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Deux néo-fascistes élus lors de la défaite du PS aux élections sénatoriales

Par Antoine Lerougetel
3 octobre 2014

Les élections au Sénat français le 28 septembre représentent une défaite cuisante de plus pour le Parti socialiste (PS), le président François Hollande et le premier ministre Manuel Valls. Avec l'élection pour la première fois de deux sénateurs du Front national (FN) de Marine Le Pen, elles confirment aussi la montée électorale du parti néo-fasciste.

Après huit élections législatives partielles perdues, la défaite des municipales et des européennes, la perte du Sénat signe un nouveau revers pour ce gouvernement dont la politique d'austérité et de guerre est détestée. Revers qui risque de se répéter aux les cantonales puis aux régionales, respectivement en mars et en décembre 2015.

Le Sénat est une institution anti-démocratique à dessein, traditionnellement acquise à la droite. Les 348 sénateurs, élus non pas par le suffrage universel, mais par un collège de quelques 87 534 grands électeurs, élus locaux, dont principalement des délégués des conseils municipaux, sont élus pour des mandats de six ans. La moitié des sièges est renouvelée tous les trois ans. Donc, au total, 179 sièges étaient en jeu dimanche.

Etant données les modalités réactionnaires des élections sénatoriales, elles témoignent surtout des humeurs de l'élite politique française et, actuellement, de sa rapide droitisation.

La droite dans son ensemble (UMP, UDI et divers droite) est passée de 171 sièges à 190 sièges, regagnant la majorité que la « gauche » bourgeoise lui avait brièvement ravie en 2011.Le PS et le Front de gauche (coalition du Parti communiste français stalinien et du Parti de gauche), qui détenaient 177 sièges dans le Sénat sortant, n'en conservent que 156. Le groupe Communiste, républicain et citoyen (CRC) comptait 21 membres, dont 5 étaient renouvelables ; 2 seulement sont élus. Il perd donc 3 membres et passe à 18.

Pour la troisième fois de cette année 2014, Marine Le Pen se félicite de la «poussée» électorale de son parti, après une douzaine de villes conquises par le FN lors des municipales de mars et l'arrivée en tête du FN dans les européennes de mai.

Si le FN n'obtient « que » deux élus, il faut souligner que le parti réalise des scores bien au-delà du millier de voix de ses élus locaux. En tout, le FN a réuni 3 972 suffrages de grands électeurs. Ceci démontre que le FN a su convaincre des grands électeurs qui n'étaient pas membres du FN, souvent des « petits élus » des communes rurales, pour beaucoup sans étiquette. Ces derniers sont une cible de longue date de Marine Le Pen.

La ruée vers la droite de toute la classe politique dans un contexte de crise économique et de guerre internationale banalise les thèses néo-fascistes parmi les élus. Des politiques qui à une autre époque auraient été associées à l'extrême-droite ont été adoptées par l'ensemble la classe politique, allant du Front national aux partis de pseudo-gauche, tels le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), qui ont appelé à voter Hollande au second tour des élections de 2012.

L'austérité sociale, la répression policière des Roms et des sans-papiers, et les guerres néo-coloniales en Afrique et au Moyen Orient ne suscitent aucune opposition parmi ces partis.

Dans ce contexte, une porosité se développe non seulement entre le FN et les partis de droite, mais aussi entre le FN et le PS, la pseudo-gauche, et les syndicats.

Le Point a signalé sept candidats frontistes issus du PS aux élections municipales en mars. « On peut notamment citer Antoine Ibba, tête de liste à Grenay (Pas-de-Calais), Mungo Shematsi à Saint-Martin-d'Hères (Isère) ou l'ex-conseiller municipal Daniel Gest à Outreau (Pas-de-Calais) », indiquait le magazine.

Le cas du cégétiste de Moselle Fabien Engelmann est bien connu. Syndicaliste à la CGT, adhérent à Lutte Ouvrière puis au NPA d'Olivier Besancenot, il est devenu candidat aux cantonales en Moselle sous l'étiquette FN en 2012.

Un autre facteur qui a joué dans le vote de bien des « grands électeurs » issus des divers niveaux du « millefeuille territorial » des différentes administrations locales françaises est la décision du PS d'abaisser de 11 milliards d'euros les dotations pour les collectivités territoriales de 2015 à 2017.

Il y aura donc des coupes claires dans les services des communes: les centres communaux d’action sociale, dont les crèches et les foyers de personnes âgées, l'aide aux jeunes en difficulté, la gestion et financement des écoles pré-élémentaires et élémentaires, les bibliothèques, musées, écoles de musique, salles de spectacle et manifestations culturelles et aussi les activités sportives.

Ceci a permis à Le Pen de se présenter comme défenseur des acquis du peuple, en affirmant avec sa démagogie habituelle: « Cela montre que notre discours est en adéquation avec les revendications des élus de terrain. La disparition des services publics, la réforme des territoires, l'immigration… C'est en bas que l'on subit les conséquences des politiques décidées en haut ».