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Le 11-Septembre de l’Europe

Par Peter Schwarz
8 mai 2014

Dans une interview accordée dimanche au journal Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a comparé l’annexion de la Crimée par la Russie aux attentats du 11 septembre et à la «guerre contre le terrorisme». Cette comparaison en dit plus que Rasmussen et le Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung ne l’ont peut-être prévu.

Depuis plus de douze ans, les attentats terroristes du 11 septembre 2001 servent de prétexte au gouvernement américain pour des guerres illégales et un renforcement massif de ses forces militaires. Au nom de la «guerre contre le terrorisme», les États-Unis ont attaqué l’Afghanistan, l’Irak et la Libye; ils ont enlevé, torturé et assassiné des personnes suspectées de terrorisme; espionné des milliards de gens de par le monde et mis en place la structure d’un État policier.

De par la crise en Ukraine, qu’ils ont provoquée, les cercles dirigeants en Europe, et notamment l’Allemagne, s’embarquent dans une voie semblable. Ils poursuivent des intérêts économiques et géopolitiques bien précis: faire reculer la Russie et étendre leur influence en mer Noire, au Caucase et en Asie centrale. Ils se servent aussi de la crise pour tenter de surmonter une opposition populaire au militarisme profondément enracinée et pour mettre en place un appareil d’État en vue des luttes de classe à venir.

S’adressant au journal, Rasmussen a exigé un réarmement militaire massif des membres européens de l’OTAN. «Arrêtez de réduire vos dépenses pour la défense, inversez la tendance et investissez progressivement plus d’argent dans la défense», a-t-il exigé.

«Ce qui se passe en Ukraine doit tirer la sonnette d'alarme pour l’Europe», a-t-il dit. La Russie a augmenté ses dépenses militaires de 30 pour cent tandis que certains membres européens de l’OTAN ont réduit les leurs de 40 pour cent.

Le secrétaire général de la plus grande alliance militaire du monde a menacé la Russie de conséquences graves» si elle continuait à déstabiliser l’Ukraine ou à provoquer un conflit avec un membre de l’OTAN. Les Russes, a-t-il dit, ne peuvent «avoir le moindre doute que nous considérons qu’une attaque contre un membre est une attaque contre nous tous». Il a affirmé que le déploiement de troupes de l’OTAN, d’avions de guerre et d’unités navales en Europe de l’Est n’était qu’une politique de «dissuasion».

D’influents politiciens allemands ont immédiatement soutenu Rasmussen. Le porte-parole de la politique du groupe parlementaire social-démocrate (SPD) pour les questions de défense, Rainer Arnold, a critiqué les États-membres de l’OTAN au motif que ces dernières années ils avaient «réduit maladroitement, que par raison d’économie, leur puissance militaire». Ceci doit cesser, a exigé Arnold, en soutenant que l’OTAN devait «garantir une dissuasion conventionnelle efficace».

Arnold a suggéré l’établissement d’unités multinationales et leur déploiement en Europe de l’Est. L’armée allemande pourrait «apporter ses vastes compétences spéciales» en participant avec ses hélicoptères Tigre, le nouveau véhicule de combat d’infanterie Puma et le véhicule blindé de transport de troupes Boxer. L’expert en politique étrangère de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), Andreas Schockenhoff, a approuvé et ajouté qu’en plus de fournir des unités blindées, l’armée allemande pourrait contribuer à empêcher des cyber-attaques et organiser des déploiements navals.

Washington et Berlin ont délibérément provoqué la crise en Ukraine en mobilisant des forces fascistes d’extrême droite. Le coup d’État du 22 février, qui a amené au pouvoir le gouvernement du président Turchynov et le premier ministre Iatseniouk, a été dirigé par Washington et Berlin et avec les fascistes de Secteur droit et de Svoboda jouant des rôles de premier plan.

Les puissances impérialistes occidentales s’attendaient à ce que le régime non élu à Kiev rencontre une opposition populaire et provoque une réaction de la part de la Russie. Dans un pays où 6 millions de personnes ont été tuées durant l’occupation nazie – dont 1,5 million de Juifs – un gouvernement qui glorifie des collaborationnistes nazis tels Stepan Bandera allait inévitablement susciter un profond dégoût.

Le récent massacre d’Odessa montre bien le caractère barbare des forces mobilisées par l’impérialisme. Les hommes de main de Secteur droit et les autres partisans du régime de Kiev ont incendié le 2 mai la Maison des syndicats d’Odessa où des centaines d’adversaires du régime avaient cherché refuge. Des dizaines ont péri dans l’incendie et un grand nombre ont été gravement blessés en essayant d’échapper aux flammes et en sautant par les fenêtres. Au sol, les fascistes applaudissaient en se réjouissant. Selon certains comptes-rendus, de nombreuses victimes ont été tuées par des milices d’extrême droite avant que la horde fasciste n’embrase le bâtiment.

Les médias allemands veules et sans scrupules se sont chargés de couvrir ces faits et de représenter le président russe Poutine comme le responsable de l’escalade de la crise.

Plus les preuves qui prouvent que le régime de Kiev est rejeté par de vastes sections de la population ukrainienne s’accumulent et plus les tentatives des médias deviennent bizarres pour présenter la réalité à l’envers.

Lundi, le Frankfurter Allgemeine Zeitung avait mis en garde ses lecteurs «de ne pas perdre de vue le fait que Moscou mène une guerre non déclarée contre l’Ukraine en attisant et en manipulant au sein de la société ukrainienne de réels conflits relatifs à des questions sociales, linguistiques, culturelles et historiques». Les conflits, il est vrai, sont réels, mais ils sont enflammés avant tout par l’intervention agressive des puissances occidentales et non pas par une manipulation russe.

La comparaison faite par Rasmussen entre la crise en Ukraine et le 11-Septembre est un avertissement aux travailleurs de toute l’Europe. Elle montre que les actions provocatrices des puissances occidentales ne visent pas seulement directement la classe ouvrière ukrainienne et la Russie mais l’ensemble de la classe ouvrière européenne. Elles fournissent un prétexte pour un renforcement militaire massif en prévision d'une guerre et l’établissement d’un État policier.

Rasmussen est passé maître en la matière. Il est l’auteur d’un livre révélateur intitulé De l’État social à l’État minimal. Durant son mandat de premier ministre au Danemark, pays jadis réputé pour sa tolérance, il a transformé le pays en une forteresse contre les étrangers. Sous sa direction, le Danemark a été l’un des rares pays européens à envoyer des troupes en Irak en 2003.

Nous en appelons à tous ceux qui cherchent à lutter contre la guerre et le militarisme à soutenir la campagne menée pour les élections européennes par le Partei für Soziale Gleichheit (PSG) en Allemagne et le Socialist Equality Party (SEP) en Grande-Bretagne et à bâtir des sections du Comité international de la Quatrième Internationale en Europe. Le CIQI est la seule tendance politique à s'opposer systématiquement à la guerre et au militarisme.

(Article original paru le 7 mai 2014)

Tous nos lecteurs sont invités à assister à la réunion de campagne électorale du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) pour les élections européennes qui se tiendra à Paris le dimanche 11 mai. Pour plus de précisions, cliquez ici.