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Le scandale des défauts d’allumage de GM et la nationalisation de l'industrie

Par Shannon Jones
7 avril 2014

Chaque jour, de nouvelles preuves montrent que General Motors et les inspecteurs du gouvernement ont camouflé de façon systématique un défaut dans le commutateur d’allumage qui pouvait entraîner des conséquences mortelles. Des reportages dans les médias montrent qu’ail y aurait eu des dizaines, si ce n’est des centaines, de décès inutiles résultant de la détermination des gestionnaires de la compagnie à économiser de l’argent et à empêcher un rappel.

Il n’y a aucun doute que les conducteurs des plus de 2,6 millions de véhicules finalement rappelés par GM auraient pu être tués ou blessés. La clé de contact peut accidentellement être bougée et ne plus être à la position «en marche». Cela entraîne l’arrêt du moteur, de la direction assistée et des servofreins ainsi que du système de coussins gonflables. Conséquemment, le conducteur perd subitement le contrôle de son véhicule, sans bénéficier des coussins gonflables s’il y a accident. Plusieurs accidents mortels liés à ce défaut de fabrication étaient des face-à-face.

En plein scandale à propos du commutateur d’allumage défectueux, GM a rappelé, lundi dernier, 1,3 million de véhicules additionnels concernant une autre pièce défectueuse qui peut causer l’arrêt soudain de la direction assistée.

Le coût en vies humaines de l’indifférence manifeste de la compagnie est incalculable. La plupart des voitures impliquées étaient des modèles moins chers et plusieurs conducteurs étaient des jeunes. Ces familles ne vont jamais se remettre de la perte soudaine de leurs proches. Le calcul froid de la compagnie est reflété par les paroles d’un gestionnaire de projet en ingénierie qui avait fermé en 2005 une enquête sur la pièce défectueuse parce que, selon un article dans le Wall Street Journal, «le prix en outillage et pièces est trop élevé» et aucune des réparations proposées «n’est acceptable du point de vue des affaires».

Ce sacrifice en vies humaines sur l’autel des profits des entreprises souligne la nécessité, pour la santé et la sécurité du public, de placer l’industrie de l’automobile sous propriété publique et sous le contrôle démocratique de la population ouvrière.

Des documents internes indiquent qu’autant GM que la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA), le prétendu chien de garde gouvernemental, savaient depuis des années l’existence d’accidents mortels impliquant des véhicules de GM dans lesquels les coussins gonflables ne s'étaient pas déployés et où la clé de contact était à la position «accessoires» ou «arrêt». Tant la compagnie que les inspecteurs ont dissimulé ces faits au public et n’ont pas ordonné de rappel des modèles touchés.

GM admet maintenant qu’elle était au courant des problèmes d’allumage sur son modèle Saturn Ion dès 2001, mais la compagnie a approuvé la production du commutateur d’allumage même s’il ne satisfaisait pas à ses propres standards. Après avoir reçu plusieurs plaintes des clients concernant le commutateur de la Chevrolet Cobalt, les ingénieurs de GM en 2005 ont proposé de réparer le problème, mais la direction a rejeté leur proposition.

GM a plutôt envoyé un communiqué à ses concessionnaires pour les aviser de problèmes avec les commutateurs d’allumage sur les Cobalt, Ion et d’autres modèles tout en leur conseillant de dire aux clients d’enlever les objets lourds de leurs porte-clés.

En 2006, GM a discrètement ordonné l’installation d’un nouveau commutateur à partir des modèles 2007. Cependant, il n’a pas assigné un nouveau numéro de série à la pièce. Un ingénieur cité par Automotive News a qualifié cela de «péché capital». La décision d’utiliser le même numéro de série est une preuve de plus d’un camouflage délibéré.

En même temps, on apprenait qu'il y avait d'autres risques. En mars 2007, la NHTSA a rencontré GM, en privé, afin de discuter d’un accident mortel en 2005 dans lequel les coussins gonflables ne s’étaient pas déployés et où la clé de contact était apparemment à la position «accessoires». Cependant, ni GM ni la NHTSA n’a ordonné de rappel. Le procès-verbal de la réunion n’a pas été rendu public.

Les responsables de GM prétendent qu’ils connaissent maintenant 13 décès liés à la pièce défectueuse, mais le vrai nombre est probablement plus élevé. Le New York Times a rapporté que la NHTSA a reçu des plaintes de plus de 260 consommateurs concernant des véhicules de GM dont le moteur s’était arrêté pendant que le véhicule était en mouvement. Une étude des archives de la NHTSA par l’association de consommateurs Centre pour la sécurité automobile a trouvé 303 décès entre 2002 et 2012 lors d’accidents impliquant des modèles Cobalt et Ion dans lesquels les coussins gonflables ne s'étaient pas déployés.

La dissimulation par GM et le gouvernement a causé un nombre terrible de morts et de blessés. Selon un récent rapport du New York Times, GM a répondu aux familles des victimes des accidents avec froideur et mensonges. GM a dit à une famille, dont le fils de 23 ans était mort en 2010 dans un accident impliquant une Chevrolet Cobalt dont les coussins gonflables ne s’étaient pas déployés, que sa mort n'était pas liée à une défectuosité. Dans un autre dossier, GM a menacé la famille d’une victime d’un accident en disant que l'entreprise les poursuivrait pour frais d’avocats si elle ne retirait pas sa poursuite.

La collusion de la NHTSA montre que le gouvernement fonctionne comme un instrument de la grande entreprise. Il y a une relation incestueuse entre les inspecteurs du gouvernement et ceux qu’ils sont supposés contrôler. En décembre 2013, pour ne citer qu’un exemple, le chef de la NHTSA, David Strickland, a annoncé qu’il démissionnait de son poste pour aller travailler avec une firme d’avocats spécialisée dans le lobbying pour le compte de l’industrie de l’automobile. La même corruption qui avait fait surface en lien avec les inspecteurs de BP lors du déversement de pétrole dans le Golfe du Mexique et entre les inspecteurs des banques et Wall Street prévaut dans tous les secteurs de l’économie.

La Chambre des représentants et le Sénat tenaient des audiences la semaine dernière sur le scandale de GM. Il est clair que ce qui est préparé est une autre dissimulation. Cela a déjà été illustré par les commentaires du congressiste du Michigan, Fred Upton, qui est aussi le président du comité du Sénat en charge d’enquêter sur le rappel retardé de GM. Il a déclaré que le fabricant d’automobiles et la NHTSA n’ont pas pu «faire les rapprochements qui s'imposaient». Le même alibi fatigué et discrédité qui a été utilisé pour cacher l’anticipation par le gouvernement ou la facilitation de désastres comme le 11 septembre 2001 ou l’explosion de bombes au marathon de Boston est utilisé une fois de plus avec la même intention.

Selon le Center for Responsive politics, les campagnes d’Upton ont reçu 73.750 dollars depuis 1989 de la part d’un comité d’action politique contrôlé par GM ainsi que par des employés individuels de GM. Elles ont aussi bénéficié de 100.000 dollars d’un comité d’action politique et des employés de Ford Motor.

Lors des quatre dernières décennies, les démocrates et les républicains ont continuellement cherché à démanteler les réglementations limitées de sécurité qui avaient été établies dans la précédente période grâce aux luttes de la classe ouvrière.

En 2009, lors de la faillite forcée et de la restructuration de GM, le gouvernement a obtenu la majorité des parts de la compagnie, qu’il a gardées jusqu’en novembre 2010. L’administration Obama a inséré une clause qui stipule que la compagnie restructurée est immunisée contre les poursuites en responsabilité relativement à un produit qui date d’avant 2009. C’était à un moment où GM et le gouvernement étaient déjà bien au fait des accidents mortels impliquant les commutateurs d’allumages défectueux.

Ces faits montrent l’anarchie et la criminalité qui sont devenues les traits dominants du capitalisme contemporain. De tels crimes ne sont pas des aberrations. Ils sont liés au système de propriété privée des moyens de production et à la production pour le profit. Entraînées par la demande insatiable des investisseurs de Wall Street pour un retour maximum sur leurs investissements, des entreprises comme GM tournent inévitablement les coins ronds sur les mesures de sécurité qui affaiblissent leur bilan financier.

Tous ceux qui sont responsables, autant dans GM que dans le gouvernement, d'avoir permis de laisser des voitures potentiellement dangereuses sur la route doivent être poursuivis en justice. Les familles des victimes doivent être pleinement indemnisées.

Toutes luttes pour améliorer de façon sérieuse les mesures de sécurité posent inévitablement la question: dans quels intérêts la société est-elle organisée? Le besoin d’une société complexe et hautement technologique pour la planification scientifique et des contrôles de qualité soulève la nécessité de la propriété publique et du contrôle démocratique de l’industrie. Cela peut être implanté seulement par un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière basé sur un programme socialiste.

(Article original paru le 4 avril 2014)