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Le crash du vol MH17 de la Malaysia Airlines en Ukraine

Par Alex Lantier
21 juillet 2014

Les remarques faites vendredi par le président Barack Obama sur le crash tragique du vol MH17 en Ukraine orientale soulèvent beaucoup plus de questions qu’elles ne fournissent de réponses.

Obama poursuit le barrage incessant de propagande abrutissante qui est diffusé par les responsables et les médias américains accusant la Russie et les forces séparatistes pro-russes en Ukraine orientale d’avoir abattu l’avion et exigeant la capitulation des séparatistes devant le régime de Kiev soutenu par l’occident. Ses remarques même ont toutefois souligné que cette campagne de propagande ne dispose d'absolument aucune base factuelle et qu'elle conduit Washington à une confrontation explosive avec la Russie.

Obama a dit: « Voilà ce que nous savons pour le moment. Tout indique que l’avion a été abattu par un missile sol-air, lancé depuis une zone contrôlée par les séparatistes soutenus par la Russie sur le territoire ukrainien. Nous savons aussi que ce n’est pas la première fois qu’un avion est abattu dans l’Est de l’Ukraine. Ces dernières semaines, des séparatistes soutenus par la Russie ont abattu un avion de transport ukrainien et un hélicoptère ukrainien, et ils ont revendiqué la responsabilité de l’attaque contre un avion de chasse ukrainien, qui a été abattu. De plus, nous savons que ces séparatistes reçoivent un soutien constant de la part de la Russie. »

Relisez soigneusement les commentaires d’Obama. Et vous verrez que rien de ce qu’il dit ne prouve que des forces pro-russes ont tiré un missile contre le vol MH17. Les rebelles séparatistes ont abattu un avion militaire ukrainien volant à basse altitude à l’aide de lance-missiles antiaériens portatifs, mais ceci ne signifie nullement qu’ils avaient l’intention ou la capacité de détruire un Jumbo jet volant à 33.000 pieds, un acte dont ils étaient conscients qu’il fournirait une arme de propagande massive à Washington.

En ce qui concerne l’affirmation d’Obama que les séparatistes contrôlent la région d'où le missile a été tiré, et pour laquelle il n'a présenté aucune preuve, cela ne signifie rien étant donné les conditions chaotiques existant en Ukraine orientale. Dans la cité de Donetsk, bastion des séparatistes anti-Kiev, des forces loyales à Kiev contrôlent l’aéroport à partir duquel ils bombardent régulièrement la ville. En fait, peu de temps avant la prétendue destruction par un missile BUK du vol MH17 près de Donetsk, le régime de Kiev avait renforcé ses batteries antiaériennes dans la région.

Il est remarquable qu'Obama ait ensuite reconnu que son gouvernement ne savait pas qui a abattu le MH17 ni pourquoi. Il a dit, « Je pense qu’il est encore trop tôt pour que nous puissions deviner quelles intentions auraient pu avoir ceux qui ont pu lancer le missile sol-air… En matière d’identification spécifique de l’individu ou du groupe d’individus en question qui a ordonné le tir, comment c’est arrivé – ce sont des choses qui, à mon avis, vont faire l’objet d’informations supplémentaires que nous allons rassembler. »

Encore une fois, relisez soigneusement la déclaration d’Obama. Derrière les déclarations conditionnelles et les précautions de langage, il ne dit rien sur l'identité de ceux qui ont lancé la frappe. Les remarques d’Obama contredisent directement celles de son propre ambassadeur à l’ONU, Samantha Power, qui venait tout juste de dire qu’il y avait « des preuves crédibles » que la Russie était responsable du crash en ajoutant, « la Russie peut mettre un terme à cette guerre. La Russie doit mettre fin à cette guerre. »

Obama a poursuivi en plaçant un point d’interrogation sur l’ensemble de la couverture médiatique du crash du MH17 : « Je voudrais souligner qu’il risque aussi d’y avoir de la désinformation. Je pense qu’il est très important que les gens fassent le tri entre ce qui repose sur des faits et ce qui n'est que pure spéculation. »

La vision de la situation qui ressort du compte-rendu d’Obama est remarquable. De son propre aveu, les Etats-Unis et leurs alliés avancent à toute vitesse vers une confrontation militaire avec la Russie dans un contexte où la Maison Blanche ne sait pas qui est responsable du crash du MH17 et pense que des forces politiques puissantes désinforment les médias.

Ayant déjà reconnu que la CIA n’avait pas pris la peine de l’informer avant de se mettre à espionner des responsables allemands, Obama cherche apparemment à comprendre ce que son propre gouvernement est en train de faire, tout en dénonçant de façon irresponsable la Russie.

Si l'on réfléchit correctement, chacune des éventuelles hypothèses concernant le tir d’un missile sur le MH17 soulève les questions les plus graves sur le danger d’un affrontement direct entre les puissances occidentales et la Russie.

Alors qu’il règne un silence assourdissant à ce sujet dans les médias, les forces loyales envers Kiev pourraient très bien avoir tiré un missile BUK et abattu le MH17. Le motif à l’origine d’un tel acte est démontré par la campagne médiatique américaine: accuser la Russie, intensifier la campagne pour une intervention de l’OTAN en Ukraine et chercher à mobiliser certains des alliés européens de Washington qui rechignent à imposer des sanctions radicales contre la Russie.

La possibilité très réelle que les forces pro-Kiev aient abattu l’avion prend en compte les liens étroits existant entre les agents de la CIA, les mercenaires de la firme américaine appelée autrefois Blackwater, les agences de renseignement européennes et les milices fascistes qui ont dirigé les forces armées de Kiev. Cela soulève la possibilité d’une complicité directe de sections de l’Etat américain dans le meurtre des passagers et de l’équipage du MH17.

Il est à noter en particulier que les médias russes rapportent que le MH17 a brièvement croisé le chemin de l'avion du président russe Vladimir Poutine rentrant de la Coupe du monde et d’un sommet international au Brésil et que certaines factions à Moscou croient que le missile qui a détruit le vol MH17 aurait pu être destiné à Poutine. Il est impossible de vérifier si de tels comptes rendus sont corrects. Si, toutefois, des sections de l’Etat russe venaient à croire que des agences de renseignement américaines et européennes approuvaient une tentative d’assassinat du chef d’Etat russe, les implications seraient inouïes.

Par contre, si, comme l'affirme la campagne de propagande américaine, le MH17 a été détruit par un missile tiré par les forces alliées à la Russie ou directement aidées par elle, la question soulevée est de savoir quel message les factions russes impliquées essayaient d’envoyer en montrant leur volonté de tuer près de 300 personnes. Cela démontrerait certainement que Moscou prend la crise ukrainienne beaucoup plus au sérieux que ne le réalise Washington et que la situation est extrêmement dangereuse.

Dans leur hâte à accuser la Russie, les médias et l’establishment politique américains semblent ne porter aucun intérêt à ces questions. Cette attitude associe l'irresponsabilité totale à l'insouciance totale. Ce que la catastrophe du MH17 a d’ores et déjà révélé est la crise profonde de l’impérialisme occidental et le risque d’une guerre mondiale.

(Article original paru le 19 juillet 2014)