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Le danger fasciste en Ukraine

Par Julie Hyland
7 mars 2014

Une offensive de propagande politiquement sinistre est en cours dans les médias pour soit nier l'implication des fascistes dans le coup d'Etat en Ukraine, soutenu par les États-Unis, soit pour présenter le rôle de ces fascistes comme un détail marginal et sans importance.

Ainsi le New York Times a déclaré, « L'affirmation de Poutine qu'il y a une menace immédiate sur les Russes d'Ukraine est creuse, » tandis que le Guardian britannique a écarté comme étant une « fantaisie » les affirmations selon lesquelles les événements en Crimée sont une tentative « visant à empêcher des attaques de groupes fascistes révolutionnaires, » ajoutant que « les médias du monde n'ont [pas] encore vu ou entendu parler » de telles forces.

C'est une obscène opération de dissimulation.

La réalité est que, pour la première fois depuis 1945, un parti ouvertement antisémite, pro-nazi contrôle les principaux leviers du pouvoir d'Etat dans une capitale européenne, grâce à l'impérialisme américain et européen. Le gouvernement ukrainien non élu, dirigé par Arseniy Yatsenyuk, lui-même nommé par les États-Unis, comprend pas moins de six ministres du parti fasciste Svoboda.

Il y a moins d'un an, le Congrès juif mondial avait demandé que le parti Svoboda soit interdit. Mais le fondateur et dirigeant du parti, Oleh Tyahnybok, qui a exprimé régulièrement sa détermination à écraser la « mafia russo-youpine qui contrôle l'Ukraine, » était applaudi par les responsables américains et européens pendant qu'ils préparaient le coup d'Etat du mois dernier.

Après la condamnation en 2010 de John Demjanjuk comme complice du meurtre de près de 30 000 personnes dans le camp de concentration de Sobibor, Tyahnybok l'avait qualifié de héros. Le second de Tyanhybok, Yuriy Mykhalchyshyn, a fondé un laboratoire d'idées appelé Centre de recherche politique Joseph Goebbels.

Svoboda était la principale force politique dans les manifestations de la place Maidan qui ont fait tomber le président Ukrainien Viktor Yanukovitch. Pour avoir fourni les troupes de choc pour le coup d'Etat, ce parti a reçu en retour le contrôle de ministères importants.

Le co-fondateur de Svoboda, Andriy Parubiy a servi de « chef de la sécurité » dans les manifestations, dirigeant les attaques du groupe Secteur droit, une alliance entre fascistes et nationalistes d'extrême-droite qui comprend l'unité paramilitaire de l'Assemblée nationale ukrainienne – Autodéfense ukrainienne (UNA-UNSO). Portant des uniformes calqués sur ceux de la Waffen SS de Hitler, ses membres se vantent de s'être battus contre la Russie en Tchétchénie, en Géorgie et en Afghanistan.

Parubiy est maintenant en charge du Conseil de la sécurité nationale et de la défense, supervisant le ministère de la Défense et les forces armées. Dmytro Yarosh, dirigeant de Secteur droit, est son adjoint.

Le vice-premier ministre Oleksandr Sych est une autre grande figure de Svoboda, comme Oleh Makhnitsky (procureur général), Serhiy Kvit (ministère de l'Education), Andriy Makhnyk (ministère de l'Ecologie) et Ihor Shvaiko (ministère de l'Agriculture).

Les autres personnes qui auraient des liens avec l'UNA-UNSO sont Dmytro Bulatov (ministre des Sports et de la Jeunesse) et la journaliste « activiste » Tetyana Chernovol, nommée présidente du Comité gouvernemental contre la corruption.

Le héros de Svoboda et de l'UNA-UNSO est Stepan Bandera, collaborateur avec les nazis et chef de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), qui avait aidé les nazis dans leurs abominables massacres de la population juive.

En 2010, le forum officiel de Sovboda avait affiché une déclaration affirmant : « Pour créer une Ukraine vraiment ukrainienne dans les villes de l'Est et du Sud […] il nous faudra supprimer le parlementarisme, interdire tous les partis politiques, nationaliser toute l'industrie, tous les médias, interdire l'importation de toute littérature vers l'Ukraine en provenance de la Russie […] remplacer entièrement les responsables du service public, de l'éducation, de l'armée (en particulier à l'Est), liquider physiquement tous les intellectuels parlant le Russe et tous les Ukrainophobes (rapidement, sans hésitation. Donner le nom des ukrainophobes peut se faire ici par tout membre de Svoboda), exécuter tous les membres des partis politiques anti-ukrainiens... »

L'une des premières actions du nouveau gouvernement a été d'abolir pour les russophones les droits des minorités. Des dispositions sont également en train d'être prises pour annuler la loi qui interdit d'« excuser les crimes du fascisme. »

Ces derniers jours, les représentants de Secteur droit ont été actifs contre les juifs, les chrétiens orthodoxes russes, et des juristes. Deux vidéos sur YouTube montrent un des dirigeants de Secteur droit, Aleksandr Muzychko, qui a déclaré que son credo était de lutter contre « les communistes, les Juifs, et les Russes aussi longtemps que du sang coulera dans mes veines », attaquer physiquement un procureur de région à Rovno et forçant les membres du parlement régional de Rovno à tenir séance sous la menace d'un fusil, brandissant une kalachnikov pour demander « Qui veut me prendre ma mitraillette ? Qui veut me prendre mon fusil ? Qui veut me prendre mes couteaux ? Je vous met a défi ! »

La bourgeoisie américaine et européenne, ainsi que ses larbins des médias, ont tout à fait conscience de ces faits.

Leur tentative de dépeindre l'extrême-droite comme une minorité marginalisée qui aurait émergé pratiquement du jour au lendemain est tout aussi fumeuse. Il y a de nombreux articles universitaires qui détaillent le rôle et l'importance de l'extrême-droite en Ukraine depuis des décennies. Ils montrent également comment, après avoir dans un premier temps fait profil bas dans la foulée de la dissolution de l'Union soviétique et de la restauration du capitalisme, l'extrême-droite est devenue très visible, sa montée a été préparée idéologiquement sur plusieurs années. Cette montée de l'extrême-droite s'est fortement accélérée après la « révolution orange » orchestrée par l'occident en 2004.

Pers Anders Rudling (Organised Anti-semitism in Contemporary Ukraine : Structure, Influence ans Ideology, 2006), cite le rôle essentiel joué par l'Académie inter-régionale des ressources humaines (MAUP), une université privée fondée en 1989 qui « gère un réseau politique très bien connecté qui s'étend jusque tout en haut de la société ukrainienne. »

En 2008, le ministère américain des Affaires étrangères listait le MAUP comme « l'une des institutions antisémites les plus obstinées d'Europe de l'Est. » Rudling affirme que le MAUP a « éduqué plus de responsables du gouvernement, de diplomates et de gestionnaires qu'aucune autre université » en Ukraine.

La spécialité du MAUP est de produire de la propagande d'extrême-droite déguisée en recherches universitaires qui dépeignent le bolchévisme et la Révolution d'octobre comme une création de la « juiverie internationale ». Sur cette base, le MAUP affirme que les crimes de la dictature stalinienne contre les peuples d'Ukraine faisaient partie de la même « conspiration juive. »

En juin 2005, parmi les participants de la Fourth World Wide Conference organisée par le MAUP il y avait David Duke, ex-chef du Ku Klux Klan, et un ultra nationaliste qui fut ambassadeur d'Ukraine au Canada, Levko Lukianenko.

Lukianenko avait présenté un article qui affirmait que la famine de 1932-33, au cours de laquelle des millions d'Ukrainiens étaient morts, était l'oeuvre d'un gouvernement sataniste dirigé par des juifs. Les délégués présents à cette conférence avaient appelé à la déportation d'Ukraine de tous les juifs.

À l'époque, Lukianenko était allié avec les deux grandes figures de la révolution orange, Viktor Yutschenko et Yulia Tymoshenko. Les deux étaient soutenus par Washington et les puissances européennes dans le cadre d'une campagne pour obtenir la présidence de l'Ukraine contre le concurrent pro-russe Viktor Yanoukovitch.

En janvier 2005, Yutschenko avait remplacée Yanoukovitch au poste de président. Il était à l'époque au conseil d'administration du MAUP. Lukianenko faisait partie de l'alliance électorale de Tymoshenko. Deux semaines seulement avant la conférence du MAUP de juin 2005, Yushchenko avait déclaré Lukianenko « Héros de l'Ukraine. »

À la fin de 2005, le MAUP avait organisé une conférence intitulée « la révolution judéo-bolchévique de 1917, source du Terrorisme rouge et de la Famine de l'Ukraine. » Ce n'est pas pour rien que Rudling note, « dans la foulée de la révolution orange, l'Ukraine a vu une augmentation substantielle de l'antisémitisme organisé. »

Les relents de la réaction fasciste étaient si forts que, en juillet de la même année, des universitaires ukrainiens de renom avaient publié un appel [en anglais] aux dirigeants de la révolution orange pour qu'ils se dissocient de la « posture xénophobe » du MAUP. « Nous souhaitons demander aux hauts responsables du gouvernement : avec quel argent sont menées ces grandes campagnes antisémites ? » demandaient-ils. « N'aurions-nous pas une ''cinquième colonne'' qui voudrait faire entrer des conflits ethno-politiques étrangers sur notre territoire ? »

L'objectif de cette cinquième colonne était d'empoisonner le climat idéologique avec une politique réactionnaire, pendant que les aspirants oligarques se défiaient pour le contrôle des ressources de l'Ukraine et que les puissances impérialistes faisaient avancer leurs projets de domination de l'Ukraine afin d'isoler et à terme de coloniser la Russie.

Voilà le véritable passif des forces réactionnaires que les puissances impérialistes aident et encouragent en Ukraine, et pour le compte desquelles elles sont prêtes à plonger l'Europe, et en fait, le monde entier, dans une troisième guerre mondiale.

(Article original paru le 6 mars 2014)