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Les puissances européennes se servent du crash du vol MH17 comme prétexte à la guerre

Par Peter Schwarz
23 juillet 2014

Dans un entretien avec son homologue français François Hollande, le président ukrainien Petro Porochenko a comparé le crash du vol MH17 de la Malaysian Airlines en Ukraine orientale avec les attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York et à Washington qui ont tué près de 3.000 personnes.

Cette comparaison en dit plus sur Porochenko et ses partisans que le président ukrainien n’en avait l’intention. Bien qu’il y ait des différences évidentes dans les circonstances des deux événements, il y a un parallélisme clair dans la manière dont ils ont été politiquement exploités et manipulés.

Le gouvernement américain a utilisé le 11 septembre pour servir de prétexte à une expansion du militarisme et un armement sans précédent de l’Etat. La « guerre contre le terrorisme » qui a été déclarée après l’attentat, a servi à justifier le recours à la force militaire en Afghanistan, en Irak, en Libye et dans d’autres pays, en plus des pratiques illégales de la restitution extrajudiciaire, de la torture et des assassinats ciblés. Les Etats-Unis ont mis en place un appareil de surveillance gigantesque qui espionne la population des Etats-Unis et du monde entier.

Ceci n’a jamais rien eu à voir avec la protection de la population américaine contre des attaques terroristes. La « guerre contre le terrorisme » est un énorme mensonge – une couverture politique et idéologique pour la poursuite brutale des intérêts impérialistes et la défense du règne de l’oligarchie ultra-riche qui est de plus en plus en train d’entrer en conflit avec le reste de la population.

Le crash du vol MH17 est utilisé d’une façon identique pour servir à des objectifs politiques pareillement réactionnaires. Ni les causes du crash ni les responsables ni leurs motifs n’ont été établis. Une information concrète qui commence à pointer implique le gouvernement ukrainien et non les séparatistes pro-russes.

Toujours est-il qu’un torrent de propagande assourdissant a été déchaîné dans les médias occidentaux et dans les milieux politiques occidentaux pour justifier une escalade de l’offensive diplomatique et économique contre la Russie, servant aussi à créer le prétexte pour continuer le renforcement militaire en Europe de l’Est, avec la possibilité toujours présente d’une guerre entre les puissances de l’OTAN et la Russie, qui toutes disposent de l’arme nucléaire.

Il y a à peine deux mois, le World Socialist Web Site avait mis en évidence (Voir: Le 11-Septembre de l’Europe » les tentatives entreprises par les médias européens pour décrire l’annexion de la Crimée par la Russie après le coup d’Etat droitier à Kiev comme précisément un tel « 11 septembre de l’Europe ». Le crash du MH17 et la mort de 298 personnes à son bord sont à présent utilisés pour réaliser ce que la campagne précédente n’avait pu accomplir.

Le journal allemand Süddeutsche Zeitung par exemple, a écrit que le crash du vol MH17 était une occasion de briser le climat anti-guerre existant en Allemagne et que la propagande de guerre faite par le président Gauck et le gouvernement allemand n’ont pas réussi à faire changer. Dans un commentaire publié samedi Stefan Ulrich a déclaré que le vol MH17 « fournirait un tournant et ouvrirait les yeux des gens à l’Occident au fait qu’ils vivent encore en temps de guerre. »

Ulrich a accusé les Européens d’« avoir une vision idéaliste du monde au point d’être actuellement naïfs après un passé extrêmement belliqueux. » Ils ont tendance à croire que « les conflits peuvent au contraire être résolus avec de la bonne volonté et beaucoup de diplomatie. » Actuellement, pourtant, ils peuvent « profiter du drame qui s’est produit en Ukraine comme d’une occasion de réfléchir à leur sécurité et à une politique de défense. Les budgets de la défense ne doivent pas diminuer davantage. Les pays de l’UE doivent une fois de plus dépenser davantage pour leur sécurité. »

Dominic Johnson, le rédacteur de la rubrique affaires étrangères du journal taz, qui est proche des Verts allemands, mentionne la catastrophe aérienne pour réclamer une intervention militaire occidentale en Ukraine. Il préconise que les forces spéciales soient déployées dans l’Est du pays « afin de sécuriser la scène du crime et récupérer les corps. » Johnson qualifie ce fait d’« opération hautement dangereuse, » ce qui ne l’empêche pas la réclamer avec insistance.

Le rédacteur du taz accuse les gouvernements occidentaux de se limiter « à lancer des appels impuissants au président russe Vladimir Poutine pour qu’il ‘fasse plus’. » Ceci, écrit-il, est une « déclaration de faillite. »

Les gouvernements occidentaux doivent redoubler d’efforts ne serait-ce que par respect de soi, a déclaré Johnson. « L’attentat terroriste du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis a immédiatement été utilisé pour invoquer la clause de la défense mutuelle de l’OTAN. Les passagers du vol MH17 qui ont été tués les 17 juillet méritent une solidarité semblable. »

Les implications de cette exigence sont effarantes. Sans sourciller, l’organe officiel des Verts exige la transformation de l’Ukraine en un nouvel Afghanistan et incite à une confrontation militaire avec la Russie susceptible de dégénérer en guerre nucléaire mondiale. Il le réclame en dépit de son incapacité à présenter la moindre preuve que la Russie porte une responsabilité quelconque pour le crash.

Le schéma est le même. L’horreur devant la mort tragique des passagers de l’avion malaisien est exploitée en recourant à des allégations non fondées tout comme le choc crée par le 11 septembre avait été utilisé pour planifier des crimes bien plus grands encore.

Cette campagne doit être rejetée avec mépris. D’innombrables guerres sont préparées grâce à des campagnes de propagande reposant sur des demi-vérités et des mensonges. Il y eut l’incident du Golfe du Tonkin par lequel les Etats-Unis ont justifié une expansion massive de leur intervention au Vietnam en 1964 ; il y eut le massacre de Racak au Kosovo qui ne fut jamais confirmé mais qui a fourni le prétexte pour la guerre de l’OTAN en Yougoslavie en 1999 ; et, bien sûr, les affirmations totalement fabriquées sur les armes de destruction massive irakiennes par lesquelles les Etats-Unis ont justifié leur invasion en 2003.

En remontant plus loin dans le passé, mais géographiquement plus proche pour des gens comme Johnson et Ulrich, il y eut l’incendie du Reichstag en février 1933, l’événement qui servit de prétexte à Hitler pour consolider son pouvoir absolu.

Si l’on tient compte des éventuels motifs pour la destruction en vol de l’avion MH17, le régime de Kiev et ses partisans impérialistes devraient figurer en premier sur la liste des suspects. La catastrophe aérienne a fourni une occasion particulièrement opportune à ces forces pour rallier derrière elles des gouvernements qui jusque-là ont rejeté un cours conflictuel avec la Russie. Pour ce qui est de la Russie, par contre, il est difficile de trouver un motif plausible.

Des preuves manifestes de la culpabilité de Kiev font défaut tout comme elles manquent dans le cas des séparatistes ou de la Russie. Un tel soupçon est cependant bien fondé. Même si le régime ukrainien ou les agences de renseignement ukrainiennes qui le soutiennent n’ont pas ordonné eux-mêmes l’attaque, les forces de sécurité ukrainiennes comportent des éléments fascistes et criminels qui ne sont en aucune façon entièrement sous le contrôle du gouvernement de Kiev.

En tout cas, pour les gouvernements et les médias occidentaux, les victimes du crash ne sont pas le plus important. La catastrophe est considérée comme une base utile pour l’intensification de la propagande de guerre. De par leur soutien au coup d’Etat du 22 février à Kiev, leur collaboration avec les fascistes de Svoboda et de Secteur droit, ainsi que leur alliance avec des oligarques comme Porochenko, Kolomoisky et Akhmetov, ils ont poussé le pays dans la guerre civile et créé les conditions mêmes susceptibles de mener à un attentat contre un avion civil. Actuellement, ils réagissent en intensifiant avec encore plus d’agressivité leur politique belliciste.

(Article original paru le 22 juillet 2014)