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Le sommet du G20 accroit le danger d’une guerre avec la Russie

Par Peter Schwarz
20 novembre 2014

Le sommet du G20 en Australie a été marqué par l’intensification de provocations et de menaces de la part des puissances impérialistes, Etats-Unis en tête, contre la Chine et la Russie, qui risque de plonger la planète entière dans une guerre nucléaire mondiale.

Alors que Washington présentait des ultimatums et accélérait ses plans pour accroitre l’isolation et l’encerclement militaire des deux pays que les Etats-Unis considèrent être des obstacles majeurs à l’établissement de son hégémonie sur l’Eurasie et le Moyen-Orient, on s’est débarrassé du protocole diplomatique.

Les représentants des pays impérialistes ont cherché délibérément à traiter le Président russe Vladimir Poutine comme un lépreux. Le Premier ministre australien, Tony Abbott, avait déclaré avant le sommet son intention de « s’affronter » avec Poutine. Pendant le sommet, le Premier ministre canadien, Stephen Harper, a serré de mauvais gré la main de Poutine tout en lui disant « vous devez disparaître de l’Ukraine »

La Frankfurter Allgemeine Zeitung a noté cyniquement, « Peu de choses aident mieux la situation domestique en ces jours de confrontation que de se distancer du paria Poutine. »

Le président américain Barack Obama a accusé Poutine d’avoir violé le droit international. « Vous ne devez pas violer la souveraineté d’autres pays » a-t-il déclaré. Ceci venant du président d’une nation qui a envahi ou bombardé plus d’une dizaine de pays au cours des dernières 25 années.

La chancelière allemande, Angela Merkel, a rencontré Poutine pendant quatre heures pour une discussion confidentielle ce qui n’a pas empêché celle-ci d’attaquer Poutine sans détours le jour suivant pendant une conférence à Sydney. Merkel l’a accusé de penser en termes de sphères d’influence et de fouler aux pieds le droit international. « Suivant les horreurs de deux guerres mondiales et la Guerre froide, il remet en question l’ordre entier de la paix européenne », dit-elle

Les attaques verbales contre Poutine furent accompagnées par une pression militaire accrue sur la Russie. Pendant une cérémonie à Bratislava pour l’anniversaire de « la Révolution de velours » tchécoslovaque, le président ukrainien Petro Porochenko a menacé la Russie de guerre totale. « Je n’ai pas peur d’une guerre avec les troupes russes et nous sommes préparés pour un tel scénario de guerre totale, » dit-il au journal allemand Bild.

Porochenko a admis que Kiev avait utilisé le cessez-le-feu conclu à Minsk pour développer sa machine militaire, s’appuyant sur le soutien de l’OTAN. « Notre armée est actuellement dans un meilleur état qu’il y a cinq mois et nous avons du soutien dans le monde entier, » dit-il.

Samedi 18 novembre, Porochenko a ordonné la fin de tous les transferts de fonds publics vers les zones dominées par les séparatistes dans l’Est de l’Ukraine, y compris le financement destiné aux écoles, hôpitaux, agences gouvernementales et entreprises publiques. Loin de poursuivre son objectif déclaré du maintien de l’unité de l’Ukraine, les mesures de Porochenko vont obliger les régions sécessionnistes à s’aligner plus étroitement avec la Russie. Ceci est ostensiblement l’intention, le but étant de fournir un prétexte pour intensifier la belligérance contre Moscou.

Les media occidentaux prêchent ouvertement un retour à la politique de dissuasion comme au moment où la Guerre froide battait son plein. Stefan Kornelius a écrit dans le Süddeutsche Zeitung que « l’intransigeance idéologique de Poutine » ne pourrait être contrée que « quand les vielles règles de dissuasion » seraient rendues opérationnelles et qu’« un équilibre de la terreur [serait] trouvé. »

Dans le même journal, le ministre de la Défense estonien, Sven Mikser, a incité l’OTAN à se focaliser plus sur la dissuasion. « Quand vous avez à faire avec un régime comme celui de Poutine, la faiblesse est beaucoup plus provocatrice que la force, » a-t-il écrit. Il a insisté pour que l’OTAN ait une présence plus importante en Estonie : « Toute présence alliée sur notre sol a un effet de dissuasion, qui dépasse les chiffres impliqués. L’armée allemande serait aussi la bienvenue comme partie intégrante de l’effort de dissuasion »

Le danger que les démarches militaires contre la Russie ne se transforment en une guerre ouverte s’accentue de jour en jour. Samedi, Die Welt a publié un article de l’historien et expert militaire israélien Martin van Creveld, qui a dit qu’il considérait « une guerre entre ‘la République populaire’ autoproclamée du Donetsk et le gouvernement de Kiev de plus en plus probable. »

Il ajoutait qu’« il y [avait] une seule possibilité pour l’OTAN et l’Union européenne d’empêcher une sécession de ‘la République populaire du Donetsk’ et son annexion à la Russie : une intervention militaire directe. » Il a averti que l’escalade avait « créé une poudrière, » et remarqué que « l’acte non-autorisé d’un commandant local, simplement un malentendu, pouvait mener à tout moment à une explosion. »

Cela ne ferait pas seulement courir le danger d’une guerre conventionnelle, mais d’une guerre nucléaire. Les Etats-Unis et la Russie ont tous deux augmenté significativement au cours de ces derniers mois les exercices militaires impliquant des armes nucléaires et sont en train de moderniser leurs arsenaux nucléaires. Alors que la Russie le fait publiquement, au sein de l’OTAN « le débat sur la façon de réagir aux menaces russes se fait largement à huis clos, » d’après une étude par la Fondation Science et Politique allemande (SWP), intitulée « Les Dimensions nucléaires de la crise ukrainienne ».

L’étude cite plusieurs cas – dont le transfert de bombardiers B-2 et B-52 en Grande-Bretagne et le déploiement de chasseurs bombardiers F-16 en Pologne – dans lesquels Washington a impliqué son arsenal nucléaire. Vendredi, le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a annoncé une vaste modernisation des forces armées américaines, y compris de son arsenal nucléaire.

L’étude de la Fondation Science et Politique prévient du danger d’une éruption non contrôlée de la guerre: « Le plus grand danger à court terme est moins celui d’une escalade nucléaire déclenchée par la Russie qu’une possible mauvaise interprétation des intentions de l’un ou de l’autre. Vingt cinq ans après la chute du mur de Berlin, il n’y a pas de mécanisme de réponse efficace en cas de crises entre l’OTAN et la Russie.

La responsabilité pour le danger d’une guerre nucléaire, qui pourrait signifier la fin de l’humanité, incombe aux puissances impérialistes, en particulier les Etats-Unis et l’Allemagne. Depuis des années, ils ont déplacé les frontières de l’OTAN vers l’Est, intégrant ainsi de nombreux Etats de l’Europe de l’Est. Maintenant, ils cherchent à incorporer l’Ukraine et finalement la Russie elle-même dans leur sphère d’influence, tout en réduisant la Russie au statut d’une semi-colonie.

La force motrice derrière ce processus est la crise mondiale du capitalisme. Comme ce fut le cas il y a cent ans quand éclata la Première Guerre mondiale, les puissances impérialistes répondent à une impasse économique et se combattent pour un nouveau partage du monde, dans une lutte pour le contrôle des matières premières, les marchés et l’influence stratégique. Aujourd’hui, comme hier, une crise sociale domestique de plus en plus profonde intensifie la poursuite de la guerre à l’étranger, les élites dirigeantes cherchant à détourner les conflits internes vers un ennemi externe.

Les affirmations selon lesquelles Washington et Berlin défendent l’auto-détermination, la démocratie et autres « valeurs occidentales » en Ukraine sont de la pure propagande. Dans les pays d’Europe de l’Est qui ont rejoint l’Union européenne et l’OTAN, les populations sont brutalement exploitées pendant qu’une élite corrompue et autoritaire se vautre dans le luxe.

En Ukraine, les puissances impérialistes s’appuient sur des oligarques comme le président Porochenko aussi bien que sur des fascistes et des ultranationalistes. L’essentiel de l’Accord d’association ukrainien avec l’Union européenne est la subordination du pays aux dik­tats de la rigueur de l’UE et du Fonds monétaire international.

La pression financière et militaire, sous forme de sanctions économiques, à l’encontre de la Russie est destinée à déstabiliser le pays et à conduire à un changement de régime et à l’installation d’un gouvernement entièrement subordonné à la volonté des puissances impérialistes.

Le régime de Poutine ne peut contrer cette menace. Il représente les intérêts des oligarques qui ont fait leurs fortunes au cours de la dissolution de l’Union soviétique. Il a peur de tout mouvement social – que ce soit en Russie ou internationalement. Il réagit avec un mélange de concessions et de menaces militaires qui à leur tour augmentent le danger de guerre.

Seul un mouvement indépendant de la classe ouvrière dirigé contre la cause de la guerre, le système capitaliste, peut empêcher un désastre nucléaire.

(Article original publié le 18 novembre 2014)