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La « réforme » d’Obama et la criminalisation des immigrants

Par Patrick Martin
25 novembre 2014

La mesure exécutive de la Maison-Blanche sur l’immigration annoncée vendredi est réactionnaire et anti-démocratique. Le cadre du projet d’Obama est fondé sur le postulat, partagé par l’establishment politique toute entier, que tous les immigrants sans-papiers sont des criminels.

« Les travailleurs sans-papiers ont violé nos lois sur l’immigration, et je crois qu’ils doivent rendre des comptes, » a dit Obama dans un discours ignoble et méprisable jeudi soir pour lancer son projet. Ainsi, la minorité des travailleurs qui auront la possibilité, dans ce projet, d’obtenir un répit temporaire de la menace de déportation se verront refuser, comme vengeance, les prestations sociales telles Medicaid (l’assistance médicale pour les démunis), Foodstamps (les bons alimentaires) et seront obligés d’acquitter de supposés arriérés d’impôts.

Pour qui Obama se prend-t-il, lui qui prêche le respect et la responsabilité devant la loi? Son gouvernement n’a pas seulement protégé les banquiers qui ont plongé l’économie américaine et mondiale dans le bourbier avec leurs activités frauduleuses et criminelles, il les a encore récompensés avec des sauvetages financiers et des subventions financées par les contribuables. Il a accordé une immunité de facto aux bourreaux de la CIA (Agence centrale du renseignement) et aux membres du gouvernement Bush qui avaient lancé des guerres illégales, fondées sur des mensonges. Obama lui-même fonctionne hors la loi, lui qui foule aux pied la Constitution américaine avec ses affirmations de pouvoirs unilatéraux lui permettant d’espionner, de détenir et même de faire assassiner des citoyens américains.

Si on renonce à la totalité des pénalités légales à l’encontre d’une minorité d’immigrants sans-papiers, c’est uniquement à cause de l’Amérique des entreprises qui a besoin d’une source fiable de main d’œuvre à bon marché et a besoin d’exploiter des travailleurs dont la disponibilité sera maintenant assurée plusieurs années consécutives alors que la terreur de la déportation et de la séparation des familles reste suspendue comme un épée de Damoclès au-dessus d’eux pour les discipliner.

Le document publié par la Maison-Blanche au lendemain du discours d’Obama à la télévision contient trois sections, chacune portant un intitulé en rapport avec l’ordre public.

Les trois sections regorgent de langage répressif, faisant montre de la volonté du président à traiter la population des immigrants sans-papiers entièrement comme une question de maintien de l’ordre public et non comme une question de droits démocratiques et humains.

Durant les deux première années de son mandat, où Obama avait des majorités conséquentes dans les deux Chambres du Congrès, son gouvernement n’avait pris aucune action sur l’immigration, ni législative ni exécutive, sauf pour accélérer les déportations en masse déjà décidées par le gouvernement Bush et qui atteignaient un total de presque 400,000 annuellement.

Quand les Républicains prirent le contrôle de la Chambre des représentants, le Sénat encore sous contrôle Démocrate ne prit toujours pas d’action sur l’immigration pendant encore trois ans. Tout au long de cette période, le Service de l’Immigration et des Douanes (ICE) maintint son rythme record de déportations.

La vaste majorité de presque trois millions de personnes déportées sous le gouvernement Obama étaient de simples travailleurs, victimes de coups de filets de l’ICE ou arrêtés par la police locale pour des infractions mineures – fréquemment des infractions au code de la route – et remis ensuite au Service de l’immigration.

La principale mesure, qui est saluée par les supporters du gouvernement Obama dans les médias et au Parti démocrate – celle retirant la menace de déportation pour ceux qui s’inscrivent sur les registres de l’ICE, qui subissent un contrôle judiciaire et sont éligibles pour une carte de séjour temporaire de trois ans, s’avère être beaucoup moins intéressante que ne le prétendent ses partisans.

Selon une information de Reuters fondée sur des entretiens avec des avocats d’immigration, à peine 40 pourcent des 1,2 millions de jeunes éligibles pour une mesure de non déportation pour soi-disant « Rêveurs », des immigrants amenés aux Etats-Unis en tant qu’enfants, sont inscrit à l’ICE. « Les frais de dossier, l’exigence de documentation excessive et les longues périodes d’attente pour une approbation ont fortement réduit la participation, » dit Reuters, « et on prévoit que la procédure sera cette fois-ci encore plus ardue, disent les avocats ».

Beaucoup des 3.7 millions d’immigrés éligibles pour la nouvelle mesure d’Obama permettant d’échapper à la déportation vont hésiter à en profiter, certains parce que leurs employeurs ne connaissent pas leur statut de sans-papiers et qu’ils redoutent la perte de leur emploi, d’autres de peur de s’inscrire à l’agence d’immigration qui s’en servirait pour une déportation dans trois ans si l’ordre exécutif est annulé par le prochain président.

L’afflux des travailleurs immigrés n’est pas un phénomène impliquant les seuls Etats-Unis. Ceci touche l’Europe, le Moyen Orient, l’Asie et l’Australie – en fait la planète tout entière. En grande partie, comme cela est documenté par les rapports de l’ONU sur les chiffres record de réfugiés, d’immigrés, ou personnes déplacées, ces mouvements de masse de la population sont le produit des déprédations causées par l’impérialisme dans le monde.

Les guerres impérialistes, en Afghanistan, Iraq, Syrie et dans d’autres pays sont la cause principale des déplacements de masse de populations. La pauvreté endémique qui existe dans les pays longtemps exploités par l’impérialisme, comme le Mexique et l’Amérique centrale, ou dans les pays jadis directement colonisés pour l’esclavage, comme l’Afrique et l’Asie, est aussi un facteur à prendre en compte.

La chasse aux sorcières contre les immigrés n’est pas non plus un simple phénomène américain. Partout en Europe et de plus en plus en Asie, les gouvernements capitalistes qui mènent des attaques sans répit contre le niveau de vie de la classe ouvrière, cherchent à détourner la colère ouvrière en montrant du doigt les immigrants comme responsables de la destruction des emplois et des salaires. Cette politique du « diviser pour mieux régner » est une attaque contre toute la classe ouvrière. Elle doit être contrée par les travailleurs en s’unissant comme classe et en défendant résolument les droits de leurs frères et sœurs immigrés.

Le Parti de l’Egalité socialiste (SEP) dénonce toutes les attaques contre les ouvriers immigrés. Lors de son troisième Congrès national en août, le SEP a adopté une résolution qui a appelé à la défense des ouvriers immigrés et dénoncé la politique de répression et de déportation massive pratiquée par le gouvernement Obama. La résolution se terminait ainsi :

« Le SEP soutient le droit des travailleurs de toutes les parties du monde à vivre et travailler dans le pays de leur choix, avec tous les droits de citoyens, dont celui de retourner dans leur pays d'origine sans risquer de ne plus pouvoir entrer à nouveau aux Etats-Unis ou d'être séparés de leur famille. Le SEP se bat pour l'abrogation de toutes les lois anti-immigrées, le démantèlement du Service de l’Immigration et des Douanes et de la Patrouille frontalière ».

Le SEP se bat résolument pour cette perspective, contre tous les efforts de trouver des bouc-émissaires chez les immigrants pour le déclin des salaires et des conditions de vie de tous les travailleurs aux Etats-Unis. Nous nous battons pour l’unité internationale des travailleurs américains, blancs, noirs, hispaniques, asiatiques et immigrants, dans une lutte commune avec la classe ouvrière mondiale sur la base d’une perspective socialiste.

(Article original paru le 22 novembre 2014)