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La France et l’Italie font des coupes supplémentaires pour faire valider leur budget par l’UE

Par Anthony Torres
4 novembre 2014

Mettant en garde la France et l’Italie qu’elles ne prévoyaient pas les efforts nécessaires pour réduire leur déficit public dans leur budget pour l’année 2015, la Commission européenne a cependant finalement validé leurs budgets la semaine dernière. Elle a reçu en contrepartie des garanties de mesures d'austérité supplémentaires pour 2015 et d’attaques plus profondes sur les acquis sociaux des travailleurs sur le long terme en France et en Italie.

Lundi dernier, Paris envoyait une lettre à Bruxelles, promettant de dégager 3,6 milliards d’euros de ressources supplémentaires, composées d'environ 1,5 milliard d'actualisation des prévisions, notamment des dépenses en moins, et de plus de deux milliards d'euros de mesures nouvelles, en majorité côté recettes. Paris déclarait être ainsi en mesure de réduire son déficit structurel à 0,5% du PIB, soit le minimum requis par les traités européens.

L'Italie promet désormais d'améliorer sa copie en matière de déficit structurel, c'est-à-dire hors impact de la conjoncture sur les finances publiques. L'effort sera « supérieur à 0,3 point de pourcentage » par rapport à 2014, contre une amélioration de 0,1 point dans le projet initial de budget, assure le ministre. Il reste cependant inférieur aux 0,5 point qu'attendait la Commission. Les nouvelles mesures de Rome valent 4,5 milliards d'euros.

Bien que ces mesures ne ramèneront pas le déficit public français et italien à 3 pour cent du produit intérieur brut , la Commission européenne a tenu compte des conséquences qu’aurait provoquées un refus des budgets des 2ème et 3ème puissances économiques de la zone euro.

Comme le rappelle le journal Les Echos, « A Bruxelles, la Commission européenne est consciente de l’inutilité de braquer Paris dans une conjoncture difficile, même si les efforts promis ne sont pas à 100 % convaincants. 'Tout ne peut pas se résumer à quelques indicateurs », note Guntram Wolff, directeur de l’institut Bruegel, qui ajoute néanmoins : « Ces règles ne sont pas inutiles, puisqu’elles font peser une pression extérieure sur les pays et ouvrent un espace de débat politique à l’intérieur des pays et entre les pays. Faute de budget européen commun, cette coordination est donc encore nécessaire pour la zone euro ». ».

La Commission craignait sans doute que le refus des budgets français ou italien provoquerait une éruption de tensions politiques entre l'Allemagne d'un coté et la France ou l'Italie de l'autre, deux mois après une éruption de critiques de la politique de Berlin lors de la chute du gouvernement français à la fin du mois d'août.

Cependant, ces négociations avec la Commission européenne ont servi à justifier de nouvelles mesures d'austérité en France et en Italie, où la bourgeoisie s'attaque à des pans entiers de la protection sociale d’après guerre.

Le premier ministre Matteo Renzi est sous pression des marchés financiers. Le Fonds monétaire international a averti que les réformes du marché du travail doivent passer « rapidement du stade de projet à la mise en œuvre. » Les administrateurs du FMI, qui ont mené leur inspection annuelle de l'économie italienne en septembre, ont prédit une nouvelle contraction de l’économie cette année et ont révisé à la baisse les prévisions antérieures

Le cœur du projet de la réforme du marché du travail est l'élimination de la protection contre les licenciements pour les contrats de travail en vigueur, et l'introduction d'un contrat universellement applicable avec une période probatoire de trois ans, un nouveau programme d'aide de chômage, qui est relié à une agence d'Etat pour les chômeurs. Conformément à la loi Hartz IV en Allemagne, les chômeurs seront contraints d'accepter des emplois mal payés.

La nouvelle loi permet également l'élimination des emplois du secteur public plus facilement. Renzi a l'intention de poursuivre le gel de la rémunération du secteur public en 2015, et de fortement réduire les dépenses de l'administration publique. La nouvelle législation du travail prévoit l'extension des contrats de travail temporaires.

En France le gouvernement Valls veut casser le principe directeur des prestations sociales en France depuis la Seconde Guerre mondiale , celui de « l'universalité », en introduisant la modulation des allocations familiales en fonction des revenus.

Cette mesure est destinée à affaiblir le soutien pour les allocations familiales et les autres prestations sociales de l'Etat dans les couches les plus aisées de la classe moyenne, ceci n'étant qu'une prélude à la destruction des prestations sociales et des droits sociaux gagnés par les ouvriers en France depuis la fin de la guerre.

En dépit d’une récente série de réformes pro-patronales du marché du travail, la protection du travail est bien trop élevée de l’avis de la bourgeoisie. Elle exige que le PS intensifie ses attaques contre les droits sociaux.

Valls a déclaré vouloir instaurer un contrat unique qui mettrait fin au contrat à durée indéterminé qui « protège trop les salariés » selon le premier ministre. Ce projet permettrait aux entreprises de pouvoir licencier comme bon leur semble et ainsi mettre la pression sur les salariés contraints d’accepter n’importe quelle réduction de salaire rendant les entreprises françaises plus compétitives à l’internationale.

Les attaques menées contre les acquis sociaux montrent la faillite du capitalisme européen, qui est incapable d’assurer des conditions de vie décentes pour la classe ouvrière, et qui est de plus en plus de plus déchiré par des tensions causées par les rivalités entre les grandes puissances.

Le fait que ces attaques soient menées par les partis sociaux-démocrates, le Parti socialiste de Hollande en France et le Parti démocrate de Renzi en Italie, montre le caractère réactionnaire de la « gauche » bourgeoise. La sociale-démocratie européenne compte sur ces relations avec la pseudo gauche et les staliniens pour mener les politiques d’austérité et étouffer l'opposition de la classe ouvrière.

Le ministre du Travail italien Giuliano Poletti a collaboré au développement de la Loi sur l'emploi. Poletti est un syndicaliste de longue date avec un arrière-plan dans le Parti communiste. Les pablistes italiens avaient participé au gouvernement du social démocrate Prodi qui avait mené des réformes contre la classe ouvrière.

En France, le NPA, le Front de Gauche et LO ont soutenu Hollande au second tour des présidentielles en 2012. Tout comme en Italie, ces partis bloquent toute lutte politique de la classe ouvrière contre les licenciements et les programmes d’austérité des différents gouvernements. Ces partis représentent des forces hostiles à la classe ouvrière.