limite entre la police et l’armée.

Le meurtre de Michael Brown est le dernier d’une série d’assassinats non provoqués commis par la police, dont celui d’Eric Garner qui a été étranglé le 17 juillet par la police à New York City. Au moins 130 personnes ont été tuées par la police aux États-Unis depuis début 2014: à peine une semaine se passe sans qu’une vidéo n’apparaisse faisant état d’une offense policière.

En l’absence de toute politique visant à régler la crise sociale grandissante aux États-Unis, la répression policière est devenue la «politique urbaine» réelle des deux partis.

Les mesures d’austérité imposées par le gouvernement Obama ainsi que les démocrates et les républicains à tous les niveaux de gouvernement (la réduction des bons alimentaires et des allocations chômage de longue durée ainsi que les attaques contre les soins de santé, l’éducation publique et les retraites) n’ont fait qu’exacerber la crise sociale. Entre-temps, la Réserve fédérale inonde les marchés financiers d’argent à taux d’intérêt pratiquement nul et les bénéfices des entreprises, dopés par la baisse des salaires et l’exploitation de plus en plus grande de la classe ouvrière, atteignent de nouveaux records.

La classe dirigeante réagit instinctivement en traitant partout au pays les quartiers ouvriers comme des zones de guerre, habitées par une population hostile qu’il faut réprimer. Les droits démocratiques, dont les garanties contre les fouilles et les confiscations injustifiées et les limitations imposées aux déploiements militaires dans le pays, ont été abolis en pratique.

La militarisation de la police aux États-Unis est le revers de la brutale politique menée à l’étranger. Les deux processus découlent de la décrépitude économique du capitalisme américain et de l’insouciance de la classe dirigeante qui espère résoudre sa crise par la violence et le pillage.

La guerre qui est menée est une guerre de classe. Dans cette guerre, la classe ouvrière dans son ensemble est opposée à une aristocratie financière, aux deux grands partis du patronat et aux institutions de l’État qui agissent de plus en plus ouvertement et brutalement comme les gardiens de la richesse privée et du système de profit capitaliste.

La réaction de la part des démocrates, de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) et, inévitablement, d’Al Sharpton au meurtre de Brown ne mérite que le mépris. Les demandes d’enquête, les appels adressés au FBI, au ministère de la Justice et au gouvernement Obama, la tentative de concentrer entièrement la colère sur des motifs raciaux: tout ceci vise à cacher les questions fondamentales de classe en canalisant la colère sociale derrière les forces mêmes qui sont responsables de la crise sociale aux États-Unis.

Quant à Obama lui-même, le président a mis fin à plusieurs jours de silence sur le meurtre de Brown en interrompant momentanément ses vacances qu’il passe au riche domaine de Martha’s Vineyard pour publier un communiqué superficiel déplorant les «vives passions» suscitées par le meurtre et en exhortant chacun à Ferguson, dans le Missouri et partout dans le pays de «ne pas oublier ce jeune homme à travers la réflexion et la compréhension».

C’est ce que dit l’homme qui supervise la militarisation de la police, l’espionnage illégal de masse de la population entière, la torture et les crimes de guerre commis à l’étranger et un programme d’austérité de guerre de classe au pays.

Pour vaincre ces tendances, l’opposition des travailleurs et des jeunes doit trouver une expression politique consciente. La lutte contre la violence policière et toutes les attaques perpétrées contre les droits démocratiques dépend de la mobilisation politique indépendante de l’ensemble de la classe ouvrière. Ce mouvement doit être basé sur un programme socialiste et avoir pour but de mettre un terme à la dictature économique et politique de l’élite patronale et financière.

(Article original paru le 13 août 2014)