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Une femme portant le niqab exclue de l'Opéra de Paris

Par Antoine Lerougetel
24 octobre 2014

La presse a révélé le 19 octobre, seize jours après les faits, que pendant une représentation de La Traviata à l'Opéra Bastille de Paris, une spectatrice avait été exclue sur ordre du directeur adjoint de l'Opéra de Paris, Jean-Philippe Thiellay, parce qu’elle portait le niqab. Il s'agissait d' une touriste en provenance d’un pays du Golfe en vacances à Paris avec son mari.

Selon Thiellay, « certains choristes ont indiqué qu'ils ne voulaient pas chanter » dans ces conditions.

Cet acte discriminatoire et scandaleux souligne le caractère antidémocratique des lois et mesures contre le voile, la burqa et le niqab instaurées par la classe politique française, et l'atmosphère de psychose islamophobe qu'elles ont créée.

Le ministère de la Culture utilise le scandale qui en a résulté pour obliger les administrations des lieux de manifestations artistiques à agir plus sévèrement, en véritable police culturelle. Le gouvernement PS a indiqué qu'une note était en cours de rédaction au ministère, rappelant la consigne à suivre aux théâtres, musées et autres établissements publics sous sa tutelle « afin de faire respecter le droit, harmoniser les réactions et prévenir les difficultés ».

Dorénavant, les personnes vêtues d'un voile intégral devraient se voir interdites d'entrée à l'intérieur des établissements publics pour éviter le scandale d'expulsions.

Guy Laurent, spectateur assidu de l'Opéra Bastille, a commenté pour le quotidien conservateur britannique Daily Mail: « En quoi une femme au visage couvert, assise tranquillement dans le public, pouvait-elle poser problème à quiconque? Cette femme a vraiment dû se sentir humiliée par ce qui s'est passé. La culture française devrait se montrer plus tolérante. Ce n'est pas aux théâtres et aux musées de faire respecter des lois mesquines ».

Par contre, les quelques critiques de l'exclusion de la touriste voilée venues des responsables politiques sont limitées et cyniques et elles entrent totalement dans le cadre de l'islamophobie officielle. Public Sénat cite la réaction de la sénatrice écologiste Esther Benbassa qui reproche à la direction de l'Opéra Bastille d’avoir commis une maladresse : « C’est un manque de courtoisie qui me choque. C’est vraiment appliquer la loi d’une manière de fonctionnaire ».

Benbassa explique que la touriste voilée avait une culture suffisamment occidentale et qu’il était inutile de la réprimer: « Cette femme en niqab allait écouter La Traviata. Quand on accepte d’aller voir un Opéra pendant 2h30 c’est que l’on a déjà une culture occidentale. Elle n’est donc pas totalement perdue pour l’Occident ».

La presse a largement diffusé les déclarations de soutien à la direction de l'Opéra de Paris par des responsables du Parti socialiste, de l'UMP, et du fondateur du Front national néo-fasciste, Jean-Marie Le Pen, tortionnaire de l'armée française pendant la Guerre d'Algérie. Prétendant que la présence d'une femme voilée à l'Opéra Bastille était le signe d'une « poussée du communautarisme », Le Pen a dit que les choristes avaient bien fait de signaler sa présence.

Ce scandale est le produit de plus d'une décennie pendant laquelle divers gouvernements français ont imposé des lois anti-islamiques tout en menant une succession de guerres impérialistes dans des pays musulmans, tels la Libye et la Syrie. En 2004, sous le président Jacques Chirac, l'Assemblée nationale a voté une loi interdisant le port du voile à l'école.

Promulgué le 11 octobre 2010, le texte de la loi interdisant le port du voile intégral indique que « nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage », sous peine de 150 euros d’amende et/ou d’un stage de citoyenneté. Il précise que « l’espace public est constitué des voies publiques ainsi que des lieux ouverts au public ou affectés à un service public», ce qui inclut les cinémas, les théâtres, les musées, et les restaurants.

Selon une mission d'information de l'Assemblée nationale seulement « 1.900 femmes environ étaient concernées fin 2009 » par cette loi, alors que le nombre de musulmans vivant en France est estimé à plus de 5 millions,

La loi a déjà provoqué des discriminations islamophobes un peu partout en France. Les plus notables sont la confirmation par la Cour de cassation du licenciement le 25 juin dernier d'une salariée voilée de la crèche Baby-Loup dans les Yvelines, près de Paris, et le contrôle d'identité d'une femme portant le niquab au marché de Trappes en banlieue parisienne en juillet 2013. Les policiers avaient ensuite attaqué son mari qui avait tenté de s'interposer et des émeutes ont ensuite éclaté à Trappes pour protester contre la brutalité de la police.

La portée européenne de ce racisme officiel a été confirmée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH). Le 1er juillet dernier, elle a jugé « légitime » l'interdiction du voile intégral en France, rejetant la requête d'une Française contre cette interdiction.

La vie publique et culturelle en France est à présent empoisonnée par cette politique réactionnaire, par laquelle l'élite dirigeante, y compris la « gauche » bourgeoise, a légitimé le Front national et les sentiments d'extrême-droite.

Depuis l'élection de François Hollande aux présidentielles de 2012, la pseudo-gauche et les appareils syndicaux ont tout fait pour étouffer la colère des travailleurs contre ce gouvernement honni pour sa politique sociale et extérieure réactionnaire. Le contexte politique ainsi créé permet la montée de sentiments islamophobes et droitiers parmi les couches les plus désorientées. (Voir: De la pseudo-gauche à la nouvelle droite: le parcours de Jean-Luc Mélenchon)