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Le régime afghan frappé par une vague d’attaques talibanes

Par Patrick Martin
4 décembre 2014

Les insurgés talibans ont lancé une offensive contre le régime soutenu par les États-Unis en Afghanistan, envahissant une importante base militaire dans la province de Helmand, au sud du pays, frappant des cibles au sud, à l’est et au nord, puis menant des attaques dans plusieurs parties de la capitale, Kaboul.

La vague d’attaques semble coïncider, du moins en partie, avec la décision du parlement afghan de ratifier l’accord sur le statut des Forces jeudi, qui va donner aux soldats étrangers l’immunité contre les poursuites pour crimes de guerre tant et aussi longtemps que les forces américaines et de l’OTAN demeureront au pays.

Bien que quelques attaques suicide ciblées à Kaboul ont attiré la majeure partie de l’attention médiatique aux États-Unis et en Europe, les avancées dans la province de Helmand représentent probablement le gain le plus significatif du mouvement fondamentaliste islamique. La province a longtemps été une des régions les plus farouchement disputées, d’abord entre les forces talibanes et les troupes britanniques, puis plus récemment contre les marines américains qui jouent le rôle principal.

Le 26 octobre, les forces britanniques et américaines ont cédé à l’armée afghane leurs bases à Helmand, y compris le camp Bastion, ciblé par les talibans lors de l’offensive de cette semaine. Les combattants talibans ont aussi attaqué le camp Shorabak, la portion afghane du même complexe, qui se trouve au nord-ouest de Lashkar Gah, la capitale provinciale.

Plusieurs dizaines de combattants talibans équipés d’armes automatiques et de ceintures d'explosifs ont lancé l’attaque à Helmand jeudi, mais ils ont vite été rejoints par d’autres insurgés, et les combats ont éclaté de façon intermittente tout au long du week-end.

Il y a eu d’autres attentats-suicides contre les quartiers généraux de la police de l’ordre civil paramilitaire dans le district de Nowi Zad plus au nord, et contre des installations de l’armée afghane dans le district de Sangin, aussi au nord d’Helmand, où une explosion a causé la mort d’au moins 14 soldats.

Les attaques sur le camp Bastion sont importantes tant du point de vue politique que militaire. La province de Helmand a été le théâtre de certains des combats les plus sanglants durant la guerre et le camp Bastion à été, à un moment donné, le cinquième aéroport britannique le plus achalandé, tout de suite après celui de Manchester et des trois aéroports aux environs de Londres.

L’immense base, de la taille d’une grande ville, est un stationnement pour l’équipement et les véhicules militaires qui ont été confiés à l’armée afghane. Si elle était capturée par les talibans, elle pourrait jouer le même rôle que Mossoul, la deuxième ville en importance d’Irak, où l’État islamique s’est emparé de suffisamment d’équipement militaire américain abandonné pour devenir une force mécanisée importante.

Samedi, à Kaboul, des talibans armés ont pris d’assaut le bureau d’une petite ONG dans le quartier de Karte She à l’ouest, tuant trois citoyens sud-africains, un travailleur humanitaire et ses deux enfants, ainsi qu’un citoyen afghan, dans ce qu’un porte-parole taliban a décrit comme un «centre de renseignement et de prédication du christianisme». Les trois hommes armés ont été ensuite tués par les forces de sécurité afghanes.

Deux jours plus tôt, un commando suicide taliban a mené une attaque contre une pension de famille dans le quartier diplomatique, mais il a été repoussé par des gardes, puis un kamikaze a détruit un véhicule de l’ambassade britannique, tuant six personnes. Un autre kamikaze a tenté de prendre d’assaut le quartier général de la police de la ville et a tué un haut fonctionnaire.

Lundi dernier, deux soldats américains ont été tués lorsqu’une bicyclette bourrée d’explosifs a fait sauter leur convoi. Les deux hommes travaillaient avec les forces de l’OTAN à Kaboul.

Les attaques talibanes à Kaboul étaient des actes isolés qui n’ont pas menacé le contrôle de la capitale par l’OTAN. Mais ils ont aggravé l’insécurité dans la capitale qui a été la cible d’une douzaine de tels attentats-suicides à petite échelle au cours des dernières semaines. En réponse à la campagne talibane, le chef de police de la ville, le général Zahir Zahir, a démissionné dimanche.

D’autres incidents ont pris place dans la province de Nangarhar à l’est, où une bombe placée dans une mosquée a blessé 21 personnes lors de la prière de vendredi, et une autre bombe a frappé un marché dans la ville de Mazar-e Shariff au nord, faisant quatre blessés.

L’intensification du carnage prend place alors que Washington tente de consolider le soutien militaire et financier pour le nouveau régime fantoche mis en place, dirigé par le président Ashraf Ghani, un ancien représentant de la Banque mondiale, et par Abdullah Abdullah, un ancien ministre des Affaires étrangères afghan.

Jeudi, le parlement afghan a ratifié un accord bilatéral sur la sécurité avec les États-Unis et un accord sur le statut des Forces avec l’OTAN, donnant l’autorisation légale à l’occupation de l’Afghanistan par les forces de l’OTAN et des États-Unis après le 31 décembre. Les traités incluent des dispositions assurant que les soldats des États-Unis et de l’OTAN ne peuvent être jugés par des tribunaux afghans pour les atrocités commises contre les civils afghans, une des demandes clés du Pentagone.

Lundi, Ghani et Abdullah s’apprêtaient à se rendre à Bruxelles, en Belgique, pour des réunions de l’OTAN, et ensuite à une conférence à Londres, mercredi, avec des pays «donateurs», c’est-à-dire leurs bailleurs de fonds parmi les puissances impérialistes qui fournissent l’argent nécessaire au maintien de l’armée et du gouvernement afghans.

Au même moment, l’agence de nouvelles Reuters a rapporté que l’Administration Obama prévoyait augmenter le nombre de troupes américaines en Afghanistan en 2015 au-delà du niveau de 9800 précédemment établi par le président en mai dernier. Washington va fournir quelque part entre quelques centaines et un millier de soldats pour combler le manque de troupes provenant des pays membres de l’OTAN où le déploiement en Afghanistan est hautement impopulaire.

(Article paru d'abord en anglais le 1er décembre 2014)