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Mort de Rémi Fraisse : le NPA défend la police française

Par Anthony Torres
18 novembre 2014

Cette réaction du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) au meurtre du manifestant écologiste Rémi Fraisse par la police est un avertissement pour la classe ouvrière : la pseudo-gauche défend l'assassinat de manifestants hostiles au Parti socialiste (PS).

Reprenant sur son site internet une tribune par un collectif d'universitaires publiée sur Médiapart et intitulée « Ceci n’est pas une bavure », le NPA explique: « on conviendra que lancer une grenade n'implique pas le sujet agissant de la même manière que lorsqu’il matraque avec acharnement. Dans le premier cas, il n'y a pas de corps à corps. Après tout, lorsqu’on lance une grenade, comment savoir où elle atterrira ? Qui plus est face à des manifestations, qui, si l’on en croit la plupart des médias, sont de plus en plus confuses, violentes, menées par des excités qui veulent en découdre avec les forces de l’ordre ?»

Avec ces lignes, que n'importe quel propagandiste de la police aurait pu écrire, le NPA défend le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Le premier flic de France avait réagi plusieurs jours après le meurtre de Fraisse en défendant les actes de la police, en rejetant la faute sur les manifestants et en parlant de la « violence dont les forces de l’ordre ont été victimes ».

Prenant ses ordres du ministère de l'Intérieur, le NPA reprend à son compte la tribune de Médiapart, dénonçant les manifestants comme des « excités » et s'efforçant de laver l'assassinat de Fraisse. La nuit où la gendarmerie a tué Fraisse, elle a tiré 700 grenades, y compris 42 grenades offensives, sur les manifestants. Selon la propagande absurde faite par le NPA, les gendarmes qui jetaient des centaines de grenades sur les manifestants ne savaient pas où les grenades allaient atterrir !

Contrairement à ce que défend le NPA, la violence policière était délibérée et la responsabilité en incombe au gouvernement PS. Les policiers ont reçu l’ordre du préfet du Tarn de réprimer la manifestation. Ce préfet a agi uniquement sous l’ordre d’un haut fonctionnaire, vraisemblablement du président Hollande ou de Valls.

Le message lancé par le gouvernement PS est que l'Etat français fera usage de la violence pouvant aller jusqu’à la mort.

La tribune tente de prendre quelque peu ses distances avec Cazeneuve et de se présenter mollement en tant qu'opposante de la violence des CRS : « Le ministre a raison, mais pour d’autres raisons que celles invoquées. En effet, Rémi Fraisse n’a pas été victime d’une bavure. Pas plus ne l’ont été toutes celles et ceux qui, lors d’une manifestation, d’une interpellation ou d’une reconduite à la frontière, ont été mutilé-e-s par un tir de flash-ball, électrocuté-e-s par un taser ou étouffé-e-s ».

Cette position est cynique, car elle semble critiquer la répression de l'Etat, mais en fait la tribune et le NPA rejettent la responsabilité pour la répression non pas sur la police et le gouvernement PS, mais sur la population française. Le NPA couvre ainsi son appui à la politique réactionnaire du gouvernement.

La tribune dénonce en effet la population qui ne se mobilise pas: « La mort de Rémi Fraisse … [est] un événement qui doit être compris dans sa dimension politique. L'absence de mobilisation d'ampleur au lendemain de l’événement est un symptôme de la banalisation de la violence policière illégitime et de sa mise en acceptabilité croissante ».

Ce passage est typiquement petit bourgeois. Le NPA et la pseudo gauche ne traitent jamais de leur propre rôle dans les défaites de la classe ouvrière. Ils tentent de laver leur intervention, avec leur appel à un vote pour Hollande au second tour des présidentielles de 2012 et leur soutien aux divers gouvernements assemblés depuis par le PS, en critiquant les travailleurs pour le « manque de mobilisation d'ampleur » contre le PS qu'ils soutiennent eux-mêmes.

En fait, la « banalisation de la violence policière » et « l’absence de mobilisation d’ampleur » contre le PS sont la responsabilité du NPA et de l'ensemble de la pseudo gauche, qui soutient les politiques réactionnaires et la répression de l’Etat contre les travailleurs.

Déjà en 2010, alors que le gouvernement Sarkozy était mis en difficulté par l’occupation des raffineries et des dépôts pétroliers par les travailleurs pendant les manifestations contre la réforme des retraites, Sarkozy envoya les CRS pour débloquer les raffineries et réquisitionna des ouvriers pour les faire redémarrer. Les ouvriers réquisitionnés étaient menacés d’emprisonnement s'ils refusaient de retravailler.

Le NPA ne fit rien pour mobiliser plus largement la classe ouvrière contre le gouvernement et pour défendre les travailleurs réprimés dans les raffineries. Sarkozy put écraser les manifestations et le NPA lutta pour bloquer un mouvement politique plus large contre Sarkozy. Ceci n'était cependant qu'une première indication de la profonde hostilité entre la pseudo-gauche petite-bourgeoise et la classe ouvrière.

Quelques mois après l'élection de François Hollande, la police et la bureaucratie syndicale du National Union of Miners (NUM) en Afrique du sud ont organisé le massacre de dizaines de mineurs grévistes à Marikana. Après avoir attendu trois semaines pour écrire au sujet d'un massacre qui faisait la une des grands médias, le NPA a publié un article pour répandre des illusions sur la bureaucratie syndicale sud-africaine.

Assurant faussement que le syndicat minoritaire AMCU (Association de Mineurs et Syndicat de Construction) dirigeait toujours la lutte des mineurs, le NPA s'est étonné : « On aurait pu croire que la saignée de Marikana permettrait au gouvernement [du président Jacob] Zuma de calmer le jeu dans les mines. Bien au contraire ... ».

Commentant cette déclaration odieuse du NPA, le WSWS a souligné que « la couche sociale représentée par le NPA en France est passée de l'autre coté des barricades ». (Voir : Massacre à Marikana : le NPA sème des illusions sur l’ANC et les syndicats sud-africains)

Deux ans et demi après l'arrivée de François Hollande à l'Elysée, le PS est totalement discrédité auprès de la classe ouvrière, et la colère monte parmi les travailleurs et les jeunes. Après l'assassinat de Fraisse, les médias craignent « l'embrasement » de la France où la situation politique est aussi explosive que celle qui existait en Afrique du Sud en 2012.

L'apologie larvée du NPA pour le meurtre d'un manifestant marque une étape de plus dans la dégénérescence de la pseudo-gauche petite-bourgeoise. Les luttes ouvrières contre Hollande et contre l'Union européenne ne peuvent s'organiser qu’en opposition à elle. L'opposition des masses à Hollande et à l'Union européenne va faire éruption, et lors de cette éruption, le NPA va considérer les masses révoltées de travailleurs et de jeunes comme des ennemis mortels et sanctionner les mesures les plus féroces contre elles.