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L’état du capitalisme mondial: salaires réels en baisse et productivité du travail en hausse

Par Patrick Martin
8 décembre 2014

Le Rapport mondial 2014-2015 sur les salaires, rendu public vendredi par l’Organisation internationale du Travail (OIT), documente la stagnation des salaires des travailleurs dans la plupart des pays industrialisés, alors que la productivité continue d’augmenter. La conséquence en est qu’une part de plus en plus importante du revenu est accaparée par la classe dirigeante, tandis que la part que les travailleurs tirent de leur propre production, continue à diminuer.

«Sur les deux dernières années, la croissance salariale a suivi une courbe pratiquement plate dans les économies développées, allant jusqu’à une baisse dans certaines d’entre elles » dit Sandra Polaski Directrice générale adjointe de l’OIT pour la politique. «Tout cela a pesé sur les performances économiques globales, conduisant à une reprise économique molle dans la plupart de ces économies et à un risque accru de déflation dans la zone Euro.», poursuit-elle.

Ci-dessous quelques faits clefs cités dans le Rapport et qui ont des implications énormes pour la politique dans le monde :

- Les salaires n’ont augmenté que de 2,0 pourcent en 2013, en baisse par rapport aux 2,2 pourcent de 2012, et bien en dessous des 3,0 pourcent affichés avant le krach financier de 2008.

- La croissance mondiale des salaires en 2013 était réduite de moitié quand la Chine est exclue des chiffres (1,1 pourcent pour tous les autres pays, 2,0 pourcent avec la Chine comprise)

- La croissance réelle des salaires s’est ralentie brusquement en 2013 en Amérique Latine et dans les Caraïbes, allant de 2,3 pourcent en 2012 à moins de 1,0 pourcent.

- L’Italie et le Royaume-Uni ont connu « une période sans précédent de baisse réelle des salaires ». En particulier, « D’après la Commission sur les bas salaires, les salaires britanniques ont subi la baisse la plus brutale jamais réalisée depuis 1964, date d’enregistrement des premiers données.

- Dans le cas d’un grand nombre de pays, « comprenant la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Japon, l’Espagne et le Royaume-Uni – les salaires moyens réels en 2013 furent au dessous de leur niveau de 2007. »

- Dans les deux pays les plus avancés avec la plus grande inégalité de revenu, l’Espagne et les Etats-Unis, les pertes d’emplois et réductions de salaires représentaient la quasi-totalité de la hausse de l’inégalité.

Le fait le plus éclatant sans doute dans ce Rapport est celui-ci : « Globalement, la croissance de la productivité du travail dans les économies développées a dépassé celle des salaires réels entre 1999 et 2013 » Cela veut dire que tout au long de cette période de quatorze ans, la part du revenu national revenant à la classe ouvrière diminuait, tandis que la part revenant aux capitalistes, une petite minorité de la population, montait constamment.

Ces chiffres sont présentés, non pas par des marxistes révolutionnaires qui cherchent à démontrer l’échec du capitalisme et la nécessité du socialisme, mais par les défenseurs du capitalisme – responsables de gouvernements, cadres d’entreprises et responsables syndicaux.

Il s’y trouve cependant des avertissements prudemment formulés. Le Rapport de l’OIT cite certains dangers dans les politiques poursuivies, spécialement en Europe : « Si trop de pays avec des liens économiques étroits ou se trouvant dans une large zone géographique (comme l’Union européenne) poursuivent simultanément une politique de « modération salariale », le résultat sera probablement un manque dans la demande globale… » En d’autres termes, casser les salaires supprimera la consommation et laissera peu d’acheteurs pour les biens.

De plus, note l’OIT, « les marchés du travail dans beaucoup de pays sont encore dans un état de désordre, et le déficit mondial d’emplois est pire aujourd’hui qu’avant le début de la crise mondiale économique et financière en 2008 ; Le défi d’absorber les 199,4 millions de chômeurs et d’intégrer les 395,7 millions de nouveaux chercheurs d’emplois sur le marché dans la prochaine décennie est énorme. »

Considérons ces chiffres: presque 200 millions de travailleurs dans le monde sont au chômage et 400 millions de travailleurs vont entrer sur le marché du travail dans la prochaine décennie. Comment le capitalisme va-t-il pourvoir 600 millions de nouveaux emplois dans les conditions de stagnation de l’économique mondiale? Quels salaires seront payés? Quelles seront les conditions de travail? Quel sera le niveau d’exploitation? Poser ces questions ne fait que souligner les dimensions révolutionnaires de la crise à laquelle est confrontée le système du profit.

Quelles que soient les inquiétudes des auteurs du rapport de l’OIT, ils n’ont rien de sérieux à proposer. La raison en est que l’assaut sans répit contre les salaires partout dans le monde est motivé par les diktats du marché capitaliste, qu’ils défendent, et les intérêts de la classe dirigeante, dont ils sont eux-mêmes des représentants.

Aux plus hauts niveaux de l’élite dirigeante capitaliste, il y a ceux qui comprennent très bien que leur système est entré dans une crise qui ne peut se terminer que de deux manières : soit dans le renversement révolutionnaire du capitalisme et l’expropriation de la petite minorité de milliardaires et patrons de grandes entreprises par la classe ouvrière, soit dans un bain de sang contrerévolutionnaire de telles proportions que les crimes commis par l’impérialisme au vingtième siècle feraient pâle figure en comparaison. Les classes dirigeantes du monde s’y préparent, accumulant les armes, mobilisant des armées de policiers, intensifiant leurs attaques des droits démocratiques et espionnant la population du monde entier.

La tâche à laquelle est confrontée la classe ouvrière est celle de devenir aussi clairvoyante et intransigeante dans la défense de ses propres intérêts, forte d’un avantage historique décisif et inestimable : celui d’être la classe montante, celle du progrès, de la vaste majorité de l’humanité, d’être porteuse de tout ce qui a de la valeur dans la civilisation humaine, ce qui inclut toutes les réalisations scientifiques, technologiques et culturelles.

(Article original publié le 6 décembre 2014)