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Le gouvernement Valls obtient de justesse la confiance de l'Assemblée Nationale

Par Alex Lantier
18 septembre 2014

Le gouvernement actuel, amputé de ministres qui avaient critiqué l'adoption par Valls de mesures d'austérité négociées avec Berlin malgré l'opposition massive de la population, n'a gagné le vote que de justesse, par 269 voix contre 244, 53 députés s’étant abstenus. Il était donc à 20 voix au-dessous du seuil symbolique des 289 voix, qui constitue la majorité absolue des 577 sièges à l'Assemblée.

Le vote marque la banqueroute complète de la démocratie bourgeoise en France et de ce qui passe faussement pour la “gauche” française. Le Parti socialiste (PS) est en chute libre – la cote de popularité du président François Hollande est à 13 pour cent, un record historique, tandis que celle de Valls est passée de 34 pour cent au moment de la chute de son premier gouvernement à 22 pour cent maintenant – mais il poursuit néanmoins sa politique avec un mépris affiché envers la population.

Elu en 2012 avec le soutien de partis de la pseudo-gauche tels le Nouveau parti anticapitaliste et le Front de gauche, le gouvernement PS se prépare à imposer les attaques sociales sans précédent dictées par le patronat. Celles-ci comportent non seulement les €50 milliards de mesures d'austérité du Pacte de responsabilité avancé par Hollande, mais de nouvelles attaques massives contre les droits sociaux des travailleurs.

Dimanche, le Medef a laissé filtrer pour le quotidien financier Les Echos un rapport selon lequel l'organisation patronale veut réduire le SMIC (actuellement à €9,53 de l'heure), éliminer les restrictions sur la durée hebdomadaire du travail, et éliminer deux des 11 jours fériés en France.

Dans un discours de politique générale aux relents militaristes et xénophobes tenu à l'Assemblée nationale mardi soir, Valls s'est adapté à l'influence grandissante du Front national (FN) néo-fasciste tout en promettant d'augmenter la compétitivité des entreprises françaises.

Il a promis de poursuivre les interventions impérialistes françaises en Ukraine, en Afrique, et surtout en Syrie et en Irak. « Le monde est d'abord confronté à une menace terroriste dont l'ampleur et l'évolution sont inédites », a-t-il dit, ajoutant : « La France – le Chef de l'Etat, sa diplomatie, ses armées – est pleinement mobilisée pour répondre à ce défi de sécurité, certainement le plus grand de ce début du 21e siècle. Elle assume totalement ses responsabilités, celles que l'Histoire lui a données, celles d'un membre permanent du Conseil de sécurité ... Elle travaille à une riposte globale sur le plan intérieur comme sur le plan extérieur ».

Valls, qui a déjà martelé que le peuple Rom avait « vocation » de quitter la France, a dénoncé en bloc la politique de l'immigration en France : « trente ans de politique d'intégration, en faisant le choix de se diriger vers des populations en fonction de leurs origines, ont fait fausse route. Ces abandonnés de la République, tous, essayent, comme ils le peuvent, de trouver la protection que nous ne savons plus leur offrir. Et moi, je crois que c'est là que se trouve notre principal combat ».

Insistant sur le « besoin d'ordre et de règles », il ajouta : « C'est à nos policiers, à nos gendarmes, à nos juges de travailler ensemble pour les garantir et les faire respecter ».

Il a juré de continuer les attaques sociales, prétendant cyniquement que « Réformer, ce n'est pas casser notre modèle social ».

En fait, le PS – le principal parti de gouvernement de la « gauche » bourgeoise depuis la grève générale de 1968, vers lequel tous les partis de la pseudo-gauche française se sont orientés – s'effondre en essayant de s'unifier autour d'une ligne politique de guerre et d'austérité à outrance.

Les « frondeurs » du PS qui avaient critiqué Valls, s'alignant sur les commentaires anti-allemands des ex-ministres Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, ont capitulé et apporté leur soutien au gouvernement. L'Union pour un mouvement populaire (UMP) gaulliste a voté contre.

Valls aurait dit aux députés « frondeurs » que s'ils ne votaient pas la confiance à l'Assemblée, le FN arriverait au pouvoir et ils perdraient leurs sièges. Selon Le Monde, il aurait aussi dit à ses proches : « Si d'ici trois à six mois, la situation ne s'est pas inversée, ce sera foutu ».

Finalement, la majorité de la centaine de députés « frondeurs » ont voté pour Valls, même si 31 se sont abstenus. « Je suis en désaccord avec la politique qu'on mène », a commenté le « frondeur » abstentionniste Pascal Cherki. « Mais je ne veux pas renverser le gouvernement ... Je ne suis pas dans l'opposition ».

Si le gouvernement PS s'est stabilisé un temps, s'abritant derrière la Ligne Maginot que forme sa majorité législative obtenue en 2012, il continue néanmoins à s'enfoncer dans un marasme profond face auquel il n'a aucune solution.

Effaré par l'escalade des guerres à travers le monde et par la contraction de l'économie européenne, il est incapable de gérer les tensions internationales grandissantes, celles notamment entre l'Allemagne et la France, ou la colère sociale des travailleurs. Faible et profondément impopulaire, il prépare une confrontation explosive avec la classe ouvrière – s'il n'est pas d'abord rattrapé par une crise internationale majeure, qu'il risque de provoquer par sa politique extérieure de plus en plus belliciste.

Marine Le Pen, la dirigeante du FN, a ressorti un communiqué en réponse au discours de Valls, attaquant l'Allemagne et se posant de façon démagogique en alternative à la classe politique française discréditée.

Dénonçant « l'étau européen et allemand qui met la France à l'agonie » et le discours « totalement vide, même ridicule » de Valls, elle a dit : « Il n'en reste pas moins que ce gouvernement tombera bientôt, qu'il ne résistera pas, de l'aveu du Premier ministre lui-même, aux résultats désastreux qui s'annoncent. Le retour au peuple alors s'imposera, via des élections législatives anticipées, ce n'est l'affaire que de quelques mois ».

Les dirigeants de l'élite politique française prennent les menaces de Le Pen de plus en plus au sérieux. Ils craignent que le FN ne puisse totalement discréditer le capitalisme français si le gouvernement Valls venait à tomber et si le FN arrivait au gouvernement et y jouait un rôle majeur.

François Fillon, l'ancien premier ministre UMP, a publié un commentaire extraordinaire dans Le Monde, un journal généralement pro-PS, intitulé « M. Hollande a le choix entre le sursaut et le naufrage ».

La seule proposition qu'il y avançait, cependant, était une alliance PS-UMP pour imposer encore plus de mesures d'austérité abhorrées par la population « Le premier ministre, Manuel Valls, va tenter, le temps d'un discours, de sauver les apparences d'un pouvoir en perdition. Sans doute le gouvernement obtiendra-t-il la confiance de sa majorité, mais elle sera dérisoire face à la défiance généralisée du pays. La France est en plein marasme, et le risque d'une rupture sociale ou démocratique ne peut être exclu. Manuel Valls a prétendu que l'extrême droite était 'aux portes du pouvoir'. A qui la faute, si ce n'est au chef de l'Etat, qui, par son indécision et ses erreurs, a fait basculer la République dans la dépression » ?

Prônant un « électrochoc » radical négocié avec « l'opposition républicaine », c'est-à-dire avec l'UMP, il a ajouté : « Notre nation n'est pas condamnée. C'est notre système qui l'est. Or, un système, ça se change. Grâce à ses ressources, notre pays peut effectuer son retournement en deux ans, se relever en cinq ans et, en l'espace de dix ans, il peut être la première puissance européenne. Cet objectif est le mien, et il est atteignable, dès lors qu'ont est décidé à transformer la France ».

Face à la crise, la classe dirigeante ne peut proposer qu'un électrochoc réactionnaire ou la démagogie d'une néo-fasciste ; ceci témoigne de la banqueroute totale du capitalisme français.

(Article original publié le 17 septembre 2014)