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Canada: Le gouvernement de la Colombie-Britannique intensifie ses attaques contre les enseignants en grève

Par Keith Jones
12 septembre 2014

Le gouvernement libéral de la Colombie-Britannique a intensifié sa campagne pour briser une grève de deux mois et demi des 41.000 enseignants des écoles publiques de la province la semaine dernière, lors de ce qui était censé être la première semaine de l’année scolaire 2014-2015.

La première ministre Christy Clark et le ministre de l’Éducation Peter Fassbender ont tenté d’inciter la colère populaire contre les enseignants en mentant à plusieurs reprises sur les questions en litige et les revendications des enseignants et en ordonnant aux enseignants de «suspendre» leur grève au profit de «nos enfants».

Faisant fi de la réalité, la première ministre Clark a accusé les enseignants de priver d’éducation les enfants de la Colombie-Britannique dans le but de gagner des avantages exorbitants pour eux-mêmes comme des «massages illimités».

En fait, les enseignants se battent pour défendre l’éducation publique, ravagée par les compressions budgétaires des libéraux, alors même que le gouvernement Clark augmente le soutien financier aux écoles privées et prodigue des réductions d’impôt aux grandes entreprises et aux riches.

Les enseignants cherchent à restaurer les 300 millions de dollars de financement annuel en éducation que le gouvernement libéral a coupé en 2002. Cette coupe, dont l’impact cumulé s’élève maintenant à plus de 3 milliards de dollars, a entraîné la perte de plus de 3000 postes d’enseignants. Les enseignants grévistes luttent également pour restaurer les plafonds sur la taille et la composition des classes (c’est-à-dire le nombre d’élèves ayant des «besoins spéciaux») supprimés par le gouvernement en 2002. Avec la Loi 28, la Education Flexibility and Choice Act, les libéraux ont aboli en 2002 le droit des enseignants de négocier collectivement quant à la taille et la composition des classes, déclarant tout passage dans les conventions collectives des enseignants concernant ces questions comme nul et non avenu, et se sont arrogé le pouvoir de déterminer quelles seraient désormais les limites le cas échéant.

À deux reprises, la Cour supérieure de la Colombie-Britannique a déclaré l’abolition par le gouvernement du droit des enseignants de négocier collectivement quant à la taille et la composition des classes comme étant anticonstitutionnelle et a ordonné que les plafonds qui existaient avant l’imposition de la Loi 28 soient restaurés. Mais les libéraux, avec un fort soutien du patronat et de ses médias, ont dénoncé la décision de la Cour comme une atteinte à leur «droit de gouverner» et ont promis d’en appeler à la Cour suprême si nécessaire.

Tout au long des négociations, le gouvernement a refusé de parler de ces questions qui sont pourtant cruciales dans la détermination de la capacité des enseignants à fournir à tous leurs élèves une éducation de qualité. Maintenant, il exige que la Fédération des enseignants de la Colombie-Britannique (BC Teachers’ Federation, BCTF) accepte des ententes contractuelles qui auraient pour effet d’annuler dans les faits la décision de la Cour supérieure, bloquant ainsi toute négociation future à propos des limites quant à la taille et la composition des classes que le gouvernement a unilatéralement imposées avec l’adoption de la Loi 28.

Jusqu’à cette semaine, Clark a refusé de commenter publiquement la grève, laissant la promotion publique de la campagne anti-enseignants du gouvernement – qui comprend la promesse d’un paiement de 40 $ pour les frais de garderie ou de tutorat pour chaque jour de cours manqués aux parents d’élèves de l’école publique de 13 ans et moins – à Fassbender et autres sous-fifres.

Ses attaques contre les enseignants sont venues moins de 48 heures après que la direction de la BCTF ait fait appel à Clark pour qu’elle se joigne aux négociations, affirmant que sa participation pourrait conduire à une résolution rapide de l’impasse à la table des négociations. Clark «ne peut plus rester à l’écart», a déclaré Jim Iker, président de la BCTF, comme si la première ministre, en tant que ministre de l’Éducation de la Colombie-Britannique en 2002 et auteure de la Loi 28, ne dirigeait pas depuis le début avec ses plus proches collaborateurs la campagne du gouvernement contre les enseignants.

Le soutien de la classe ouvrière pour la position des enseignants dans leur défense de l’éducation publique reste fort. C’est ainsi que les 20.000 travailleurs du personnel de soutien scolaire, membres du Syndicat canadien de la fonction publique, refusent de franchir les piquets de grève des enseignants. Et nombre de parents réfutent avec colère les tentatives du gouvernement et des médias de les convaincre que les enseignants détiennent leurs enfants «en otage».

Mais les syndicats, y compris la BCTF, sont tout à fait opposés à étendre la grève afin de la transformer en une contestation politique indépendante de la classe ouvrière contre l’assaut du gouvernement libéral et du patronat sur les services publics et les droits des travailleurs.

La Fédération des travailleurs de la Colombie-Britannique (BC Federation of Labour, BCFED), dont la plupart des syndicats affiliés du secteur public se sont déjà vus imposer des contrats de travail conclus à l’avance tombant bien dans la «zone de viabilité financière» de compression des salaires réels du gouvernement, isole systématiquement la lutte des enseignants. La profession de son «soutien» se limite en fait aux gestes les plus symboliques.

Soutenu par les syndicats, le Nouveau Parti démocratique (NPD) a, pour sa part, rejoint le gouvernement en invitant les enseignants à «suspendre» leur grève si le gouvernement acceptait des pourparlers de médiation.

Depuis des semaines, la BCTF soutient que par la médiation, il serait possible de concilier le programme d’austérité du gouvernement aux demandes des enseignants pour l’augmentation du financement de l’éducation et une augmentation de salaire significative après des années de gel et de «retenue» des salaires imposés par le gouvernement.

Maintenant, la BCTF elle-même s’applique à court-circuiter et à miner la grève dans des conditions où aucune des exigences minimales des enseignants n’a été garantie. Iker, le président de la BCTF, a annoncé la semaine dernière que le syndicat interromprait la grève si le gouvernement acceptait d’envoyer la plupart des questions du contrat en litige à l’arbitrage exécutoire et de mener des négociations séparées à propos d’un fonds pour améliorer les conditions d’apprentissage en réduisant la taille des classes et en assurant plus de soutien pour les étudiants à «besoins spéciaux».

Au cours des trois derniers mois, la BCTF a à maintes reprises modéré les demandes des enseignants, y compris sur la question centrale du plafonnement de l’effectif dans les classes, affirmant que cela amènerait le gouvernement à faire des concessions. Mais cela n’a fait qu’encourager les libéraux qui, depuis le commencement de la grève, ont indiqué clairement qu’ils sont plus que disposés à accepter un arrêt prolongé des écoles de la province afin de vaincre l’opposition des enseignants à l’assaut contre l’éducation publique.

En cela, le gouvernement a le soutien de la grande bourgeoisie, qui considère à juste titre la grève des enseignants comme un défi à sa stratégie de classe de démantèlement des services publics et d’élimination de ce qui reste des droits sociaux remportés par les luttes sociales explosives militantes du siècle dernier. Cette stratégie est poursuivie par tous les gouvernements, qu’ils soient de droite ou de «gauche» partout au Canada, des conservateurs de Stephen Harper au NPD.

Au pouvoir depuis 13 ans, le gouvernement libéral de la Colombie-Britannique a maintes fois criminalisé les grèves des enseignants et imposé des contrats de concession par voie législative.

Mais ce coup-ci, il poursuit une tactique différente. Tout en maintenant en réserve la menace d’une loi draconienne pour briser la grève, il préférerait que la BCTF impose une entente de vendus aux enseignants. Le gouvernement calcule qu’une défaite aussi manifeste de la lutte militante des enseignants pour défendre l’éducation publique aurait un impact dévastateur sur l’ensemble de la classe ouvrière, ce qui lui permettrait d’aller de l’avant avec des réductions des dépenses sociales, la privatisation des services publics et de nouvelles attaques sur les droits des travailleurs.

Peter Cameron, le négociateur en chef du gouvernement, rejette l’arbitrage exécutoire en disant que le syndicat doit assumer la «responsabilité» d’un contrat qui respecte le cadre financier réactionnaire du gouvernement. «Dans le passé, une loi a toujours été adoptée, déclare Cameron. Le syndicat n’a jamais vraiment été dans une position où il a eu à faire ce que les autres syndicats font, c’est-à-dire regarder de façon pragmatique le mieux qu’il peut avoir dans une situation et aller à ses membres pour expliquer que ce n’est certes pas tout ce qu’ils souhaiteraient, mais que cela reste le mieux qu’ils peuvent avoir.»

Les enseignants de la Colombie-Britannique doivent se méfier. Les syndicats et le NPD manœuvrent maintenant pour arrêter leur grève dans la province, tout comme ils ont supprimé de nombreuses luttes militantes en Colombie-Britannique et partout au Canada au cours des trois dernières décennies. Pour vaincre cette conspiration, les travailleurs doivent être armés d’une nouvelle perspective politique. La grève doit être relancée – en tant que lutte de classe – c’est-à-dire comme mouvement politique indépendant de la classe ouvrière pour mobiliser les travailleurs en Colombie-Britannique et partout au Canada afin de s’opposer à l’assaut de la grande bourgeoisie contre les emplois, les salaires et les services publics et former un gouvernement ouvrier qui réorganisera radicalement la vie socio-économique de façon à rendre la satisfaction des besoins sociaux – et non des profits privés – le principe vital à la base de la société.

(Article paru d'abord en anglais le 9 septembre 2014)