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Qui est responsable du meurtre de James Foley?

Par Bill Van Auken
23 août 2014

Le meurtre barbare du journaliste américain James Foley par l’Etat islamique d'Irak et du Levant (EI) a provoqué un réel sentiment d’écoeurement et de colère parmi les travailleurs aux Etats-Unis et partout dans le monde.

Foley, qui s’était décrit lui-même comme un opposant à la guerre, avait dit avoir choisi de devenir journaliste afin de révéler au grand jour l’impact de celle-ci sur les populations de pays tels que la Syrie, la Lybie et l’Irak. Il y a eu de très nombreux témoignages de tristesse à la perte du journaliste et d'admiration pour son travail, et pour la chaleur humaine et la générosité de cet homme.

L’EI a justifié la décapitation filmée en vidéo comme étant en représailles à la campagne de bombardement des Etats-Unis en Irak. En exécutant cette personne pour les crimes commis par le gouvernement et la classe dirigeante de son pays, sur lesquels il n’avait aucun contrôle et que visiblement, comme des millions d’Américains, il rejetait, l’EI ne fait que démontrer la faillite et le caractère profondément réactionnaire de sa propre perspective du monde.

La politique de l'EI et d’autres groupes liés à al Qaïda reflète non pas les aspirations des masses opprimées à se libérer de l’oppression impérialiste mais bien plutôt les intérêts de couches bourgeoises mécontentes, dans le monde arabe et musulman, et qui cherchent à manigancer des divisions sectaires dans le but de promouvoir leur propre agenda de classe.

Dans ce sens, leur perspective n’est pas vraiment différente de celle des couches influentes au sein de l’oligarchie dirigeante américaine. En effet ces dernières sont déterminées à exploiter l’horreur qu’inspire la mort de Foley comme un levier pour transformer la vaste hostilité ressentie par la population américaine en une acceptation d'une nouvelle guerre au Moyen-Orient.

Le meurtre de Foley, commis par vengeance pour les meurtres américains perpétrés en Irak, a reçu comme réponse de la part de sections influentes des médias américains des appels à une vengeance en adéquation, sous la forme d’une escalade de l’intervention militaire américaine dans la région.

Ainsi, le Wall Street Journal a écrit jeudi un article de fond disant que l’EI s’était agrandi en raison du « refus d’Obama d’intervenir en Syrie » et de « son retrait total de l’Irak en 2011. » Le journal exige que le président américain « revienne sur sa fixation politique de mettre un terme aux guerres de M. Bush et qu’il reconnaisse que le pays doit combattre de nouveau en Irak. »

De façon similaire, une tribune du Washington Post déclare : « Pendant trois ans les Etats-Unis sont restés sur la touche pendant que les extrémistes islamistes affermissaient leurs forces en Syrie. Washington a été surpris en juin quand ils ont fait irruption en Irak… Ils ont fièrement proclamé leur hostilité à l’Amérique. L’Amérique a besoin d’une véritable stratégie pour riposter. »

Ce commentaire était assorti d'un billet peu subtil paru en ligne sur le blog « PostPartisan » et écrit par le stratège républicain Ed Rogers qui donne des conseils à Obama sur la manière d'inverser son « taux de popularité en baisse. »

« Il faut déchaîner les feux de l’enfer sur ceux qui sont associés au meurtre de Foley. Il ne faut pas que ce soit juste de la vengeance. Il faut plutôt montrer au monde ce qui attend les ennemis des Etats-Unis… Dans ce cas précis, un châtiment brutal est la bonne politique, » écrit Rogers.

Ces notes en faveur d’une nouvelle guerre d’agression américaine au Moyen-Orient sont fondées sur des mensonges grotesques qui visent à dissimuler les véritables causes du meurtre de Foley.

La montée de l’EI a été attisée non pas par le « refus d’intervenir » de l’impérialisme américain, ni par le fait qu’il « est resté sur la touche » en Syrie. Au contraire, en abandonnant l’ancien prétexte de la « guerre contre le terrorisme » pour lancer une intervention américaine, le gouvernement Obama a armé et soutenu des milices dirigées par les islamistes dans des guerres de « changement de régime », d’abord en Libye puis en Syrie. Le chef d’Etat laïc de la Libye, Mouammar Kadhafi, a été renversé il y a près de trois ans et, actuellement, le pays est en train de s'effondrer, submergé par la violence entre milices rivales, son économie est paralysée et plus d’un million de personnes ont été contraintes de fuir pour échapper à la mort.

Cherchant à provoquer aussi la chute d’un autre chef d’Etat laïc en Syrie, Bachar al Assad, les Etats-Unis et leurs alliés impérialistes dans la région, la Turquie, l’Arabie saoudite, le Qatar et le Koweït, ont promu une guerre civile sectaire dans laquelle l’EI a émergé comme le principal adversaire armé du régime d’Assad, au prix d’un nombre de vies humaines dépassant de loin les 100.000. Alors que l'EI saccageait la Syrie, décapitant des conscrits capturés, des employés de l’Etat, des membres des minorités religieuses et quiconque représentant un obstacle, Obama a gardé un silence discret.

Maintenant ce même EI a envahi l’Irak, dont l’ensemble du tissu social a été détruit par des décennies de sanctions, par l’invasion américaine « choc et effroi » de 2003 et par huit années d’occupation durant laquelle des divisions sectaires ont été attisées par la politique du diviser pour mieux régner, appliquée par Washington.

L’espoir, au sein des cercles dirigeants, de voir que l’assassinat brutal de Foley peut être exploité dans le but de mener une nouvelle guerre a trouvé son expression la plus grotesque dans l’apparition aux informations télévisées de l’ancien vice-président Dick Cheney qui a exigé qu’Obama « résolve la crise en Irak. » Reconnaissant que le meurtre de Foley était un « développement terrible », Cheney a mis en garde contre un nouveau 11 septembre. « Mais grossi un million de fois parce ce que c’est ce qui attend le reste du monde si nous ne venons pas à bout de cette crise, » a-t-il dit.

Grossir d'un million de fois la mort de Foley fournit une des meilleures estimations du nombre de vies qui ont été détruites du fait d’une guerre pour le pétrole et les intérêts impérialistes où Cheney a joué un rôle prépondérant en l’imposant au peuple américain au moyen de mensonges sur des « armes de destruction massive » et une alliance non existante entre Saddam Hussein et al Qaïda. Les résultats de la guerre sont actuellement évidents à voir. Le renversement de Hussein, adversaire laïc d’al Qaïda tout comme Kadhafi et Assad a créé les conditions pour qu’une scission d’al Qaïda envahisse à présent plus d'un quart du pays.

Cheney devrait se trouver derrière les barreaux comme criminel de guerre et ne pas être autorisé à empoisonner l’opinion publique en affirmant qu’une nouvelle guerre américaine finirait par mener à la paix et à la sécurité.

Qui est finalement responsable du meurtre de James Foley? Derrière l’assassin islamiste qui brandit le couteau l’on trouve une décennie d’interventions militaires américaines, effectuées tant par le gouvernement Bush que celui d’Obama, et qui ont bouleversé des sociétés entières et promu ces forces en tant qu'intermédiaires dans des guerres impérialistes prédatrices.

L’avertissement lancé par Cheney que cette atrocité sera multipliée un million de fois contient une vérité dont il n'a pas conscience. La fièvre de guerre que l’establishment dirigeant tente d’attiser avec la mort de Foley est motivée en fin de compte par les contradictions insolubles du capitalisme ravagé par la crise. L’impérialisme américain se déchaîne violemment non seulement au Moyen-Orient, mais en Europe de l’Est, en Asie/Pacifique et sur la planète entière, en cherchant à compenser son déclin économique par des moyens militaires. Si l'impérialisme n'est pas arrêté par un mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière, il entraînera, une fois de plus, l’humanité dans un bain de sang mondial.

(Article original paru le 22 août 2014)