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Élections au Canada: la FTQ mène une campagne «n’importe qui, sauf Harper»

Par Laurent Lafrance
29 août 2015

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la plus importante centrale syndicale de la province, fait campagne pour la défaite de l’actuel premier ministre conservateur Stephen Harper aux élections fédérales canadiennes du 19 octobre prochain.

La FTQ se joint ainsi aux syndicats du reste du Canada qui invoquent de la même manière la «menace de la droite» pour attacher politiquement les travailleurs au NPD et aux libéraux, des partis tout aussi voués à l'austérité capitaliste et à la guerre impérialiste.

En appelant à voter pour le candidat du Nouveau Parti démocratique (NPD), du Bloc québécois ou du Parti libéral du Canada qui est le mieux placé pour battre un candidat conservateur, la FTQ donne un appui implicite à un gouvernement de rechange, supposément «progressiste», qui ne servirait en réalité qu'à intensifier l'offensive anti-ouvrière et anti-démocratique de l'élite dirigeante canadienne.

La FTQ, qui comprend plus d'un demi-million de membres, soit plus de 40 pour cent de la main-d’œuvre syndiquée au Québec, avait déjà annoncé l'an dernier qu’elle travaillerait activement à faire battre les candidats conservateurs dans une dizaine de circonscriptions au Québec. Les autres centrales syndicales de la province – la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) – participent également à la campagne anti-Harper, même si elles respectent leur tradition de ne pas endosser officiellement un parti politique.

Dans une entrevue donnée à la Presse à la mi-août, le secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux, a ouvertement offert son appui au NPD, historiquement le parti des syndicats au Canada. «C'est sûr que les syndicats – de façon générale – vont appuyer plus les candidats du NPD parce que c'est un programme politique qui ressemble plus à nos valeurs», a déclaré Cadieux, tout en ajoutant: «Je ne connais pas un seul syndicat de la FTQ – au moment où on se parle – qui donne son appui au Bloc québécois».

Suite à la parution de l’entrevue, et sans doute après des discussions d’arrière-scène avec des dirigeants du mouvement souverainiste et de la bureaucratie syndicale, le dirigeant de la FTQ a corrigé le tir, affirmant qu’il ne tournait pas le dos au Bloc, mais que la centrale et ses affiliés n’appuyaient aucun parti en particulier, voulant «plutôt concentrer leurs efforts à défaire les candidats conservateurs».

Même si la FTQ ne donne pas son appui officiel au Bloc québécois – ce qu’elle a fait à chaque élection de 1993 à 2011, sauf en 2004 – cela ne signifie pas qu’elle prend ses distances envers le mouvement indépendantiste bourgeois. La subordination politique des travailleurs au mouvement souverainiste et au nationalisme québécois continue de jouer un rôle central dans les efforts des syndicats sur plus de quatre décennies pour étouffer et saboter la lutte de classe.

Plus tôt cette année, les centrales syndicales ont pris position dans la course à la direction du Parti québécois, parti frère du Bloc au niveau provincial. Après la victoire du richissime magnat de presse et anti-syndicaliste notoire Pierre-Karl Péladeau, les syndicats ont tous réaffirmé leur volonté de travailler avec le nouveau chef au nom de l’indépendance du Québec.

Le Bloc québécois, issu d'une scission d'avec le Parti conservateur menée par Lucien Bouchard en 1990, a été fondé par une poignée de députés conservateurs et libéraux de droite, avec le plein soutien des syndicats et du premier ministre québécois de l'époque, le libéral Robert Bourassa.

Ce parti de droite est largement discrédité auprès des travailleurs. Les mesures réactionnaires imposées par le PQ lorsqu'il était au pouvoir, y compris des coupes sociales dévastatrices, ont grandement contribué à la débâcle électorale du Bloc en 2011. Réduit à seulement deux députés au Parlement canadien, le Bloc a laissé un vide politique dont a bénéficié le NPD en raflant la majorité des sièges au Québec.

D'importants syndicats du Québec affiliés à la FTQ, comme l'Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l'aérospatiale (AIMTA) et les Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), ont affirmé qu’ils appuyaient officiellement le NPD.

Le soutien politique accordé par les syndicats au NPD de Thomas Mulcair et aux libéraux de Justin Trudeau démontre la réelle attitude de la bureaucratie syndicale face à l’austérité. Cela expose en particulier l’hypocrisie de la soi-disant opposition des syndicats québécois aux dures compressions budgétaires du gouvernement Couillard.

Serge Cadieux a déclaré que suite aux élections de 2011, «les syndicats ont eu à travailler avec l'opposition officielle à Ottawa [NPD]. Ces gens-là ont fait un bon travail». En fait, les néodémocrates, qui dominent actuellement dans les sondages, mènent une campagne électorale très à droite.

Mulcair tente de se présenter comme un fidèle serviteur de la grande entreprise en dénonçant les conservateurs pour ne pas avoir atteint l’équilibre budgétaire, c’est-à-dire assez sabré dans les dépenses sociales. Mulcair a affirmé qu’un gouvernement NPD n'augmenterait ni les impôts personnels, ni les impôts sur les gains en capitaux du 1 pour cent le plus riche.

Au cours des dernières années, le NPD a appuyé chacune des interventions impérialistes sanglantes menées par les États-Unis à travers le monde, avec la participation active du Canada et d'autres alliés. Et si le NDP critique aujourd'hui la dernière guerre en Irak, c'est seulement pour des raisons tactiques.

Depuis les années 1990, une série de gouvernement provinciaux néodémocrates en Ontario, en Saskatchewan et au Manitoba ont attaqué la classe ouvrière en imposant de brutales mesures d’austérité.

La nature de droite du NPD était en évidence lors de la grève étudiante de 2012 au Québec lorsqu'il a refusé d’appuyer – même symboliquement – les étudiants et a gardé un silence complice sur le projet de loi 78 qui criminalisait la grève.

Elle ressort encore plus clairement dans la volonté du NPD de collaborer avec le Parti libéral du Canada, qui a endossé le projet de loi anti-démocratique C-51 de Harper et qui a étendu les pouvoirs de l’appareil de sécurité nationale lorsqu’il était au pouvoir de 1993 à 2006. C'est aussi le gouvernement libéral de Chrétien/Martin qui a mis la hache dans l’assurance-emploi et les transferts fédéraux aux provinces destinés à la santé, l'éducation et l'aide sociale.

L’appui des syndicats québécois au NPD et aux libéraux «pour chasser Harper» n’a rien de nouveau. En 2008, ils ont appuyé une coalition libérale-NPD, dominée par le Parti libéral et basée sur la poursuite de la guerre en Afghanistan jusqu’en 2011et la «responsabilité fiscale» – l’austérité contre la classe ouvrière et des réductions d’impôts pour les riches.

En dépit de sa traditionnelle posture de «gauche», un NPD porté au pouvoir à Ottawa – seul ou en coalition avec les libéraux – intensifierait l’assaut de l'élite dirigeante sur la classe ouvrière dans un contexte de profonde crise du système capitaliste mondial. Les syndicats jouent un rôle clé dans les manœuvres réactionnaires en vue d'un tel scénario.