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Non au projet de loi 3 du gouvernement libéral du Québec

Mobilisons les travailleurs pour défendre les pensions et tous les services publics

Déclaration du Parti l’égalité socialiste (Canada)
20 septembre 2014

Ce qui suit est le texte d’une déclaration qui sera diffusée par les sympathisants du PES lors d’une manifestation organisée à Montréal le 20 septembre par la Coalition syndicale pour la libre négociation.

Le projet de loi 3 du gouvernement libéral n'est pas seulement un assaut direct sur les salaires et les pensions des travailleurs municipaux. Il fait partie d'une campagne plus vaste pour démanteler l'ensemble des services publics, notamment la santé et l'éducation.

En visant les travailleurs qui fournissent des services essentiels – aujourd'hui au niveau municipal, demain dans tout le secteur public – la classe dirigeante veut faire payer la classe ouvrière pour la crise du système capitaliste mondial.

Le nouveau gouvernement libéral a déjà annoncé que les dépenses sociales seront drastiquement réduites et que des programmes entiers sont voués à disparaître. Le premier ministre Philippe Couillard a comparé la situation actuelle aux crises de 1982 et de 1997, qui avaient mené à une réduction massive des salaires et des emplois dans les réseaux de l'éducation et de la santé par les gouvernements péquistes de René Lévesque et Lucien Bouchard.

Les efforts pour monter la population contre les travailleurs municipaux en les présentant comme des «égoïstes» sont une répétition de la campagne menée contre la grève étudiante de 2012. Les libéraux de Jean Charest avaient alors cherché, avec l'aide des médias de masse, à présenter les étudiants en lutte pour la défense de l'éducation publique comme étant des «enfants gâtés». Aujourd'hui comme en 2012, la résistance à l’austérité capitaliste est dénoncée comme un geste de violence afin de justifier des mesures de répression.

La lutte pour défendre les pensions des employés municipaux doit devenir le point de départ d'une vaste contre-offensive des travailleurs contre tout le programme d'austérité de la classe dirigeante. Ceci demandera non seulement des actions militantes – occupations, grèves, grève générale – mais surtout une mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière pour imposer sa propre solution à la crise capitaliste. Les ressources abondantes qui existent doivent servir à satisfaire les besoins sociaux, et non à enrichir les banques et grandes sociétés.

Une telle mobilisation exige une rupture organisationnelle et politique avec les syndicats pro-capitalistes qui imposent les concessions exigées par la grande entreprise et subordonnent les travailleurs au PQ, l'autre parti de gouvernement de l'élite québécoise. Une fois après l'autre au cours des dernières décennies, les bureaucrates syndicaux ont organisé quelques gestes isolés de protestation pour contenir les travailleurs. Et lorsqu'ils n'ont pas pu éviter l'éruption de luttes de masse, ils ont agi pour les torpiller au nom de la «paix sociale».

Pour ne citer que l'exemple le plus récent, les syndicats ont isolé la grève étudiante de 2012 avant de la détourner derrière le PQ. En ce qui concerne le projet de loi 3, les chefs syndicaux ont fait savoir qu'ils étaient prêts à imposer un recul majeur dans les retraites en échange d’une place à la table de négociation.

Il faut tirer les leçons de ces amères expériences. En opposition au nationalisme de la bureaucratie syndicale, seule une perspective internationale permettra aux travailleurs d'apporter leur propre solution à la dévastation sociale causée par le système de profit partout dans le monde.

Les programmes d'austérité des gouvernements du Québec et du Canada suivent la même logique que celle mise en avant par les élites dirigeantes du monde entier suite à la crise financière de 2008. Leur effet est partout le même, projetant de larges sections de travailleurs des pays «riches» dans des conditions similaires à celles que l'on retrouve dans les pays du «tiers-monde».

À Detroit, autrefois le centre de l'industrie automobile, des milliers de travailleurs pauvres se font couper l'accès à l'eau pour ne pas avoir été capables de payer leur facture à temps. En Europe, le taux de chômage pour les jeunes est à des niveaux de dépression. En Grèce, après six ans de mesures d'austérité, il atteint 60%, et à peine moins en Espagne.

Au Canada, l'inégalité sociale ne cesse d'augmenter alors que les services sociaux se font démanteler. Le salaire d'un des cent dirigeants d'entreprises les plus riches équivaut 200 fois le salaire canadien moyen. Pendant ce temps, le recours aux banques alimentaires augmente, alors que moins de 38% des chômeurs ont droit à des prestations de chômage, comparé à 85% dans les années 1980.

Depuis la crise de 2008, la «réforme des retraites» a été l'un des mots d'ordre de l'élite dirigeante partout dans le monde, et elle se retrouve au centre du vaste programme de compressions budgétaires que poursuit le premier ministre canadien Stephen Harper.

Dans leur ensemble, ces mesures d'austérité représentent une véritable contre-révolution sociale. Pour les imposer malgré l'immense opposition populaire, la classe dirigeante emploie des méthodes anti-démocratiques et met en place un État policier pour l'organisation de la répression à large échelle.

À toutes fins pratiques, le droit de grève n'existe plus au Canada. Au cours des dernières années, le gouvernement fédéral du premier ministre conservateur Stephen Harper est intervenu à maintes reprises pour criminaliser les grèves des travailleurs des postes et d’Air Canada.

Depuis quelques semaines, la Ville de Montréal est engagée dans une chasse-aux-sorcières contre des dizaines de pompiers et autres employés municipaux pour le «crime» d'avoir bruyamment manifesté leur opposition au pillage de leurs régimes de pension autorisé par le projet de loi 3 du gouvernement Couillard. Un des premiers gestes de ce gouvernement, d'ailleurs, a été d’annoncer qu’une loi spéciale serait immédiatement imposée si les travailleurs de la construction déclenchaient une grève comme à l’été 2013.

La réaction de l'élite dirigeante à la grève étudiante de 2012 au Québec a été un exemple frappant de son tournant vers des méthodes anti-démocratiques. Les étudiants qui luttaient pour défendre l'accès à l'éducation publique ont été la cible des dénonciations virulentes du gouvernement Charest, d'une campagne de salissage des médias, d'injonctions limitant les lignes de piquetage, d'arrestations de masse arbitraires, de jets de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogène par la police antiémeute – le tout couronné par le projet de loi 78 (devenu loi 12) qui interdisait à toutes fins pratiques toute manifestation sur n'importe quelle question à travers la province.

Mais ces méthodes dignes d'un État policier ont plutôt eu pour effet de renforcer la sympathie populaire à l'égard des étudiants, soulevant le danger pour l'élite dirigeante que la grève étudiante ne serve d'étincelle à l'entrée en lutte des travailleurs contre la destruction des emplois et des programmes sociaux.

C'est à ce moment que les centrales syndicales, qui dès le début avaient isolé la lutte étudiante, sont intervenues – avec l'aide politique de Québec solidaire – pour détourner ce mouvement derrière l'élection d'un gouvernement péquiste. Une fois au pouvoir, le PQ a rapidement imposé un programme de dures compressions budgétaires comprenant une hausse permanente des frais de scolarité, et il a attisé le chauvinisme antimusulman avec sa Charte des valeurs québécoises.

Les travailleurs municipaux et leurs partisans doivent tirer les leçons de cette cruciale expérience. La défense de leurs régimes de pension est inséparable d'une vaste mobilisation des travailleurs de tout le Canada – français, anglais et immigrés – pour la défense des salaires, des emplois et des services publics.

Cela requiert une rupture décisive avec les syndicats pro-capitalistes. Un premier pas dans cette direction serait la formation de comités de lutte constitués de travailleurs de la base, à l'exclusion des bureaucrates syndicaux et de leurs acolytes. Par-dessus tout, il faut lancer une lutte politique indépendante des travailleurs pour un gouvernement ouvrier qui réorganiserait l'économie afin de satisfaire les besoins sociaux, et non les profits d'une minorité.