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Une nouvelle crise ébranle les marchés financiers mondiaux

Par Nick Beams
17 octobre 2014

Les marchés financiers mondiaux ont fluctué violemment mercredi, alors que tout indique que le château de cartes financier créé par l'inondation des marchés par des liquidités fournies par les principales banques centrales du monde pourrait s'effondrer.

Les valeurs européennes ont connu leur plus forte baisse en trois ans à cause d'une défiance des investisseurs vis-à-vis d'actifs plus risqués. Ils craignent de plus en plus que l’économie européenne ne s’enfonce dans sa troisième récession depuis le krach de 2008, alors que la croissance mondiale est en berne.

L’indice des valeurs européennes FTSE Eurofirst 300 a clôturé en baisse de plus de 3 pour cent, sa plus forte chute quotidienne depuis fin 2011. L’indicateur clé a dégringolé de 11 pour cent depuis début septembre.

Un indice de volatilité européen, parfois surnommé « l’indice de la peur », a atteint son plus haut niveau depuis la mi-2012 lorsqu'une panique concernant la dette souveraine de nombreux pays avait menacé de déclencher une crise. Les principaux indices boursiers européens évoluent tous cette année en territoire négatif, l’indice allemand Dax affichant un repli de plus de 10 pour cent.

Wall Street a aussi dégringolé lors d’une journée de transactions effrénées tant sur le marché des actions que celui des obligations, reflétant une nervosité extrême, pour ne pas dire la panique.

A un moment, l’indice Dow Jones avait chuté de près de 460 points alors que les fonds se déversaient sur les bons du Trésor américain en quête d’un abri sûr. Le flot de liquidités fut tel qu'en l'espace de seulement quelques minutes, les cours des bons du Trésor ont surgi et leur rendement correspondant a reculé de 0,35 pour cent.

Commentant cette évolution, le chroniqueur du Financial Times John Authers a remarqué qu’il n’y avait « aucune explication » à partir des données économiques qui affectent normalement les marchés. « La chute soudaine du rendement des bons du Trésor de mercredi, même si elle était inversée en fin de journée à New York, indique que les pathologies du marché, dont nous avons tous fait la connaissance durant la crise de 2008, sont sur le retour. »

Suite à sa dégringolade en début de journée, le Dow a clôturé en baisse de 1,06 pour cent, et l’indice S&P 500 en baisse de 0,81 pour cent.

L’une des principales raisons de la chute fut la crainte qu’un ralentissement rapide de la croissance mondiale et européenne ne pèse lourdement sur les Etats-Unis.

Suite à une contraction de l'économie allemande au second trimestre et après une forte baisse de la production et des exportations industrielles en août, le ministère de l’Economie a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2014, les réduisant de 1,8 pour cent à 1,2 pour cent, et a ramené de 2 à 1,3 pour cent ses prédictions pour 2015. Thomas Harjes, le directeur de la recherche européenne chez Barclays à Francfort, a dit à Bloomberg : « Les investisseurs financiers sont de plus en plus moroses face aux perspectives économiques allemandes ».

L’affaiblissement de l’économie exportatrice allemande témoigne de l’aggravation des conditions mondiales, alors que les prix des marchandises industrielles dégringolent. Depuis juin, le prix du pétrole brut Brent a chuté de 28 pour cent, tandis que le prix du minerai de fer a chuté de 40 pour cent depuis le début de l’année. Les cours du maïs, du blé et du soja ont également baissé de 20 à 30 pour cent.

Les investisseurs craignent aussi que la reprise américaine, tant vantée malgré sa faiblesse, pourrait toucher à sa fin. Le décrochage sur Wall Street avait commencé après la publication des chiffres montrant que la vente au détail avait baissé de 0,3 pour cent en septembre, après une hausse en août.

L'analyste de Danske Bank, Allan von Mehren, a dit au Financial Times que si une baisse est normale après une période de croissance, celle-ci engendre par contre « des craintes que les Etats-Unis ralentissent plus que prévu et qu'ils chutent vers le niveau du reste du monde, au lieu de tirer le reste du monde vers leur niveau de croissance ».

Le désarroi sur les marchés financiers aggrave les appréhensions suscitées par la chute de la croissance mondiale. Aux Etats-Unis, l'incertitude monte quant aux projets de la Réserve fédérale américaine. Elle est théoriquement en passe de relever les taux d’intérêt une fois que le programme de rachat d’actifs arrivera à terme ce mois-ci.

Cependant, étant donné la chute des exportations américaines suite à la montée récente du dollar, la Réserve fédérale pourrait aussi déférer tout retour à des taux d’intérêts plus élevés.

Les divisions internationales montent. Le secteur financier américain souhaite que la Banque centrale européenne élargisse son programme d’« assouplissement quantitatif » (quantitative easing) pour acheter non seulement des actifs du secteur privé, amis aussi des bons gouvernementaux. Ceci est toutefois vigoureusement contesté par l’Allemagne qui pense qu’une telle décision affaiblirait sa position financière.

Une pareille divergence entre les Etats-Unis et l’Allemagne fut l’une des causes du krach boursier d’octobre 1987. La Réserve fédérale américaine avait réagi à cette crise en inondant les marchés financiers de liquidités illimitées. Ceci a initié une politique monétaire qui a vu l'infation d’une bulle financière après l’autre, qui toutes ont éclaté en entraînant des conséquences de plus en plus sérieuses.

La politique d’ « assouplissement quantitatif » de la Réserve fédéral entreprise après la crise de 2008 a injecté plus de 3 milliers de milliards de dollars dans les coffres des banques et des sociétés financières. C´était sans précédent dans l’histoire du capitalisme mondial, et personne ne sait quelles seraient maintenant les conséquences même d’une faible hausse des taux d’intérêt. Une indication fut fournie l’année dernière par les fluctuations sur les marchés mondiaux quand la Fed a signalé un « ralentissement» du rythme de ses achats d’actifs.

Mohamed El-Erian, l’ancien directeur général adjoint du premier fonds mondial de placement obligataire, Pimco, et actuellement conseiller économique chez l’assureur allemand Allianz, a mis en garde contre les conséquences sérieuses d’une divergence entre la politique de la Fed américaine et des banques centrales européennes et le Japon. « A en juger par l’histoire, de rapides ajustements monétaires finissent souvent par casser quelque chose, » a-t-il dit au Financial Times.

Un avertissement encore plus net quant au risques pesant sur les marchés a été émis mardi par l’assistant du gouverneur de la Banque centrale d’Australie, Guy Debelle, dans un discours prononcé à Sydney.

Debelle, qui est aussi le directeur du comité du marché de la Bank for International Settlements, a averti d’un « violent » plongeon boursier.

Il a observé que de nombreux investisseurs avaient « acheté des actifs sur la présomption de liquidités qui n’existent pas. » Il y a un nombre important d’investisseurs qui supposent pouvoir s’en sortir avant toute dégringolade massive. Mais l’histoire démontre que « la sortie a tendance à se bloquer subitement et rapidement. »

Une autre raison pour laquelle le krach pourrait être « violent » est le régime à taux d’intérêt zéro. « Il y a sans doute des investisseurs dont les stratégies dépendent de la possibilité de se financer à des coûts nuls (ou presque). Lorsque les coûts de financement ne seront plus nuls, leurs positions exploseront, » a-t-il dit.

Moins de deux jours plus tard, ses avertissements étaient au moins partiellement confirmés par les mouvements rapides déclenchés sur les marchés financiers.

Les analystes financiers et divers « faiseurs d’opinion » de l’information économique à la télévision américaine insistent pour que les « réformes structurelles » de l’économie américaine, européenne et mondiale soient intensifiées. Ainsi, alors que se profile la menace d’une nouvelle crise financière qui pourrait etre plus même plus dévastatrice qu'en 2008, les porte-parole des élites financières exigent que ce qui reste des protections sociales de la classe ouvrière soit totalement supprimé.

(Article original paru le 16 octobre 2014)