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La résurgence du militarisme allemand: un an après

Par Peter Schwarz
4 octobre 2014

Il y a un an hier, le président allemand Joachim Gauck annonçait que l’Allemagne voulait à nouveau devenir une puissance mondiale.

Dans son discours prononcé le jour de l’unité allemande, marquant la réunification du pays après la chute du Mur de Berlin, Gauck a exigé que le rôle joué par l’Allemagne « en Europe et dans le monde » soit adapté à son influence réelle. « Dans un monde en proie à des crises et à des troubles, » avait-il dit, l'Allemagne avait besoin d’une politique militaire et étrangère bien plus agressive.

Un an plus tard, cette orientation détermine non seulement la politique étrangère, mais aussi la politique intérieure de Berlin. Dans les deux principales interventions impérialistes, en Ukraine et au Moyen-Orient, l'Allemagne joue un rôle actif. Les principaux partis et les médias ont étayé cette politique par une propagande de guerre incessante, digne d'une dictature. Berlin étend systématiquement son appareil de surveillance et de répression pour cibler toute opposition interne.

En Ukraine, la chancelière Angela Merkel et le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, emboîtent le pas à Guillaume II et à Hitler. Pendant la Première Guerre mondiale, le contrôle de l'Ukraine et le recul de la frontière russe comptaient parmi les principaux objectifs de l'Empire allemand. La campagne orientale de Hitler était une poursuite ininterrompue de l'objectif de dominer l'Europe centrale. Actuellement, Berlin poursuit ce même but en intégrant l’Ukraine dans l’Union européenne qu'il domine.

Le revirement brutal de la politique étrangère allemande vers les politiques agressives du passé se voit clairement par son attitude à l’égard de la Russie. En 2001, le président russe Vladimir Poutine avait été célébré au parlement allemand par des applaudissements ; aujourd’hui, il est dénoncé comme le principal malfaiteur. Critiquant les oligarques russes avec qui elle avait signé de juteux contrats, la classe dirigeante allemande se rapproche à présent de leurs homologues ukrainiens, y compris de leurs gardes du corps fascistes.

L’Allemagne n’a pas encore envoyé de forces militaires au Moyen-Orient. Elle manque pour l'heure de bases militaires et de porte-avions et ne peut jouer un rôle majeur dans la « coalition des volontaires » d’Obama. Cependant, en fournissant des armes aux peshmergas kurdes, Berlin a lancé son premier jet de dés dans la région riche en pétrole, sachant bien que les frappes contre la milice terroriste de l’Etat islamique (EI) ne sont que le début d’un dépeçage impérialiste du Moyen-Orient, au cours duquel les alliances et les lignes de front changeront inévitablement. Cette fois-ci, l’Allemagne est déterminée à être de la partie.

Le discours de Gauck marquait l’aboutissement d’un complot politique. Après l’abstention allemande dans la guerre en Libye, une cabale de politiciens de toutes tendances, de journalistes, d'universitaires, de gradés de l'armée, et de représentants patronaux ont discuté du besoin d'une nouvelle politique étrangère, plus agressive. Le résultat en fut un document de stratégie intitulé « Nouveau pouvoir, nouvelle responsabilité » (Voir : « Comment la résurgence du militarisme allemand a-t-elle été préparée? . »)

Gauck a choisi le jour de l’unité allemande pour annoncer le lancement de la troisième tentative de l'Allemagne d'établir son hégémonie mondiale.

Pourquoi la classe dirigeante allemande veut-elle à nouveau la guerre? L’époque où les entreprises allemandes pouvaient mener leurs affaires mondiales sous l'égide de Washington est depuis longtemps révolue. La crise du capitalisme mondial, dont le système financier a frisé l'auto-destruction en 2008, confère une tension extraordinaire à l’ensemble des relations internationales.

Depuis trente ans, les Etats-Unis mènent une guerre après l’autre, tentant de compenser leur déclin économique par leur supériorité militaire. Dans leur course aux matières premières, aux marchés et aux profits, les puissances impérialistes utilisent de plus en plus des moyens militaires. C’est ce que Steinmeier indiquait en disant que l’Allemagne était « trop grande et trop importante » pour « simplement commenter la politique mondiale depuis la ligne de touche. » C'est le langage de l’impérialisme allemand à l'état pur.

Derrière la résurgence du militarisme allemand se cachent aussi les vives tensions sociales qui existent en Allemagne et en Europe. L’austérité impitoyable dictée par Berlin et par Bruxelles a poussé le continent au bord de l’explosion sociale. Des dizaines de millions de gens partout en Europe chôment ou vivent dans une pauvreté abjecte, tandis qu’une minuscule élite se livre à une orgie de spéculation avec l’argent dont la Banque centrale européenne inonde les marchés.

L’impérialisme, selon Lénine, c’est « la réaction politique sur toute la ligne. » Le militarisme sert à canaliser le conflit interne vers un ennemi externe, à mobiliser la lie réactionnaire de la société et à imposer un état d’urgence à l’intérieur du pays.

Tout ceci est à un stade bien avancé. Un an après le discours de Gauck, les médias allemands font au quotidien de l’agitation contre la Russie en réclamant sans cesse une augmentation des dépenses militaires et en accusant le gouvernement de lâcheté de n’avoir pas (encore) largué ses propres bombes sur l’Irak. Parallèlement, des historiens dociles s’emploient à minimiser les crimes commis par l’Allemagne durant les deux guerres mondiales du vingtième siècle.

A l’heure actuelle, le militarisme allemand se développe sous l’égide de l’OTAN. Ses membres soutiennent le réarmement allemand et exigent de l’Allemagne une contribution militaire significative. Mais, cette harmonie est trompeuse. Derrière la façade, les « partenaires » de l’OTAN se regardent en chiens de faïence et s’espionnent réciproquement.

En France, il n’est pas passé inaperçu que l'ennemi mortel dans trois grandes guerres veut se réarmer. Et malgré tous les discours sur des intérêts communs, l’Allemagne et les Etats-Unis s’affrontent en tant que rivaux économiques en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine.

Le retour de l’impérialisme allemand sur les champs de bataille du monde, au même titre que le retour du Japon, est un élément profondément déstabilisateur de la crise mondiale. La vitesse à laquelle il se développe souligne la rapidité avec laquelle l’impérialisme se dirige vers une nouvelle guerre mondiale.

Sans l’intervention de la classe ouvrière, l’humanité est menacée d’une catastrophe. Comme c’est le cas sur le plan international, la vaste majorité de la population allemande est contre la guerre et le militarisme. Cette opposition ne trouve cependant pas son expression dans la politique officielle. Tous les partis, des chrétiens démocrates aux sociaux-démocrates, en passant par les Verts et Die Linke, soutiennent la nouvelle politique étrangère.

La tâche stratégique essentielle de la lutte contre la guerre est la construction d’un parti qui unit la classe ouvrière internationale sur la base d’un programme socialiste – le Partei für Soziale Gleichheit et le Comité International de la Quatrième Internationale. La lutte contre le militarisme et la guerre est indissolublement liée à la lutte contre sa cause première, le système capitaliste.

Le World Socialist Web Site a analysé, étape par étape, le retour de l’impérialisme allemand. Les 13 et 14 septembre, lors d’une conférence spéciale contre la guerre, le PSG a adopté une résolution fournissant une orientation politique à la lutte contre la guerre. (Voir : « The return of German militarism and the tasks of the Partei für Soziale Gleichheit (Socialist Equality Party of Germany, Resolution of the Special Conference Against War of the Partei für Soziale Gleichheit », en anglais)

Nous invitons instamment nos lecteurs à étudier ce document et à prendre la décision de rejoindre notre parti et d'entreprendre la lutte pour le socialisme.

(Article original paru le 3 octobre 2014)