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Québec: le gouvernement Couillard déclare la guerre aux travailleurs

Par Richard Dufour
8 mai 2014

À l’issue de son premier Conseil des ministres tenu fin avril, le nouveau premier ministre libéral du Québec, Philippe Couillard, a «découvert» un déficit plus élevé que prévu (3,7 milliards de dollars pour l’année en cours), qu’il a invoqué pour justifier des compressions immédiates de 490 millions de dollars.

Celles-ci prendront la forme d'un gel de l'embauche dans la fonction publique et dans les réseaux de la santé et de l’éducation. Mais d’autres coupes budgétaires sont à venir. Réaffirmant son objectif de réduire le déficit cette année à 1,75 milliard de dollars, le premier ministre a laissé entendre qu’une réduction majeure des dépenses sociales était nécessaire. Les secteurs public et parapublic, par exemple, devront diminuer de 3 pour cent leurs dépenses de fonctionnement.

Le gouvernement Couillard va mettre sur pied une Commission sur la révision permanente des programmes. Selon le nouveau ministre des Finances, Carlos Leitao: «Il va falloir se questionner sur la pertinence de tous les programmes sociaux… On va revoir programme par programme pour voir si c’est encore pertinent de maintenir ça, ou [s’il faut] les éliminer au complet».

Une deuxième Commission promise par Couillard se penchera sur la réforme de la fiscalité des particuliers et des sociétés. Les libéraux, comme tout l’establishment dirigeant, sont viscéralement opposés à toute mesure fiscale, même minimale, de redistribution des richesses. Ils insistent plutôt pour réduire encore plus l’impôt sur la grande entreprise et les super-riches. «On n'ira pas demander aux contribuables de mettre la main dans leurs poches davantage», a affirmé Couillard. «S'il faut aller plus loin dans le contrôle des dépenses, ce sera ça notre choix.»

Couillard a laissé entendre que ces mesures n’étaient que la pointe de l’iceberg dans le vaste programme de démantèlement des programmes sociaux inauguré par son gouvernement. «Ce n'est même pas le début de la fin, même pas la fin du début», a-t-il déclaré. «On est rendu au début d’une action qui s’échelonne sur tout un mandat».

Son ministre des Finances se rendra à New York après le dépôt de son budget, prévu en juin, afin de rassurer les agences de notation que son gouvernement était prêt à imposer à la population québécoise un programme de réaction sociale du même type que celui ayant dévasté la Grèce ou d’autres pays européens. «On a vu depuis 2009, surtout en Europe, ce qui peut se passer quand les finances publiques d'un pays ne sont pas équilibrées», a affirmé Leitao dans une menace à peine voilée contre le niveau de vie des travailleurs du Québec.

Lors de la prestation de serment de son conseil des ministres, Couillard lançait cet avertissement: «L'heure n'est plus aux mesures marginales ou cosmétiques, le moment des décisions difficiles est venu». Il a depuis fait savoir qu’il maintenait «le cap» sur l’atteinte de l’équilibre budgétaire en 2015-2016. Cet objectif demandera des coupes sociales jamais vues au Québec depuis la destruction en 1996 de milliers d’emplois dans l’éducation et la santé par le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard, également au nom du «déficit zéro».

Un rapport financier, commandé par Couillard après son élection et dévoilé au lendemain de son assermentation, préconise un gel de la masse salariale dans les secteurs public et parapublic, ainsi qu'une privatisation partielle d'Hydro-Québec et de la SAQ (Société des alcools du Québec). Ses deux auteurs, Luc Godbout et Claude Montmarquette, appellent le gouvernement à «recourir à davantage de tarification» pour les services offerts à la population.

Couillard a déjà signalé qu’il s’engageait pleinement sur la voie de la privatisation des services publics. Il a choisi pour ministre de la Santé un certain Gaétan Barrette qui, au cours des huit dernières années passées à la tête de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, a continuellement plaidé pour un rôle accru du privé dans le domaine de la santé. Couillard lui-même a siégé sur le conseil d’administration d’une entreprise privée faisant affaire dans ce domaine après avoir quitté son poste de ministre de la Santé du gouvernement libéral précédent de Jean Charest.

L'assaut anti-ouvrier déclenché par le gouvernement Couillard répond aux exigences de l'élite dirigeante que ce soient les travailleurs qui payent pour la crise capitaliste mondiale. La réponse tout à fait prévisible des syndicats a été d'offrir leur pleine collaboration au gouvernement libéral. Toute éventuelle «opposition» de leur part aux coupes budgétaires ne serait qu'en paroles.

Le premier mai dernier, les dirigeants des quatre grandes centrales syndicales du Québec – Daniel Boyer de la FTQ, Jacques Létourneau de la CSN, Louise Chabot de la CSQ et François Vaudreuil de la CSD – ont rencontré Couillard pour le rassurer qu'ils n'allaient rien faire pour mobiliser les travailleurs contre ses projets de démolition sociale.

La seule condition qu'ont posée les bureaucrates syndicaux c'est qu'ils soient consultés lors de l'application des mesures anti-ouvrières. «Ce qu’on a compris», a déclaré Chabot en sortant de la rencontre, «c’est que pour la révision des programmes il n’y aura pas de grande annonce sans du moins qu’on s’en fasse parler».

En offrant ainsi leurs services à Couillard pour l’aider à imposer des coupes budgétaires dévastatrices, les chefs syndicaux ne font que poursuivre leur longue histoire de suppression des luttes ouvrières et de subordination politique des travailleurs à l’ordre capitaliste existant. L’exemple le plus récent est survenu au printemps 2012 lorsque les syndicats ont isolé et torpillé une longue et courageuse grève des étudiants du Québec.

Initialement lancée contre une hausse des frais de scolarité par le gouvernement libéral d'alors de Jean Charest, cette grève représentait objectivement un défi au programme d'austérité de toute la classe dirigeante. Pour les syndicats pro-capitalistes, le pire danger était que cette rébellion étudiante ne serve d'étincelle à une large mobilisation des travailleurs contre la destruction des emplois, des salaires et des services publics. C'est pourquoi ils ont tout fait pour isoler la grève étudiante, avant de la détourner politiquement derrière l'élection du Parti québécois, l'autre parti de gouvernement de la classe dirigeante.

Une fois au pouvoir, le gouvernement péquiste de Pauline Marois a imposé les plus importantes compressions budgétaires depuis une quinzaine d'années, tout en attisant le chauvinisme anti-musulman avec son projet xénophobe d'une «charte de la laïcité». C'est ce qui a frayé la voie au retour des libéraux au pouvoir, et à l'assaut intensifié sur les travailleurs annoncé par Couillard.

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