Home » Perspectives » Etats-Unis

Deux ans d'asile dans l'ambassade d'Équateur

Défendez Julian Assange !

Par Bill Van auken
20 juin 2014

Ce jour marque les deux ans d'asile forcé du fondateur de WikiLeaks Julian Assange, dans l'ambassade équatorienne à Londres. Assange est la cible d’une campagne honteuse du gouvernement Obama pour obtenir son extradition vers les États-Unis où il doit être accusé d'espionnage et de trahison, ce qui pourrait lui valoir une peine de prison à perpétuité ou même la mort.

Le seul « crime » d'Assange a été de publier des documents secrets qui exposent les crimes de guerre menés par le gouvernement américain en Irak et en Afghanistan et les conspirations organisées par le ministère américain des Affaires étrangères dans tous le monde entier.

Dans une conférence de presse à la veille de ce triste anniversaire, Assange a demandé que le ministre américain de la Justice Eric Holder abandonne une enquête nationale de sécurité contre WikiLeaks ou qu'il démissionne. Il a également parlé de l'héritage laissé par Barack Obama, notant que « cet ex-professeur de droit constitutionnel » restera dans les mémoires pour « la construction de listes extrajudiciaires de gens à tuer, dont des citoyens américains, » et qu'il « fut le président qui a mené plus d'enquêtes dans le cadre de la loi sur l'espionnage contre les journalistes et leurs sources que tous les présidents précédents réunis depuis 1917 lorsque la première version de cette loi a été promulguée. »

Depuis le 19 juin 2012, Assange a été contraint de se cacher dans l'ambassade d'Équateur pour ne pas tomber dans les griffes des autorités britanniques. Le gouvernement du Royaume-uni lui a refusé un sauf-conduit pour l'Équateur, qui lui a accordé l'asile parce qu'il risque la torture et la mort s'il est envoyé aux États-Unis.

Londres cherche à faire arrêter Assange et à l'extrader vers la Suède sur la base d’allégations d'atteintes sexuelles fabriquées de toutes pièces, un subterfuge transparent pour permettre ensuite sa livraison au gouvernement américain.

Depuis qu'Assange est entré dans le bâtiment de l'ambassade, il a été la cible d'un siège permanent de la part des forces de police britanniques pour un coût qui a déjà dépassé les 10 millions de dollars. À un moment, le gouvernement britannique a annoncé qu'il ne respecterait pas le principe international de l'asile diplomatique et a menacé de pénétrer de force dans l'ambassade.

Le Parlement britannique a amendé les lois sur l'extradition en mars de cette année, interdisant l'extradition des individus à moins qu'ils soient accusés d'un crime et qu'il soit prévu qu'ils comparaissent devant un tribunal. Il n'y a eu aucune accusation de ce genre contre Assange, et les autorités suédoises ont conclu en 2010 que les allégations qui le visent, lancées par deux suédoises – dont une qui est active dans des groupes anti-Castro liés à la CIA – n'étaient pas suffisantes pour monter un dossier.

Néanmoins, le gouvernement britannique agit sur la base de la version précédente de sa loi – sans égard pour le droit d'asile d'Assange – parce qu'il est déterminé à satisfaire Washington.

Le gouvernement Obama a maintenu en fonction un grand jury constitué en 2010 pour porter des accusations maintenues secrètes contre Assange. Le mois dernier, en réponse à une action en justice sur la base de la Loi sur la liberté de l'information, le FBI et le ministère de la justice ont confirmé qu'ils continuaient une enquête toujours active « criminelle/de sécurité nationale » contre Assange et WikiLeaks, ajoutant qu'il y avait eu « des développements dans l'enquête au cours de l'année dernière. »

Cette révélation servait à bloquer une demande adressée au gouvernement américain de fournir les noms de tous ceux qu'il avait espionné au sujet de WikiLeaks – la National Security Agency (NSA) aurait enregistré des informations sur toute personne qui aurait simplement accédé au site web du groupe – ainsi qu'une liste des communications avec les fournisseurs d'accès Internet et les compagnies financières sur lesquelles on a fait pression pour qu’elles coupent le financement et l’ accès Internet de WikiLeaks.

La déclaration du FBI fait mentir les affirmations circulant dans la presse en novembre dernier et selon lesquelles le gouvernement américain ne s’intéressait pas à Assange et que sa fuite dans l'ambassade d'Équateur ne serait que le résultat de sa « paranoïa » ou de son « autosuffisance » - une tentative patente de l'induire en erreur pour qu'il tombe aux mains du gouvernement américain.

La chasse aux sorcières contre Assange fait partie d'une campagne plus large montée par le gouvernement américain pour faire taire tous ceux qui s’opposent à ses crimes et les révèlent à l'intérieur comme en dehors des Etats-Unis. Le soldat de première classe Chelsea (Bradley) Manning est maintenant en prison pour 35 ans à Fort Leavenworth dans le Kansas, pour avoir fait fuiter des centaines de milliers de documents classés secret vers WikiLeaks.

Edward Snowden, l'ex-employé de la NSA qui a rendu publics des documents qui révèlent le vaste appareil secret et illégal d'espionnage par lequel la NSA collecte, stocke et examine les mails, les appels téléphoniques, les textos et les autres communications de millions de gens aux États-Unis et partout dans le monde, est devenu un apatride, contraint à vivre en Russie. Il a été révélé plus tôt dans la semaine que lorsque Snowden est arrivé à Moscou, Washington a envoyé un de ses avions de transferts extrajudiciaires (extraordinary rendition) en Europe pour l'enlever.

La détermination de Washington à faire taire et punir Assange n'a fait que s'intensifier après que WikiLeaks ait aidé Snowden à échapper à une arrestation par les autorités américaines et à atteindre Moscou.

D'autres ont été emprisonnés également, dont l'ex-officier de la CIA John Kiriakou, qui a été poursuivi pour avoir publiquement exposé l'usage de la torture par cette agence.

Il est remarquable que, dans des conditions où la politique criminelle poursuivie par l'impérialisme américain au cours de la période passée lui reviennent en pleine figure avec la débâcle irakienne, tant de ceux qui ont tenté d'exposer sa politique de guerre agressive, de torture et d'espionnage, propre à un Etat policier, sont maintenant soit en prison, soit dans un exile forcé, soit cernés par la police dans une ambassade.

Pendant ce temps, les responsables de crimes de guerre en Irak et des crimes contre la Constitution continuent à jouir d'une pleine immunité. Aucun d'entre-eux n'a eu à rendre des comptes ou n'a été puni. Quant aux divers grands médias qui se sont transformés en outils de propagande pour l'impérialisme américain dans la guerre en Irak, ils tentent maintenant d'effacer leur complicité dans ce crime et contribuent à ouvrir la voie à des crimes encore plus terribles, en Irak et ailleurs.

Les méthodes du gouvernement Obama dénoncées par Assange mercredi ont été développées pour défendre les intérêts de l'oligarchie financière qui contrôle le gouvernement américain. Dans des conditions d'effondrement global du capitalisme, alors que s’ouvre un gouffre toujours plus large entre l’oligarchie et les grandes masses de la population laborieuse, celle-là ne peut pas tolérer la révélation de crimes d'Etat. Elle évolue inexorablement vers des formes dictatoriales de pouvoir.

La seule base sociale qui a un intérêt réel à la défense des droits démocratiques se trouve dans la classe ouvrière. Ce qu'il faut, c'est la mobilisation indépendante des travailleurs, des étudiants et des jeunes pour défendre Assange, Manning, Snowden et les autres qui sont victimes de la conspiration d'état et de la répression. Cette campagne est inséparable d'une lutte contre le système capitaliste, qui donne naissance à la fois à la guerre et à une dictature d'Etat policier et cherche à faire peser tout le poids de sa crise sur le dos des travailleurs.

(Article original paru le 19 juin 2014)