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Il y a 100 ans, le dirigeant socialiste Jean Jaurès était assassiné à Paris


30 juillet 2014

Le 31 juillet 1914, le dirigeant du groupe socialiste à la Chambre des députés, Jean Jaurès, était abattu à Paris dans un café par un nationaliste de 29 ans, étudiant en archéologie, Raoul Villain. L'assassin a affirmé avoir abattu Jaurès en raison de l'opposition de ce dirigeant socialiste au service militaire obligatoire. Ce meurtre eut lieu à un moment où les principaux partis bourgeois créaient un climat militariste et va-t-en-guerre enfiévré, à la veille de la Première Guerre mondiale.

Jean Jaures

Âgé de 55 ans au moment de sa mort, Jaurès avait été élu à la chambre des députés en 1885 en tant que républicain. Venant des classes moyennes, professeur de philosophie au début de sa carrière, il faisait partie d'une couche d'universitaires et de professionnels qui se sont tournés vers le mouvement social-démocrate français dans les années 1890.

Jaurès a joué un rôle de premier plan dans l'établissement du Parti socialiste français en 1902. Le parti s'appuyait sur un programme de collaboration de classe et appelait à des alliances avec les sections « progressistes » de la bourgeoisie. Les implications de ce programme furent démontrées en 1899, losqu'Alexandre Millerand, un collaborateur politique de Jaurès, est entré dans le gouvernement de Waldeck-Rousseau, la première fois qu'un politicien affirmant être socialiste entrait dans un gouvernement capitaliste. Si le parti devait ensuite rejoindre en 1905 la tendance socialiste aux idées révolutionnaires dirigée par Jules Guesdes et devenir une section de la Seconde internationale, Jaurès a continué à défendre une perspective nationale-réformiste.

La réaction de Jaurès à la croissance du militarisme et à l'approche de la guerre mondiale fut d'appeler à des grèves de la classe ouvrière dans le but de faire pression sur les élites capitalistes pour qu'elles ne prennent pas le risque d'une conflagration mondiale, tout en tentant d’user de son influence personnelle sur les politiciens bourgeois. Sa promotion du nationalisme et du réformisme français n'avait pas préparé la classe ouvrière aux calamités qui l'attendaient dans les décennies suivantes.

Léon Trotsky, le célèbre révolutionnaire russe a rendu hommage à l'engagement de Jaurès en faveur du progrès et de la classe ouvrière, ainsi qu'à ses qualités d'orateur, et noté que sa politique reflétait les contradictions qui parcouraient la seconde internationale avant l'éclatement de la guerre. Dans un article publié en 1909, Trotsky avait expliqué que « Parmi tous ses talents il en est un que Jaurès ne possède pas : la capacité d’attendre. Non pas d’attendre passivement, sur la mer du temps, mais réunir les forces et préparer les cordages avec la certitude de la prévision d’une future tempête. Il veut immédiatement échanger la pièce sonnante du succès pratique, aux grandes traditions et aux grandes occasions. De là il tombe souvent dans des contradictions insolubles, dans les ‘bas-fonds et les désastres’ de la Troisième République. »