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L'Etat s'apprête à tailler dans les allocations familiales et les dépenses de santé

Par Stéphane Hugues
3 octobre 2014

Le budget de 2015 présenté hier par le gouvernement PS (Parti socialiste) prévoit de nouvelles coupes claires dans les dépenses sociales. Les subventions accordées aux collectivités locales chutent de 3,7 milliards d’euros, en même temps que les allocations familiales et les dépenses de santé.

Lundi dernier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a présenté le budget 2015 de la Sécurité sociale du gouvernement. Ce budget comporte une grande partie des 20 milliards d’euros de coupes promises par le premier ministre Manuel Valls au printemps, lorsque le président François Hollande avait formé le nouveau gouvernement. Ces réductions font partie des 50 milliards d’euros de coupes annoncées par Hollande pour la deuxième moitié de son quinquennat qui s'achèvera en 2017.

Ces coupes réactionnaires font partie du « Pacte de responsabilité » passé entre Hollande et l’organisation patronale du Medef (Mouvement des Entreprises de France) afin de tailler dans les les prestations sociales et rendre les entreprises « plus compétitives ».

Une justification clé, avancée pour la réduction de ces prestations, est le déficit de la Sécurité sociale. Ce déficit, largement dû à la hausse du chômage depuis le krach de 2008, a diminué et est passé de 20 à 11,5 milliards d’euros depuis 2011, du fait des attaques brutales déjà menées. Les nouvelles coupes affecteront durement de vastes couches de la classe ouvrière et de la classe moyenne, alimentant l’opposition à l’encontre du gouvernement PS, d’ores et déjà détesté.

Les nouvelles coupes prévoient que 700 millions d’euros d’économie proviendront des allocations familiales. En France, ces prestations avaient été mises en place dans les années 1930. Elles accordent aux familles une indemnité, versée pour chaque enfant à partir du deuxième, afin d'encourager les familles nombreuses. Les premières lois furent adoptées en 1930 et élargies, au long de cette décennie, à de nouvelles couches de la population.

De nos jours, les allocations familiales sont versées à toutes les familles, quels que soient leurs revenus. Ces nouvelles coupes ne visent donc pas uniquement les travailleurs mais aussi de vastes couches de la classe moyenne qui bénéficient de ces prestations.

Certaines sections de la bourgeoisie craignent que ces mesures ne fassent baisser la natalité relativement élevée en France. Ils les critiquent aussi de par le lien étroit qu'ils ont avec l’Eglise catholique, ou parce qu'ils craignent qu’une diminution de la population française n'affecte leur position géostratégique.

L’éditorialiste du quotidien de droite Le Figaro, Gaëtan de Capèle, a carrément expliqué qu’en France « faire des enfants [allait] bientôt devenir un luxe. »

Les commentaires de Capèle résument en fait le contenu antidémocratique de la politique d’austérité que toutes les sections de la classe dirigeante française exigent. Celles-ci sont hostiles aux prestations sociales, qu'elles savent être plus généreuses que la pitance versée en Grèce ou aux Etats-Unis, où les dépenses sociales ont fortement diminué. Elles n’ont nullement l’intention de maintenir ces prestations qui furent accordées il y a des décennies parce que, en dernière analyse, la classe capitaliste craignait une révolution sociale.

Les coupes dans les allocations familiales ciblent la majoration de ces prestations dès que l’enfant atteint l’âge de 14 ans. Cet âge a été relevé à 16 ans. Les parents subiront donc une perte de 1.500 euros par enfant après le premier enfant.

Actuellement, il existe une prime à la naissance qui s'élève à 923,07 euros. En 2015, elle sera divisée par trois, à compter du deuxième enfant, pour s’élever à 308 euros, ce qui représentera une économie budgétaire de 200 millions d’euros.

De plus, aujourd'hui un parent à la fois a le droit de prendre un congé parental par enfant en s’arrêtant de travailler pendant trois ans pour une faible rémunération. Le gouvernement est en train de changer la réglementation, pour que chaque parent ne puisse plus prendre que 18 mois de congé, sachant que les pères ne prennent généralement pas de congé de paternité. Ceci fera une nouvelle économie de l’ordre de 300 à 400 millions d'euros.

Une autre prestation, le CMG (complément de libre choix du mode de garde) censé aider au financement d’une assistante maternelle si les deux parents travaillent, sera soumise à un examen des ressources. Les gens disposant de revenus plus élevés perdront 50 pour cent de cette prestation.

Les dépenses de santé sont les plus durement touchées : des coupes budgétaires seront imposées à tous les hôpitaux et à tous les professionnels de santé, pour un total de 3,2 milliards d’euros en 2015. Cela se fera par l’intensification de la chirurgie ambulatoire, l’obligation d'utiliser certains génériques, la limitation de certains types de traitements et la « rationalisation » de l’hôpital.

Les gens des classes moyennes et de la classe ouvrière sont de plus en plus contraints de souscrire à une assurance complémentaire soit auprès de leur entreprise soit auprès d'assureurs privés afin d'être en mesure de financer les médicaments, les traitements, les interventions chirurgicales, le dentiste et des lunettes. Ceci ne fera que s’amplifier au fur et à mesure que la classe dirigeante réduira les dépenses de santé.

Parmi les autres éléments réactionnaires de ce budget il y a une hausse de 3 euros de la redevance audiovisuelle annuelle et une augmentation de deux centimes par litre de gazole.

En fait, la crise budgétaire à laquelle sont confrontés l’Etat français et le système de sécurité sociale est en grande partie fabriquée par la politique pro-patronale que des gouvernements successifs de droite et de la « gauche » bourgeoise ont appliquée.

Les employeurs ont largement bénéficié des nouveaux programmes d’emploi que les gouvernements ont régulièrement inventés au cours de ces 15 dernières années, offrant toujours aux employeurs la possibilité de se soustraire aux cotisations sociales pour les salariés nouvellement recrutés. Ces mesures coûtent au régime de la sécurité sociale plus de 30 milliards d’euros par an. La fraude des employeurs sur les cotisations sociales est estimée à 20 milliards d’euros par an.

Le « Pacte de responsabilité » prévoit d'exonérer de cotisations sociales patronales et de façon permanente l’employeur d’un travailleur payé au SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance). Ceci contribue non seulement à réduire davantage encore les revenus du régime général de la sécurité sociale, creusant son déficit, mais à encourager les employeurs à embaucher la plupart de leurs salariés au SMIC.

(Article original paru le 2 octobre 2014)