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Métallos et travailleurs de l'auto américains exigent des hausses de salaires

Par Jerry White
21 août 2015

L'esprit de colère et de résistance grandit parmi les travailleurs américains face aux baisses de salaires et à la cadence accélérée imposées par les entreprises après six ans de supposée reprise économique, dont seules les sections les plus riches de la population ont bénéficié.

Les conventions collectives sont arrivées ou arrivent à échéance dans les secteurs de l’acier, de l'automobile, du transport aérien et des télécommunications, et le sentiment se fait plus pressant parmi les travailleurs qu'une lutte unifiée est nécessaire pour récupérer les revenus perdus et faire des gains significatifs.

Les contrats de travail couvrant 30.000 métallurgistes aux installations d’ArcelorMittal et d’US Steel aux États-Unis viennent à échéance le 1er septembre. Deux semaines plus tard, le 15 septembre, ce sont les contrats de 140.000 travailleurs de l’automobile à General Motors, Ford et Chrysler Fiat qui arrivent à échéance. Ces travailleurs se retrouvent ainsi sur la voie d'une lutte non seulement contre ces grandes sociétés et leurs financiers de Wall Street, mais aussi contre le gouvernement Obama, qui a mené de front la campagne pour réduire drastiquement les coûts de main-d’œuvre.

Des métallos manifestent devant l’installation d’ArcelorMittal à East Chicago en Indiana (credit: Times Media Company)

Ils se retrouvent aussi sur la voie d'une collision avec les syndicats — le syndicat des métallos (USW) et les Travailleurs unis de l’automobile (UAW) — qui ont collaboré à l’attaque combinée de la grande entreprise et du gouvernement, tout en bloquant une lutte unifiée des travailleurs.

Mercredi, des centaines de métallos ont manifesté devant le siège social d'ArcelorMittal, le premier sidérurgiste du monde, à East Chicago en Indiana dans le cadre d'une série de manifestations organisées cette semaine en Pennsylvanie, en Illinois, au Michigan, en Ohio, en Virginie-occidentale et en Alabama.

ArcelorMittal et US Steel sont tous deux engagés dans une réduction massive des coûts pour augmenter les retours sur investissements de leurs riches actionnaires. Selon le syndicat des métallos, ArcelorMittal réclame un nouveau contrat qui comprendra un gel des salaires pour trois ans, des coupes dans les prestations médicales, et un système à deux vitesses avec des salaires et avantages sociaux réduits pour les nouveaux travailleurs.

Avec l'entrée en vigueur en 2018 de la «taxe Cadillac» d'Obama sur les plans de santé dans la plupart des entreprises syndiquées, ArcelorMittal veut que les employés avec familles payent 250 dollars par mois en contributions. Il cherche en outre à tripler les contributions mensuelles des retraités. Il voudrait également cesser de contribuer au plan de santé pour retraités dont les fonds sont contrôlés par les syndicats et pousser les travailleurs sur le marché des assurances privées créé par la loi sur la santé d’Obama.

Mike Porter, un métallo avec 37 ans d’ancienneté, a expliqué au Times of Northwest Indiana qu’il avait reçu des indemnités de maladie «qui le condamnaient quasiment à la pauvreté» lorsqu'il suivait un traitement pour un cancer de la prostate. Parlant des plans de l’entreprise pour pousser les retraités vers l’assurance maladie privée, il a dit: «Certains retraités ne vivent que sur 800 dollars par mois. Comment vont-ils payer les primes de santé?»

Les géants de l’acier menacent les travailleurs de licenciements massifs s’ils n’acceptent pas leurs demandes. La semaine dernière, US Steel a annoncé la fermeture permanente d’un haut-fourneau de ses installations à Fairfield près de Birmingham en Alabama et la mise à pied de 1100 travailleurs. Ceci a suivi l’annonce par ArcelorMittal qu’il pourrait fermer l’un de ses cinq laminoirs à chaud aux États-Unis.

Samedi dernier, le fabricant d’acier spécialisé, Allegheny Technologies Inc. (ATI), basé à Pittsburgh, a mis en lock-out 2200 travailleurs après que le syndicat des métallos USW ait omis de soumettre l’offre «dernière, meilleure et finale» de la compagnie à un vote des membres de la base. La proposition de ATI prévoyait des réductions dans les prestations de santé et une restructuration de la rémunération des heures supplémentaires pour les travailleurs qui sont déjà forcés de travailler 12 heures par jour. La société a fait appel à des briseurs de grève et à une force de sécurité paramilitaire. Les analystes du secteur disent que ATI était en train de définir le modèle pour toute la sidérurgie.

Face aux compagnies qui coordonnent clairement leurs attaques, les travailleurs d'ATI sur les lignes de piquetage dans les villes industrielles de Brackenridge et Vandergrift en Pennsylvanie ont reconnu la nécessité d'unifier les travailleurs dans chaque industrie contre ces attaques. Un travailleur a dit au World Socialist Web Site: «Ils nous disent qu'ils n'ont plus d'argent. Comment se fait-il que [le PDG d'ATI, Bob] Wetherbee vaut 10 millions de dollars quand ils veulent amputer notre plan de santé et nous forcer à payer 35.000 dollars de nos poches dans les quatre prochaines années?»

Lorsque les reporters du WSWS ont discuté de la nécessité d’unir les sidérurgistes avec les travailleurs de General Motors, Ford et Chrysler Fiat, un travailleur a répondu: «Nous devrions tous sortir en grève. Les travailleurs de Verizon sont sans contrat aussi!»

Le mois dernier, 12.000 agents de bord de Southwest Airlines et 11.000 pilotes de Delta Airlines ont rejeté de manière écrasante des offres de contrat recommandées respectivement par le Syndicat des travailleurs des transports (TWU) et l’Association des pilotes des compagnies d’aviation (ALPA). Ces travailleurs réclament de meilleurs salaires à des compagnies aériennes qui font des milliards de profits.

L'esprit de lutte s'est aussi exprimé dans des votes quasi unanimes en faveur de la grève par les travailleurs de Fiat Chrysler dans de nombreuses usines du Mid-Ouest. Les travailleurs d’automobile ont souffert dix années de gels de salaires et huit années d’un système de salaires à deux niveaux où les nouveaux employés sont payés à peine la moitié de ce que gagnent les employés avec ancienneté. Depuis 2009, avec la restructuration de l’industrie automobile par Obama, qui a étendu le système à deux niveaux et supprimé des dizaines de milliers d’emplois, General Motors, Ford et Chrysler Fiat ont réalisé un bénéfice combiné de 90 milliards de dollars.

Les dirigeants du secteur automobile ont utilisé les milliards de profits, non pas pour accroître la production sans parler d’améliorer les salaires et les conditions de travail, mais pour financer des rachats d’actions afin de faire monter la valeur des actions et enrichir davantage l’élite patronale et financière.

Un travailleur de deuxième classe chez Fiat Chrysler à Detroit a dit au WSWS: «Je ne savais pas que les contrats des métallos arrivaient à échéance aussi. Nous devrions tous sortir ensemble. Ce sont les compagnies qui sont avides, non les travailleurs. Il est insultant pour nous de dire que nous gagnons trop ou que nous avons des plans de santé “Cadillac”. Des travailleurs de deuxième classe ont des plans avec une couverture inférieure et je dois payer 150-200 dollars en complément sur une grosse facture médicale.

«Les syndicats ne vont pas nous unir. Ils nous obligent déjà à travailler côte à côte avec un autre travailleur qui gagne deux fois plus. Cela nous transforme en ennemis au lieu d’alliés.

«Pour que les travailleurs arrivent à s’unir, nous devons le faire en tant que travailleurs. Les travailleurs de l’automobile et les métallos mènent un combat commun. Ce qui concerne un travailleur concerne tous les travailleurs. L’UAW et l’USW nous mentent. Nous pensons dans l’usine qu’ils n’appelleront pas à la grève et s'ils tiennent des votes c'est seulement pour nous faire croire que nous avons voix au chapitre, alors que nous n'en avons pas.»

L’UAW a gardé le silence sur les négociations qu’elle mène avec les constructeurs automobiles. On rapporte que le syndicat cherche à étendre les fonds de santé sous son contrôle pour qu'ils couvrent les employés actuels en plus des retraités, ce qui mènerait à des réductions supplémentaires. Le syndicat voudrait également établir un troisième niveau de travailleurs dits «non-qualifiés» qui gagneront encore moins en salaires et avantages sociaux que les travailleurs actuels de deuxième classe.

La seule déclaration qu'a faite l’UAW cette semaine sur les négociations a été de condamner GM pour avoir étudié un plan visant à importer un véhicule Cadillac multi-segments à partir des usines de l’entreprise en Chine. Ce poison nationaliste vise à enfoncer un coin entre les travailleurs américains et leurs frères et sœurs en Chine et dans d’autres pays, tout en semant le mensonge que les travailleurs américains et les cadres et actionnaires multimillionnaires ont pour intérêt commun de «sauver» des emplois américains. L’UAW, l’USW et d’autres syndicats ont longtemps colporté cette ligne pour imposer des sacrifices sans fin sur les travailleurs au nom de rendre les entreprises américaines plus compétitives et, ainsi, plus rentables. Le résultat a été la destruction de centaines de milliers d’emplois.

La montée de l'esprit de résistance parmi les travailleurs aux États-Unis fait partie d’un phénomène international, comme en témoigne le nombre croissant de grèves en Allemagne, en Chine, au Brésil et dans d’autres pays. En opposition au nationalisme des syndicats, les travailleurs aux États-Unis ont besoin d’une stratégie internationale de lutte contre les compagnies d'envergure mondiale. Les travailleurs doivent également s'organiser en tant que force politique indépendante contre les deux partis de la grande entreprise et le système capitaliste qu’ils défendent.

(Article paru en anglais le 20 août 2015)