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Vingt-cinq ans depuis la chute du Mur de Berlin

Par Peter Schwarz
12 novembre 2014

Les anniversaires historiques sont l’occasion de jeter un regard sur le passé dans le but d’en tirer des leçons pour l'avenir. Ce n’est pas ce qui eut lieu au cours des cérémonies officielles tenues dans la capitale allemande pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Les célébrations ont été organisées par un gouvernement qui n'ose pas regarder la réalité en face ni appeler les choses par leur nom.

Les orateurs se sont servis de phrases démagogiques et de platitudes – le mot « liberté » fut répété avec une fréquence abrutissante – pour falsifier l'histoire et éviter toute référence à la réalité sociale et politique actuelle.

« La question était de rétablir la liberté. Il s'agissait de la liberté dont une personne a besoin pour être humain ». a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel à l'ouverture d'une exposition sur le Mur de Berlin. Mais de quelle liberté parlait-elle?

La liberté de ne pas subir la surveillance et la répression de l'état?

Le gouvernement qu'elle dirige depuis les neuf dernières années a adopté une loi après l'autre portant atteinte aux droits démocratiques et augmentant les pouvoirs de surveillance des services de renseignement. En Europe de l'Est, à laquelle Merkel a fait référence dans son sermon sur la liberté, on a érigé des monuments à des dirigeants autoritaires tels Józef Piłsudski en Pologne, Miklós Horthy en Hongrie et le collaborateur nazi Stepan Bandera en Ukraine.

La liberté de ne pas vivre dans le besoin?

En Allemagne de l'Est, 25 ans après l'unification de l'Allemagne, un habitant sur cinq vit en-dessous du seuil de pauvreté de €870 mensuels. Dans les pays voisins Pologne et République tchèque, le salaire horaire moyen n'est même pas un tiers de celui de l'Allemagne; en Bulgarie et en Roumanie, il se trouve à moins d'un sixième du salaire moyen allemand. La crise économique s'intensifie de façon spectaculaire dans toute l'Union européenne.

La liberté de ne pas vivre dans la peur et de ne pas avoir de guerre?

Une avalanche incessante de bellicisme contre la Russie a suivi la déclaration par le gouvernement allemand au début de l'année de la « fin de la retenue militaire ». Comme ce fut le cas dans la Première et dans la Seconde Guerre mondiale, le militarisme allemand est une fois de plus orienté à l'est. « « Nous devons nous préparer au fait que les crises auront malheureusement tendance à faire partie de la vie dans les années à venir », a écrit récemment dans Die Zeit le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier.

Il y a 25 ans, les idéologues bourgeois ont annoncé « la fin de l'histoire », mais nous assistons au retour en force de l'histoire. La chute du Mur de Berlin et l'unification de l'Allemagne n'ont pas annoncé une nouvelle ère de liberté et de démocratie. Elles ont plutôt fait revenir à la surface tous les problèmes non résolus qui avaient déjà mené à deux guerres mondiales dans la première moitié du vingtième siècle.

Le Comité international de la Quatrième internationale (CIQI) a anticipé cette situation et a lancé une mise en garde contre ce qu’elle entraînait. En novembre 1991, le CIQI a passé une résolution lors de la Conférence mondiale des travailleurs contre la guerre impérialiste et le colonialisme à Berlin qui déclarait :

« Tout le crédit pour le renversement du stalinisme revient aux travailleurs, mais d'autres en ont récolté les fruits. Une nouvelle couche de parasites a trahi la classe ouvrière et a exploité pour ses propres intérêts sa haine légitime contre le stalinisme. Les Yeltsin, Walesa et Havel remplacent la dictature du stalinisme par celle du capital international et adoptent le rôle d'une bourgeoisie comprador.

« Alors que la bureaucratie stalinienne, agissant par instinct de conservation, a été obligée de conserver d’importants acquis de la Révolution d'Octobre comme la nationalisation des moyens de production, la bourgeoisie émergente s'efforce à présent de détruire tout ce qui reste de l'industrie nationalisée et de transformer les travailleurs en parias affamés et sans droits. »

Le Parti du socialisme démocratique (PDS) et le Parti de Gauche – les organisations qui ont succédé au parti dirigeant est-allemand (Parti de l'unité socialiste – SED) – ont soutenu sans réserve la réintroduction du capitalisme. Il se sont seulement plaint d’avoir été désavantagés dans le partage du butin.

Cependant, a expliqué le CIQI « Le stalinisme porte la responsabilité principale pour la catastrophe actuelle ».

La bureaucratie stalinienne, poursuivait la résolution, « a accédé au pouvoir sur les cadavres des révolutionnaires [de la Révolution Russe] de 1917 et a détruit le Parti bolchevique, le transformant en appareil d'une bureaucratie privilégiée. Elle a fait de l'Internationale Communiste un instrument de sa politique étrangère cupide, a provoqué d’innombrables défaites de la classe ouvrière internationale et a assassiné toute une génération de révolutionnaires socialistes. »

« La perestroïka de [Mikhail] Gorbatchev est le résultat logique de cette tradition contre-révolutionnaire. Elle marque la transition du 'socialisme dans un pays' à la restauration capitaliste. Les bureaucrates ont choisi Gorbatchev comme leur dirigeant en 1985 car ils ne pouvaient plus maintenir leur privilèges en tant que parasites dans l'Etat ouvrier et cherchaient un nouveau pilier social sous la forme de la propriété privée. »

Il faut tirer de cette expérience des leçons qui sont vitales pour aujourd'hui. L'économie capitaliste mondiale est dans sa crise la plus profonde depuis les années 1930. Aucun des problèmes qui ont conduit le système international financier au bord de l'effondrement n'a été résolu.

La classe dominante a réagi à cette crise comme elle l'a fait par le passé, par le militarisme, l'augmentation des pouvoirs de l'Etat et des attaques incessantes contre les droits sociaux et démocratiques des travailleurs, tout en s'enrichissant incommensurablement. L'Allemagne réunifiée capitaliste joue un rôle particulièrement agressif.

Il n'y a pas, dans le cadre du capitalisme, d'issue à cette crise qui menace l'existence de l'humanité. Partout dans le monde la classe ouvrière entre de plus en plus en conflit avec la classe dominante. Cependant, pour lutter et gagner, il lui faut une perspective politique viable.

Seul le programme de l'internationalisme socialiste – le renversement du capitalisme, la mise en place de gouvernements ouvriers, la réorganisation de l'économie mondiale pour subvenir aux besoins de toute la société plutôt que de servir les profits d'une minorité infime – propose une sortie de cette impasse.

La compréhension du rôle contre-révolutionnaire du stalinisme et l'alternative marxiste – représentée par l'Opposition de Gauche et la Quatrième Internationale fondée par Léon Trotsky – est le fondement de cette perspective révolutionnaire.

(Article original paru le 11 novembre 2014)