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Canada: La Riposte fait la promotion des syndicats et du NPD

Par Roger Jordan et Keith Jones
10 août 2015

Dans sa réponse aux récentes grèves à l’Université de Toronto et l’Université York, le groupe de pseudo-gauche canadienne La Riposte a tenté de renforcer l’autorité des syndicats procapitalistes et proaustérité, en présentant le résultat des grèves comme une immense victoire.

Les grèves ont commencé début mars, quand environ 3600 chargés de cours et enseignants à temps partiel à York et 6400 à l’Université de Toronto ont voté en faveur d’un débrayage pour rejeter les demandes de concession de leurs employeurs respectifs. Le SCFP (Syndicat canadien de la fonction publique) s’est mis au travail pour directement isoler et diviser les travailleurs en grève et s’assurer que leurs grèves n'allaient pas devenir le catalyseur d'une plus vaste opposition aux coupes sociales du gouvernement libéral de l’Ontario.

À l’Université de Toronto, le syndicat a forcé les grévistes à retourner au travail après une entente selon laquelle toutes les questions non résolues du contrat de travail devaient être déterminées par un arbitre nommé par le gouvernement libéral de Kathleen Wynne. À York, les représentants du SCFP ont utilisé les modestes concessions faites par l’administration afin de conclure un accord pour mettre fin à la grève. Même ses gains extrêmement limités ont été gagnés uniquement parce que les travailleurs s'étaient opposés à la tentative du SCFP d’imposer un contrat après une semaine de grève seulement. Néanmoins, les chargés de cours à York ainsi qu’à l’ Université de Toronto continueront de travailler pour des salaires de misère, avec un revenu 19.000 dollars par année, bien en dessous du maigre seuil de la pauvreté de l’Ontario.

Ceci n’a pas empêché La Riposte de s’enthousiasmer pour la supposée victoire qui avait été remportée. Dans un article publié alors que les travailleurs retournaient au travail, La Riposte déclarait, «Grèves aux universités de Toronto victorieuses: l’austérité peut être vaincue». Les travailleurs ont fait «des avancées importantes à la table de négociation» pavoisait-elle. Ceci prouve, dans les mots d’un article plus ancien de La Riposte, que les coupures et les concessions pouvaient être combattues avec succès à travers «une grève audacieuse et militante» sous la direction du SCFP.

Mais quand il a été temps de parler des détails du contrat, même La Riposte a eu de la difficulté à présenter le résultat de la grève de façon positive. À York, le maintien de l’indexation des frais de scolarité représente la continuation d’une mesure mise en place en 2001. À l’Université de Toronto, tous les supposés gains dépendent de la décision d’un arbitre qui doit être nommé par le gouvernement libéral provincial – un gouvernement qui met en œuvre des réductions dans les dépenses sociales et qui a à plusieurs reprises utilisé des lois spéciales pour briser des grèves afin d’imposer des reculs aux travailleurs du secteur public.

L’article de La Riposte prétend misérablement que, «en général, nous à La Riposte n’appuyons pas l’arbitrage exécutoire parce qu’il enlève le droit aux travailleurs de déterminer démocratiquement leur contrat final. Néanmoins, on doit dire que l’administration de l’Université de Toronto ne voulait pas prendre la voie de l’arbitrage exécutoire ni faire de concessions. On peut donc de toute évidence affirmer que les travailleurs de l’Université de Toronto retournent la tête haute, ayant remporté une victoire partielle et montré leur force.»

Il était prévisible que lorsque l’arbitre a dévoilé sa décision finale le mois dernier, toutes les demandes de l’administration de l’Université de Toronto étaient incluses dans le nouveau contrat.

Les cris de «victoire» de La Riposte servaient à obscurcir le fait que les syndicats avaient une fois de plus tout fait en leur pouvoir pour mettre fin à une lutte qui avait le potentiel de lancer une offensive de la classe ouvrière contre le programme d’austérité des gouvernements provincial libéral et fédéral conservateur. Le but principal du SCFP a été d’isoler et de rapidement mettre fin aux grèves afin de les empêcher de galvaniser une opposition parmi les travailleurs du secteur public contre le gel des salaires (le fameux mandat «zéro net») ainsi que parmi les étudiants et les travailleurs en général contre l’assaut sur l’éducation supérieure et les services publics.

Craignant le militantisme des grévistes, la direction nationale du SCFP a joué un rôle directeur pour mettre fin aux grèves et, avec l’appui actif des directions locales qui ont un discours plus militant, s'est assurée que les grèves allaient être menées séparément et confinées à la perspective de négociation collective la plus étroite.

La Riposte et l’appui des syndicats pour le gouvernement libéral de l’Ontario

Pendant les grèves, le rôle de La Riposte a été de renforcer l’autorité du SCFP et d’obscurcir le fait que les syndicats ontariens sont de proches alliés du gouvernement libéral provincial.

D’après La Riposte, les libéraux qui se présentaient comme des «progressistes» en préparation aux élections provinciales de juin 2014 «ont malheureusement conduit beaucoup de syndicats à faire l'erreur d'appeler à un vote stratégique pour les libéraux».

Quelle malhonnêteté! Les syndicats appuient les libéraux, qui forment le gouvernement de l’Ontario depuis 2003, depuis des années. Ceci inclut le transfert de millions de dollars pendant chaque élection depuis 1999 afin d'aider le financement de campagnes publicitaires prolibérales. Et les syndicats ont maintenu cet appui loyal durant les cinq dernières années, alors que les libéraux mettaient en œuvre d'importantes coupes budgétaires, sabrant les salaires des travailleurs du secteur public et criminalisant toute grève d’enseignants sous la loi 115, tout en réduisant davantage les impôts pour des entreprises.

L’ouverture des syndicats envers les libéraux propatronat représentait leur réaction calculée à la dernière vague de lutte de masse de la classe ouvrière en Ontario. Entre 1995 et 1997, des centaines de milliers de personnes ont participé à des protestations et des grèves de masse en opposition à la «révolution du bon sens» du premier ministre conservateur Mike Harris – un programme, inspiré par Thatcher, de profondes réductions des dépenses dans les services publics et l’assistance sociale, de privatisations, et de réductions d’impôts visant à enrichir les sections les plus privilégiées de la société.

Les bureaucrates syndicaux appréhendaient de plus en plus le militantisme du mouvement anti-Harris. D’abord, contrairement à ce qu’ils voulaient, une «journée d’actions» à Toronto a paralysé en partie le système de transports de la ville. Ensuite, en automne 1997, les syndicats ont étouffé une lutte d’enseignants qui était dirigée contre des réformes régressives en éducation qui avait trouvé un appui dans la population, parce que, comme l’ont franchement avoué plusieurs dirigeants syndicaux, Harris avait refusé de négocier et ils n’étaient pas prêts à remettre en cause son «droit de gouverner».

Peu après, de nombreux syndicats de l’Ontario ont formé la Coalition des familles ouvrières de l’Ontario, l’organisation à travers laquelle leur collaboration avec les libéraux a été consolidée.

Dès le début des grèves universitaires de cette année, l'objectif premier de La Riposte était de prévenir toute rupture de la part des travailleurs avec la bureaucratie syndicale. Parmi les slogans à la fin d’une déclaration de La Riposte se trouvait «Gardez le syndicat uni! N’abandonnez pas le SFCP 3902 pour vous battre seul!»

Bien qu’elle ne les nomme pas, la déclaration de La Riposte visait clairement le Parti de l’égalité socialiste et les Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale, les seules organisations qui sont intervenues dans la grève afin de l’armer d’une perspective socialiste.

Dans une déclaration du 16 mars, «Une stratégie socialiste pour vaincre l’austérité et défendre l’éducation», le PES et l’EJIES ont exhorté les chargés de cours en grève de se défaire de la camisole de force imposée à la grève par les syndicats et de lutter pour le développement d’une lutte politique de la classe ouvrière contre les mesures d’austérité des gouvernements fédéraux et provinciaux. Ceci nécessitait la formation de comités de grève indépendants en opposition aux syndicats et une orientation décisive vers les travailleurs à travers le Canada qui font face à un assaut similaire sur leurs emplois et conditions de travail. Les couches privilégiées de la classe moyenne vers lesquelles s’orientent des groupes de la pseudo-gauche comme La Riposte sont entièrement hostiles à un tel développement. De là provient leur défense explicite de la direction syndicale, sous le prétexte de préserver «l’unité» ainsi que leur rejet déterminé de toute initiative indépendante de la part des chargés de cours.

La Riposte: Fidèles partisans du NPD

La position de La Riposte sur la grève de l’Université de Toronto est typique de sa ligne politique.

Même si elle se présente comme une organisation socialiste, La Riposte est membre du NPD procapitaliste, qu’elle appelle un «parti des travailleurs», et est une faction dans ce parti. Le NPD tolère La Riposte dans ses rangs parce que le groupe offre une couverture de gauche grandement nécessaire pour les politiques de droite du NPD.

Dans son document de perspectives récemment publié en 2015, La Riposte a écrit que la montée du NPD en tant qu’opposition fédérale officielle en 2011 avait pris place à cause de «ses liens avec la classe ouvrière». Ils ont ensuite suggéré que la possibilité d'une rupture d'un gouvernement du NPD avec le capitalisme restait à déterminer!

De telles affirmations sont faites à un moment où les partis sociaux-démocrates dans le monde entier ont été transformés en complices de l’élite financière. Que ce soit le Parti travailliste en Grande-Bretagne, le Parti socialiste en France, le SPD en Allemagne, ou Pasok en Grèce, des masses de travailleurs sont hostiles à ces organisations, et avec raison, pour leur rôle dans l’imposition des diktats de l’aristocratie financière, incluant les sauvetages des banques à coût de milliards après la crise économique de 2008, l'imposition de programmes d’austérité et le lancement de guerres impérialistes au Moyen-Orient et ailleurs.

En Grande-Bretagne, les alliés de La Riposte continuent à affirmer que les travaillistes – le parti responsable de la participation de la Grande-Bretagne à l’invasion illégale de l’Irak, qui a donné des centaines de milliards à la ville de Londres et qui a intensifié l’assaut de Thatcher sur le Service de santé national et d’autres services publics – peut être poussé a lutter pour le socialisme.

Le NPD n’est pas moins hostile aux intérêts des travailleurs. Un instrument de la bureaucratie syndicale et d’autres couches privilégiées des classes moyennes, il est complètement soumis à l’élite capitaliste. C’est le NPD qui a ouvert la voie au gouvernement conservateur de Harris en imposant des réductions budgétaires et dans les salaires avec un «contrat social», tout en introduisant des augmentations régressives d’impôts et pour la première fois des programmes de travail obligatoire (workfare). Les coupes réalisées par le gouvernement néo-démocrate de la Saskatchewan dans les années 1990 sont toujours présentées par les représentants de la grande entreprise comme un exemple pour les autres gouvernements.

En 2008, le NPD a conclut une entente avec les libéraux au niveau fédéral pour établir une coalition visant à défaire le gouvernement conservateur de Harper, un développement qui a seulement été coupé court par la fermeture du parlement provoquée par Harper. Sous l’entente de coalition, le NPD s’engageait à faire de la «responsabilité fiscale» le premier principe du gouvernement, à mettre en oeuvre des réductions d’impôt pour les entreprises de 50 milliards $ et à faire la guerre en Afghanistan jusqu'en 2011.

De façon non tout aussi importante, le NPD s’est révélé un partisan convaincu de la politique étrangère plus agressive de l’impérialisme canadien. À commencer par son appui pour le bombardement de la Yougoslavie par l’OTAN en 1999, le NPD a appuyé une intervention militaire après l’autre, incluant la participation du Canada dans la guerre contre-insurrectionnelle en Afghanistan, le renversement du président haïtien Jean-Bertrand Aristide en 2004 et la guerre de «changement de régime» en Libye menée par l’OTAN en 2011.

Depuis qu’il est devenu l’opposition officielle aux élections de 2011, le NPD a viré encore plus à droite. Il a démontré une fois de plus son hostilité à toute opposition à l’austérité de la part de la classe ouvrière quand en 2012 il a refusé d’appuyer même verbalement la grève étudiante au Québec en offrant le pitoyable prétexte selon lequel il s’agissait d’une affaire provinciale. Même quand le gouvernement libéral du Québec a imposé la draconienne loi 78, qui criminalisait la grève et restreignait sévèrement le droit de manifester, le NPD a refusé de condamner le geste.

Avec la sélection de l’ancien ministre du cabinet libéral du Québec Thomas Mulcair en tant que dirigeant du parti en 2012, le NPD et ceux qui les soutiennent dans les syndicats ont encore une fois souligné que leur but est de former ou se joindre à un gouvernement de type libéral qui va employer une vague rhétorique progressiste pendant qu’il met en pratique le programme de l’élite dirigeante canadienne d’austérité et de guerre. Mulcair a à plusieurs reprises souligné sa volonté de former une coalition avec les libéraux après les élections fédérales d’octobre et a affirmé maintes fois qu'il s'opposait à toute hausse d'impôt, même pour les Canadiens les plus riches.

Le caractère frauduleux du caractère de «gauche» de La Riposte est d’autant plus exposé par leur appui explicite au chef du NPD en Ontario, Andrea Horwath, une représentante dirigeante de la droite du parti. En novembre dernier, lorsque le bilan a été fait de la direction de Horwath pendant la convention du parti, La Riposte a déclaré qu’ils la soutiendraient en tant que dirigeante si elle s’engageait verbalement à respecter quelques promesses de modestes réformes, telles qu’un salaire minimum de 15 $ et du financement additionnel pour les garderies.

Pour La Riposte, le fait que Horwath ait secrètement rencontré de hauts dirigeants d'entreprise avant l'élection du printemps afin de leur assurer que si le NPD formait le gouvernement, il éliminerait le déficit aux dépens des travailleurs, était sans conséquence. Tout comme le fait que sous Horwath, le NPD avait passé les deux années précédentes dans une coalition de facto avec les libéraux, permettant ainsi au gouvernement libéral minoritaire de mettre en oeuvre d'appliquer deux budgets d'austérité.

L'appui sans réserve de La Riposte pour le NPD n'a pas été moins franc en ce qui concerne la question de la montée du militarisme canadien. Suivant l'annonce du gouvernement conservateur selon laquelle les soldats et chasseurs des Forces spéciales seraient déployés dans la guerre en Irak contre l'État islamique en octobre dernier, La Riposte a loué la décision du NPD de voter contre au parlement comme une opposition de principe à la guerre.

Célébrant le chef du NPD Thomas Mulcair comme un adversaire efficace de la politique militariste du gouvernement Harper La Riposte a affirmé que, «Le NPD, étant la voix parlementaire du mouvement travailliste canadien, doit se positionner fermement contre toute intervention au Moyen-Orient, incluant les supposées interventions “sans combat” pour appuyer les efforts de guerre des alliés.»

Le vote du NPD était de nature purement tactique. Mulcair a proclamé à plusieurs reprises que le NPD appuyait les visées de la nouvelle guerre menée par les États-Unis au Moyen-Orient, c'est-à-dire de renforcer la domination des États-Unis dans la région du monde la plus importante en exportations pétrolières, et appuyait explicitement le but des États-Unis qui consiste à provoquer un changement de régime à Damas.

La Riposte et Syriza

L'hostilité irréconciliable de La Riposte envers l'émergence d'un parti politique de la classe ouvrière indépendant voué à un programme socialiste trouve son expression la plus explicite dans leur appui sans réserve pour Syriza en Grèce. Depuis son arrivée au pouvoir en janvier, Syriza a capitulé devant toutes les demandes de l'élite dirigeante européenne représentée par la troïka de l'Union européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne.

Célébré par les partis de la pseudo-gauche internationalement, incluant la Tendance marxiste internationale (TMI) à laquelle La Riposte est affiliée, Syriza a consciemment trahi les sentiments anti-austérité de millions de travailleurs grecs quand elle a signé une entente avec la troïka le 12 juillet, transformant essentiellement le pays en colonie du capitalisme européen et allemand.

Malgré cette misérable trahison, La Riposte a continué de prétendre que Syriza peut offrir une voie de l'avant. Dans un article de la TMI publié par La Riposte la journée après la trahison de Syriza, il était écrit que «Si les dirigeants de la Plateforme de gauche adoptaient un véritable programme socialiste et offraient une opposition claire au mémorandum, non pas qu'en paroles, mais par leurs actes, ils pourraient rallier l'opposition grandissante.»

Comme l'a expliqué le World Socialist Web Site, la Plateforme de gauche au sein de Syriza essaye désespérément de se présenter comme un adversaire des mesures d'austérité, pour mieux prévenir une rupture politique et organisationnelle décisive avec ce parti bourgeois corrompu et l'établissement d'un parti de la classe ouvrière indépendant fondé sur un programme socialiste.

Le développement d'un mouvement socialiste de la classe ouvrière politiquement indépendant, qui est une nécessité urgente dans les conditions d'une crise capitaliste qui s'approfondit et la montée du militarisme, peut seulement avoir lieu à travers une lutte politique implacable pour exposer les tendances de la pseudo-gauche telles que La Riposte. Les travailleurs qui sont à la recherche d'une façon d'empêcher l'assaut incessant sur leurs emplois et leur niveau de vie, et de s'opposer au militarisme et au danger de guerre, doivent prendre la décision d'adhérer au mouvement du Parti de l'égalité socialiste et d'aider à le construire en tant que section canadienne du Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article paru en anglais le 30 juillet 2015)