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La signification internationale des « celebrations » de la Première Guerre mondiale en Australie

Par Nick Beams
14 août 2014

La campagne extraordinaire menée par le gouvernement australien, soutenue par les gouvernements provinciaux, les médias et les autorités chargées de l’éducation, pour commémorer la Première Guerre mondiale fait partie d’une offensive idéologique des élites dirigeantes, lesquelles se préparent à plonger l’humanité dans une autre catastrophe qui, cette fois, pourrait avoir des conséquences nucléaires.

En janvier dernier, lors du lancement des commémorations, qui prévoient une activité ou une autre tous les jours au cours des quatre prochaines années, le premier ministre Tony Abbott avait dit qu’il s’agirait d’une «célébration populaire», car la Première Guerre mondiale représentait le «creuset qui a forgé notre nation».

Les gouvernements aux niveaux provincial et fédéral vont dépenser 300 millions de dollars, auxquels s’ajoutent des dons d’entreprise, soit au moins le double du montant dépensé par la Grande-Bretagne. Les établissements scolaires sont inondés de propagande, alors que sont organisés des compétitions, des excursions et des projets spéciaux destinés particulièrement aux jeunes enfants.

Au cours de la Guerre froide, les gouvernements australiens et les médias dénonçaient de telles activités comme étant du «lavage de cerveau communiste». Aujourd’hui, ils mènent une campagne de propagande pro-guerre à une échelle industrielle. Au cours des prochaines années, aucun enfant ou adolescent passant par le système scolaire ne pourra y échapper. En fait, ils seront forcés d’y participer.

L’intensité de cette opération indique l’objectif sous-jacent – le conditionnement de la population au rôle joué par l’Australie dans les préparatifs pour une nouvelle guerre mondiale.

Comme ses homologues autour du monde, l’élite dirigeante australienne est confrontée à un sentiment anti-guerre généralisé. Elle cherche à l’étouffer par tous les moyens possibles, avant tout en empoisonnant le cerveau des jeunes.

L’opposition à la guerre s’est révélée en 2003 lorsque les plus importantes manifestations anti-guerre dans l’histoire du pays ont pris place contre la guerre planifiée des États-Unis contre l’Iraq. Bien que le mouvement fût dissipé par l’orientation de sa direction, qui soutenait qu’une pression de masse pouvait freiner l’invasion, le sentiment anti-guerre, à l’origine du mouvement de protestation, lui, ne s’est pas dissipé. En fait, le cycle de violence perpétuelle qui s’en est suivi au cours de la dernière décennie signifie que l’opposition à la guerre s’est renforcée.

Au même moment, la glissade vers une nouvelle guerre s’est accélérée, l’impérialisme australien jouant un rôle clé dans la campagne guerrière des États-Unis.

Ayant rejoint le «Pivot vers l’Asie» du gouvernement américain, officiellement annoncé sur le plancher du parlement australien par le président Obama en novembre 2011, l’appareil militaire australien est maintenant complètement intégré dans les préparatifs militaires croissantes du Pentagone en vue d’une guerre contre la Chine. Située entre les océans pacifique et indien, l’Australie est cruciale dans les opérations militaires américaines. Elle fait partie du plan d’attaque du Pentagone sur la Chine continentale qui prévoit de prendre contrôle des cruciales voies maritimes au nord du pays, par lesquelles passent du pétrole et d’autres importations vitales de la Chine.

Les bases de communication américaines, surtout l’installation de Pine Gap dans le centre de l’Australie, sont déjà engagées sur une base quotidienne dans les opérations militaires américaines, qui s’étendent du Moyen-Orient à l’Asie de l’est. En d’autres termes, aucune décision n’aurait à être prise pour que l’Australie se joigne à une guerre provoquée par les États-Unis contre la Russie ou la Chine, pouvant impliquer des armes nucléaires. Ce serait simplement un fait accompli.

Le rôle de l’impérialisme australien dans les plans de guerre américains a été davantage souligné par la participation du gouvernement australien, entièrement soutenu par les partis d’opposition, dans les provocations contre la Russie suite à la destruction en vol du MH17 de la Malaysia Airlines en Ukraine. Tout de suite après une séance d’information avec l’administration Obama le matin de l’écrasement, Abbott a pris les devant dans la campagne internationale de dénonciations contre la Russie. L’Australie a ensuite fait pression au Conseil de sécurité de l’ONU pour la création d’une équipe d’investigation internationale, possiblement soutenue par des policiers armés et du personnel militaire.

Des articles d’opinion parus dans les médias de la grande entreprise mettent aussi de l’avant que non seulement la Première Guerre mondiale était nécessaire, mais que la participation australienne était essentielle. La justification de crimes passés sert toujours à préparer de nouveaux crimes.

Selon un commentaire de Paul Kelly, le rédacteur en chef du quotidien Australian, possédé par Murdoch, «il s’agissait d’une guerre dans laquelle nous devions combattre» et ceux qui pensent autrement sont «stupides et ignorants».

Kelly cite Carl Bridge, le directeur du Menzies Centre of Australian Studies au King’s College London. Les affirmations de Bridge en soutien à la défense de l’Empire britannique par l’Australie lors de la Première Guerre mondiale soulignent les raisons particulièrement économiques et matérielles essentielles expliquant pourquoi l’ensemble de l’establishment politique s’est engagé dans la campagne de guerre américaine.

«La Grande-Bretagne était le partenaire commercial de l’Australie et comptait pour 60 pour cent de nos échanges», écrit Bridge. «Si la Grande-Bretagne avait des ennuis, l’Australie en avait aussi. Toute notre économie se serait effondrée. Il y a la question des investissements, Londres était de loin notre principale source d’investissements à l’étranger.»

Aujourd’hui, bien que le Chine soit le premier partenaire commercial de l’Australie, toute l’économie est dominée par le capital financier, laquelle est reliée aux opérations des marchés monétaires mondiaux, dominés par les États-Unis. En janvier dernier, la ministre australienne des Affaires étrangères, Julie Bishop, a écarté toute notion d’un conflit entre les intérêts économiques et stratégiques de l’impérialisme australien. Bien que la Chine représente le plus important marché d’exportation de l’Australie en prenant compte de l’investissement et de la finance, a-t-elle noté, «notre partenaire économique le plus important est, en fait, les États-Unis.»

Une génération précédente de politiciens capitalistes a respecté l’engagement du dirigeant travailliste Andrew Fisher dans la défense de l’Empire britannique et son pillage «jusqu’au dernier homme et au dernier shilling» au cours du bain de sang de la Première Guerre mondiale, reconnaissant que c’était vital pour la défense des profits, des marchés et de la richesse de la classe qu’ils représentaient.

Aujourd’hui, pour les mêmes raisons fondamentales, l’ensemble de l’élite politique s’est aligné sur la campagne de guerre de l’impérialisme américain, laquelle pourrait avoir des conséquences encore plus dévastatrices.

L’enthousiasme avec lequel l’establishment politique australien a soutenu ce programme politique, si clairement révélé par sa «célébration» de la Première Guerre mondiale, ne doit pas être rejeté comme une bizarrerie. Il s’agit plutôt du signe le plus clair qu’à l’échelle mondiale, les dieux de la guerre impérialiste ont soif et vont plonger l’humanité dans une catastrophe, à moins que la classe ouvrière internationale mette fin à l’ordre capitaliste dépassé.