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Cinquante ans depuis la Loi sur les droits civiques au États-Unis

Par Patrick Martin
14 avril 2014

De nombreux discours ont commémoré l’entrée en vigueur de la Loi sur les libertés civiques en 1964. Ces discours, qui ont eu lieu à la Bibliothèque présidentielle Lyndon Johnson à Austin au Texas, ont été donnés par le président Obama et les ex-présidents Jimmy Carter, Bill Clinton et George W. Bush. Ces cérémonies, particulièrement le discours d’ouverture d’Obama, ont servi à masquer plutôt qu’à éclaircir l’importance historique de la lutte contre la ségrégation et la discrimination raciale.

Aucun des quatre conférenciers présidentiels n’a de lien véritable avec le mouvement de masse de millions de jeunes et de travailleurs afro-américains largement appuyé par les travailleurs de toute origine ethnique – qui a ébranlé et finalement mis fin au semi-apartheid légal du sud des États-Unis connu sous le nom de Jim Crow. Tous les quatre présidents représentent, à leur manière, les efforts de la classe dirigeante américaine pour renverser les gains faits par les travailleurs dans les années 1960 et pour attaquer de plus en plus leurs conditions de vie et leurs droits démocratiques.

Carter a été le premier démocrate élu après Johnson qui fut pratiquement poussé hors de ses fonctions par le mouvement populaire de masse contre la guerre du Vietnam qui l’avait forcé à abandonner la possibilité d'un deuxième mandat présidentiel. Carter a fait sa campagne présidentielle en se présentant comme le plus à droite des candidats démocrates en s’engageant à limiter plutôt qu’à développer davantage les mesures sociales mises en oeuvre sous Johnson. Son administration est entrée plusieurs fois en conflit avec la classe ouvrière, y compris durant la grève de 111 jours des mineurs de charbon qui avaient défié son décret présidentiel de retour au travail.

Clinton a fait campagne pour la présidence en 1992 en se présentant comme un «nouveau démocrate», symbolisant le rejet des politiques de développement des programmes sociaux et de concessions à la classe ouvrière associées au Parti démocrate. Travaillant avec un Congrès républicain d’extrême droite, Clinton a réalisé sa «réforme sociale», c’est-à-dire l’abolition, pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, de l’un des programmes sociaux de base établis par les réformes du New Deal et de la Grande société des années 1930 et 1960.

Quant à Bush, sa tentative de s’associer avec la Loi sur les droits civiques de 1964 est obscène. Il symbolise la transformation du Parti républicain – qui, en 1964, a fourni encore plus d’appui au Congrès pour la loi que les démocrates – en un parti qui représente les éléments les plus racistes et les plus réactionnaires de l’establishment politique américain. Sa base politique principale est dans les États du sud.

Obama, le premier président afro-américain, n’est pas, lui non plus, un héritier des luttes pour les droits civiques des années 1960, comme il l’a prétendu dans son discours d’ouverture. Au contraire, il est plutôt le résultat des mesures adoptées par la classe dirigeante américaine pour contenir, neutraliser et détruire le mouvement de masse des années 1960. Les luttes pour les droits civiques représentaient un élan vraiment égalitaire, une lutte pour améliorer les conditions de vie et étendre les droits démocratiques des sections les plus opprimées de la classe ouvrière, au profit de tous les travailleurs.

Pour contrer cela, des privilèges spéciaux ont été cultivés pour une petite minorité par des programmes comme la discrimination positive, proposée en premier par le président Richard Nixon comme façon de détourner le mouvement pour les droits civiques, sous le mot d'ordre du «capitalisme noir». L’objectif était d’élever une couche sociale plus privilégiée d’Afro-américains, ensuite des femmes et des hispanophones et plus tard des gais et lesbiennes, à des positions de pouvoir et d’influence, tout en laissant la structure sociale fondamentale du capitalisme américain intacte. Les politiques identitaires ont été promues pour servir de couverture à ce processus et sont devenues une base politique du Parti démocrate.

Obama a fait partie de cette couche d’Afro-américains cultivée par les chasseurs de talents pour les entreprises américaines et l’appareil militaire et des renseignements. Après avoir reçu son diplôme du collège, son premier emploi fut avec Business International, une compagnie de façade pour les opérations de la CIA outre-mer. Il fut plus tard recruté par la faculté de droit de Harvard pour ensuite être pistonné dans une carrière politique dans Southside Chicago. Il fut plus tard élevé, de manière improbable, dans le Sénat américain et ensuite à la Maison-Blanche.

Depuis qu’il est au pouvoir, il a fait preuve d’une loyauté inébranlable envers l’élite dirigeante américaine, qu'il s'agisse du sauvetage de Wall Street, de la construction d’un appareil d’espionnage d'État totalitaire, de la promotion des opérations militaires impérialistes et des provocations politiques en Afghanistan, en Libye, en Syrie, en Asie de l’Est et maintenant en Ukraine. La pauvreté est à son plus haut niveau depuis les années 1960 et l’utilisation des coupons alimentaires bat des records historiques. Il y a une statistique qui résume bien la nature de classe de l’administration Obama: pendant son premier mandat au pouvoir, le 1 pour cent le plus riche de la population américaine a accaparé 95 pour cent de toutes les hausses de revenus.

Les commentaires dans les médias sur l’anniversaire des droits civiques parlaient de la vaste portée des réformes associées à cette période. En plus de la Loi sur les droits civiques (1964) et de la Loi sur le droit de vote (1965), elles incluaient l’établissement de Medicare et de Medicaid (1965), de l’aide fédérale aux écoles primaires et secondaires (1965), de la Loi sur le logement équitable (1966) et des premières lois sur la protection de l’environnement et des consommateurs.

Mais il n’y a pas d’évaluation sérieuse de l’échec subséquent de ces efforts. Ce n’était pas seulement en raison de la guerre du Vietnam, qui est devenue un gouffre financier pour les ressources que Johnson avait initialement proposé de dévouer à la «guerre contre la pauvreté». En dernière analyse, cela représentait l’échec du capitalisme américain.

Dans le pays le plus riche du monde, à l’apogée du boom d'après-guerre, il s’est avéré impossible, dans le cadre du système de profit, de diminuer la pauvreté de manière importante ou de faire des améliorations à long terme dans les conditions de vie de vastes couches de travailleurs. Au contraire, dans les cinq décennies qui ont suivi, les inégalités sociales ont crû un à un niveau sans précédent.

Les tentatives d’Obama de s’associer au réformisme social seront louangées par des magazines libéraux comme The Nation et seront décrites comme un tournant vers la gauche. Elles recevront également de la crédibilité des groupes de la pseudo-gauche comme International Socialist Organization. Tout cela n'est que supercherie.

Obama cherche à s’associer aux luttes pour les droits civiques des années 1960 seulement pour fournir une couverture politique à une administration de droite et discréditée et à un Parti démocrate qui fera face au mécontentement massif aux bureaux de vote lors des prochaines élections au Congrès.

Il y a une similarité frappante entre Lyndon Johnson et Obama. De façon notoire, Johnson examinait attentivement les cartes géographiques du Nord-Vietnam, sélectionnant personnellement des cibles devant être pulvérisées par les B-52 américains. L’équivalent, pour Obama, sont ses «mardis du terrorisme», lorsqu’il s’assoit avec ses conseillers en renseignement pour déterminer qui la CIA et le Pentagone vont exterminer avec des missiles de croisière lancés par drones.

Johnson a tenté de combiner des réformes sociales avec la guerre impérialiste, ce qui l’a mené à un fiasco. Obama combine la guerre impérialiste avec la réaction de bout en bout: le démantèlement des avantages sociaux, la faillite de grandes villes comme Detroit, des baisses de salaire menées par le gouvernement fédéral et de l’espionnage à grande échelle.

La véritable leçon de cette période historique est que la perspective de créer un capitalisme plus démocratique et égalitaire a échoué et cela ne pouvait être autrement. Le système de profit est incompatible avec une véritable démocratie et l'égalité. Il doit être renversé par la lutte politique indépendante de la classe ouvrière et remplacé par un système socialiste dans lequel l’emprise de l’aristocratie financière sera brisée, sa richesse obtenue de manière criminelle expropriée et la vie économique placée sous le contrôle démocratique de toute la population.

(Article original paru le 11 avril 2014)