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Les États-Unis parlent de cessez-le-feu pendant qu’Israël intensifie son massacre

Par Bill Van Auken
25 juillet 2014

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a fait la navette mercredi entre l’Egypte, Israël et l’Autorité palestinienne de Cisjordanie pour promouvoir une proposition de cessez-le-feu correspondant à une capitulation inconditionnelle de la population palestinienne de Gaza.

Derrière des informations faisant état du refus des conditions de ce cessez-le feu par Hamas, tout semble indiquer que l’astuce diplomatique des Etats-Unis n’a été rien d’autre qu’un toilettage de la forte intensification du massacre israélien à Gaza.

L’assaut israélien mené contre l’étroit territoire palestinien densément peuplé et appauvri dure depuis dix-sept jours et l’intervention terrestre est entrée dans sa deuxième semaine. Le nombre de morts à Gaza était passé mercredi soir à 700, le nombre de blessés se montant à 4.500.

Les Nations unies ont rapporté mercredi que plus des trois-quarts des personnes tuées à Gaza étaient des civils et qu’un enfant y a été tué toutes les heures au cours des journées de lundi et mardi. Comme on estime qu’un grand nombre des victimes sont ensevelies sous les décombres des quartiers rasés par les tirs israéliens, le nombre des victimes va certainement encore augmenter.

Mais il ne s’agit sans doute là que d’un début. Le conseil de sécurité du premier ministre Benjamin Netanyahou s’est réuni mercredi soir pour discuter à la fois des manœuvres du cessez-le-feu et de la prochaine phase de l’attaque de l’armée israélienne.

Avant le début de la réunion du conseil de sécurité, le ministre des Finances de Netannyahou, Yair Lapid, a dit à la 2ème chaîne de télévision israélienne que la Force de défense israélienne (IDF) devrait « parvenir à ses objectifs » avant que le gouvernement ne s’engage dans un quelconque cessez-le-feu. Il a ajouté qu’en plus de la destruction des tunnels utilisés par la résistance palestinienne et l’élimination de sa capacité de tirer des roquettes sur Israël, l’IDF mènerait une campagne pour éradiquer la direction politique et militaire du Hamas. « Nous les considérons comme des cibles légitimes, » a-t-il dit, en exposant les raisons d’un programme d’assassinats de masse.

Une indication de ce qui est en préparation a été présentée sur le site web Debkafile qui entretient des liens étroits avec l’armée et les milieux du renseignement israéliens. Selon ses informations, les commandants de l’IDF ont dit mercredi que « le temps était venu de faire un pas décisif dans la guerre. » Ceci prendrait la forme d’« une attaque de grande envergure contre l’ensemble des constructions de type bunker où logent les chefs militaires de haut rang du Hamas et qui abritent l’infrastructure. » Des unités blindées, ont ajouté les commandants, « pourraient procéder au coup d’envoi de la prochaine et cruciale étape de l’opération israélienne avec moins d’une heure de préavis. »

S’adressant aux soldats de la brigade Golani à la frontière de Gaza, le ministre de la Défense Moshe Ya’alon a transmis le même message en disant aux soldats d’être « prêts pour des mesures plus importantes à Gaza et les unités actuellement en attente doivent se préparer à y aller. »

Une telle offensive amènerait des chars et des troupes israéliennes dans le centre de Gaza ville où plusieurs dizaines de milliers de civils se sont réfugiés pour échapper aux intenses tirs d’artillerie, aux bombardements et aux frappes de missiles dans le Sud, à l’Est et au Nord de la bande de Gaza.

Comme des milliers de personnes supplémentaires sont contraintes tous les jours de fuir leurs domiciles, il n’y a nulle part où les civils peuvent aller pour sauver leurs vies. L’IDF a déjà déclaré qu’une zone tampon de trois kilomètres de long à la frontière israélienne était une zone de « non droit », transformant ainsi 44 pour cent de Gaza en une zone de feu à volonté.

Les écoles et les hôpitaux où un grand nombre des plus de 140.000 Palestiniens déplacés se sont réfugiés, ont été soumis à des bombardements. Une frappe aérienne israélienne a rasé mercredi l’hôpital Wafa dans l’Est de Gaza-ville après que quelques 97 patients et membres du personnel ont été forcés de fuir les lieux. Les responsables palestiniens de la Santé ont dit que plus de 25 centres médicaux ont été touchés.

Dans une allocution télévisée mercredi soir à Doha, le dirigeant du Hamas, Khaled Mashaal, a fait part de la volonté du mouvement de conclure un « cessez-le-feu humanitaire. » Il a cependant rejeté les termes d’une capitulation inconditionnelle dictés par Israël, les Etats-Unis et le régime du dictateur militaire égyptien Abdel-Fattah el-Sissi, et acceptés par la servile Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas.

Le gouvernement turc du premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui avait auparavant cherché à négocier une alternative à la proposition de cessez-le-feu préconisée par les Etats-Unis, Israël et l’Egypte, aurait essayé mercredi d’exercer des pressions sur le Hamas pour qu’il accepte l’accord en affirmant qu’il serait possible de négocier plus tard les revendications palestiniennes.

L’ambassadeur palestinien en Turquie, Nabil Maarouf, a dit mercredi au journal Hürriyet Daily News : « L’ensemble des groupes à Gaza ont refusé parce qu’ils veulent garantir quelque chose avant le cessez-le-feu. Ils veulent l’ouverture de la frontière à Rafah [avec l’Egypte], la libération des prisonniers libérés dans le cadre de l’accord Gilad Shalit et à nouveau arrêtés par les Israéliens, un libre accès au port. Ils veulent construire un aéroport [à Gaza] pour que les gens puissent aller et venir sans problèmes près des frontières. Le principal but de ces mesures est d’assurer une nouvelle vie aux Palestiniens à Gaza.

« Il n’y a aucun véritable progrès et beaucoup continuent d’insister sur un cessez-le-feu dont les négociations suivraient plus tard, » a dit Mashaal, le dirigeant du Hamas. Il a ajouté : « Nous ne pouvons pas accepter une proposition qui n’inclut pas la levée du siège des Gazaouis ». Il faisait allusion au blocus terrestre, aérien et maritime de Gaza maintenu par les régimes israélien et égyptien ces sept dernières années et qui a condamné la population à une intense pauvreté et à un chômage dépassant les 50 pour cent dans ce qui constitue la plus grande prison à ciel ouvert du monde.

Mashaal a aussi rejeté l’exigence d’Israël, de Washington et de l’Union européenne que toutes les négociations faisant suite à un cessez-le-feu viseraient le désarmement total de la bande de Gaza, la laissant complètement sans défense face à la machine militaire israélienne. « Personne ne peut désarmer la résistance, » a-t-il dit.

Mercredi, les Nations unies ont trouvé un euphémisme pour décrire ce qui est une évidence. Navi Pillay, la haut-commissaire aux droits de l’homme, a déclaré en parlant des actions d’Israël, « Il semble y avoir une forte possibilité que le droit international ait été violé d’une manière qui pourrait constituer un crime de guerre. »

Cette affirmation a été faite devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève. Celui-ci a ensuite passé une résolution demandant une enquête indépendante sur les actions d’Israël. Des représentants de 29 pays ont voté en faveur de l’enquête tandis que 17, dont un nombre d’Etats de l’Union Européenne se sont abstenus. Le seul vote contre a été celui des Etats-Unis qui financent la machine de guerre israélienne et qui sont profondément impliqués dans ses crimes.

Les responsables israéliens ont réagi avec un mélange de colère et de mépris au vote de l’ONU. La ministre israélienne de la Justice Tzipi Livni a publié sa réponse sur sa page Facebook : « Allez-vous faire voir. » Elle a décrit les morts des civils comme étant « regrettables » mais en les attribuant au Hamas pour avoir dit aux gens de rester chez eux après qu’Israël a demandé leur évacuation. « C’est ce qui arrive, » a-t-elle dit.

Le cabinet du premier ministre Netanyahou a publié une déclaration dénonçant l’enquête proposée comme une « parodie » et répétant l’alibi standard d’Israël comme quoi le massacre de civils à Gaza ne regarde que le Hamas qui les utilisent comme des « boucliers humains. »

Il a rejeté la proposition d’enquête la comparant au rapport Goldstone qui avait été publié suite à une enquête sur l’opération ‘Plomb durci’ menée en 2009 à Gaza et qui tua plus de 1.400 Palestiniens. Ce rapport décrivait la guerre comme « des attaques délibérément disproportionnées conçues pour punir, humilier et terroriser une population civile, diminuer radicalement sa capacité économique locale de travailler et de subvenir à ses besoins élémentaires et lui imposer un sens croissant de dépendance et de vulnérabilité. »

Suite à une campagne de pression menée sans relâche par Israël, le président de la mission d’enquête, l’ancien juge sud-africain, Richard Goldstone, avait publié une rétraction craintive tandis que les trois autres membres de la mission d’enquête avaient défendu ses conclusions.

Malgré les fanfaronades injurieuses de Tel Aviv, le gouvernement Netanyahou fut manifestement secoué par les résultats de l’opération ‘Bordure protectrice’, comme il avait surnommé sa guerre éclair contre Gaza. La résistance palestinienne fut plus intense que prévue, coûtant la vie à au moins 32 soldats israéliens – plus du triple des pertes subies lors de l’opération ‘Plomb durci’.

Les tirs de roquette palestiniens dont l’un est tombé tout près des pistes d’atterrissage de l’aéroport Ben Gourion à Tel Aviv ont fait que l’Administration fédérale de l’aviation des Etats-Unis (FAA) a imposé une suspension, qui dure maintenant depuis 48 heures, des vols américains vers Israël. Un certain nombre de compagnies aériennes européennes ont suivi l’exemple.

La décision qui a clairement été influencée par l’avion de ligne de la Malaysian Airlines abattu lorsqu’il survolait une zone de guerre en Ukraine, a été amèrement dénoncée par le régime israélien. Le ministre israélien des Transports, Yisrael Katz, a accusé la FAA d’avoir « décerné un prix au terrorisme. »

Le site web Dkafile a cependant cité des sources militaires disant que le tir de roquette avait « exposé une face cachée de la guerre contre Israël. » Cela constituait une autre indication qu’en dépit des dénonciations des attaques de roquettes palestiniennes comme étant faites à l’aveuglette, « la plupart des près de 2.000 roquettes tirées au cours de ces 16 derniers jours n’avaient pas manqué les centres urbains israéliens par hasard. » Au contraire, est-il dit, « Le Hamas a mis l’accent sur les cibles stratégiques, comme les bases de l’armée de l’air israélienne… »

(Article original paru le 24 juillet 2014)