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Un an depuis la mort de Michael Brown

Par Andre Damon
10 août 2015

Ce dimanche 9 août était le premier anniversaire de la mort de Michael Brown, un adolescent noir ne portant pas d’arme, abattu de sang froid par un policier, à Ferguson, Missouri. La répression de manifestants pacifiques et la mise en place de conditions semblables à la loi martiale qui ont suivi ont créé un précédent pour l'utilisation de la police militarisée et de la Garde nationale afin d’intimider et de réprimer l'opposition sociale aux États-Unis.

Le 9 août 2014, vers midi, Michael Brown rentrait chez lui à pied après être sorti d’une supérette à Ferguson, une banlieue de Saint-Louis, lorsqu’il a été arrêté par l’agent de police Darren Wilson qui lui a ordonné de dégager de la rue. Des témoins ont dit que Wilson avait tenté de saisir Brown et de le tirer dans sa voiture de police. Brown s’est enfui et puis il a été abattu.

La majorité des témoins cités dans un rapport ultérieur du gouvernement fédéral ont déclaré que Brown s’était retourné et avait levé les mains, à quelque distance de Wilson, après avoir été blessé par une première salve tirée par l’agent. Wilson a alors recommencé à tirer, une balle mortelle, tirée de haut en bas, touchant Brown au sommet du crâne.

Le meurtre de Brown a déclenché une série de manifestations nocturnes à Ferguson auxquelles ont participé des milliers de personnes. La police y a répondu par une énorme démonstration de la violence militarisée: des équipes SWAT en tenue de combat, dans des véhicules blindés et portant des fusils d'assaut chargés ont tiré sur les manifestants balles en caoutchouc et gaz lacrymogènes et effectué des arrestations en masse. La presse fut, en particulier, ciblée: plus d'une dizaine de journalistes furent arrêtés.

Au même moment où l'administration Obama jouait la sympathie pour les victimes de la violence policière elle aidait à coordonner la répression contre les manifestants et s’apprêtait à étouffer l’enquête sur le meurtre de Brown.

Un peu plus d'une semaine après le meurtre de Brown, le gouverneur démocrate du Missouri, Jay Nixon, mobilisait la Garde nationale. La police dit aux manifestants qu'ils n’étaient pas autorisés à se tenir immobiles sur les lieux de protestations, ce qui, selon le jugement ultérieur d’un juge fédéral, constituait une violation du Premier Amendement de la Constitution. Le précédent créé à Ferguson fut réutilisé au mois de mai; la Garde nationale fut mobilisée contre les manifestations qui ont suivi la mort de Freddie Gray à Baltimore, Maryland.

Trois mois après la mort de Brown, Nixon a de nouveau décrété un état ​​d'urgence préventif et mobilisé la Garde nationale avant le verdict du grand jury sur la question d’inculper ou non Wilson. Une semaine plus tard, le 25 novembre, le procureur de St. Louis, Robert P. McCulloch annonçait que le grand jury n’inculperait pas le policier. Des révélations des médias ont par la suite confirmé le soupçon largement partagé dans la population que la procédure du grand jury avait été une parodie de justice et avait inclus des témoignages que le procureur savait être des parjures.

En mars cette année, l'administration Obama a approuvé la procédure frauduleuse du grand jury en ne portant pas de charges contre Wilson sur la base des droits civiques fédéraux. Le rapport du ministère de la Justice sur le meurtre affirma que la plupart des témoins ayant dit que Brown essayait de se rendre n’étaient pas dignes de confiance, tandis que la minorité approuvant la version très suspecte, produite par Wilson, des circonstances du meurtre de Brown, était « crédible ».

Simultanément à la décision de ne pas porter de charges contre Wilson, le ministère de la Justice a publié un rapport détaillant la criminalité généralisée et systématique de la police de Ferguson. Le rapport a révélé une force de police qui tabassait et tuait régulièrement les gens sans motif et finançait les opérations de la ville sur la base de pratiques abusives et illégales de recouvrement de dette ressemblant à l’emprisonnement pour dettes. Personne n'a été inculpé pour les délits graves d’abus de pouvoir révélés par le rapport.

Cela parachevait la réponse officielle à la mort de Michael Brown: l’enquête sur le meurtre était étouffée alors que les fonctionnaires responsables des plus flagrantes violations de la Constitution restaient impunis. Le message était clair: les policiers qui commettent des meurtres et d'autres crimes jouissent de l’impunité. La chasse aux jeunes de la classe ouvrière était ouverte.

Les forces de police ont compris le message. Depuis la mort de Michael Brown, plus de 1.100 personnes ont été tuées par la police aux Etats-Unis. Seul un nombre infime parmi les policiers impliqués dans ces meurtres ont été inculpés d’un délit quelconque et moins encore ont été condamnés.

Depuis, l'administration Obama a refusé de limiter, de quelque façon significative que ce soit, ses programmes de militarisation des forces locales de police. Celles-ci ont déjà reçu des milliards de dollars en matériel militaire, dont des véhicules blindés et des mitrailleuses. On a poursuivi et intensifié la militarisation de la police.

Le meurtre de Michael Brown par la police et le règne continu et horrifiant de violence policière illustrent l'énorme fossé existant entre les classes en Amérique. Sept ans après la crise économique de 2008, l'inégalité sociale y est plus élevée que jamais. L'appareil politique est dominé par une aristocratie financière corrompue et parasitaire qui répond à tout signe de troubles sociaux par la violence et la répression.

Dans les milieux officiels, et cela inclut les partisans de la politique identitaire qui gravitent autour du Parti démocrate, le meurtre de Brown et les autres cas de brutalité policière sont présentés comme une question purement ethnique. C’est là une fraude politique. En fait, quel que soit le rôle que peut jouer le racisme dans l'une ou l'autre de ces atrocités, la violence policière vise les travailleurs et les jeunes de toutes les races, alors que l'appareil d'Etat dans de nombreuses villes où les assassinats policiers sont routine, est dirigé lui, par des politiciens afro-américains.

Le règne permanent de violence policière, qui fait en moyenne trois victimes par jour, est le produit nocif de la guerre sans fin à l'étranger et de l’explosion des inégalités sociales à l’intérieur du pays. On utilise de plus en plus contre la population des États-Unis les méthodes expérimentées pendant l'occupation militaire de l'Irak et dans les opérations paramilitaires d’escadrons de la mort dans le monde entier. Les forces de police, intégrées à l'appareil militaire et du renseignement et équipées de matériel militaire, sont entraînées et encouragés à penser comme une armée d'occupation, dirigée par un président à qui il plait d’autoriser des assassinats par drones.

L'occupation militaro-policière de Ferguson a révélé au monde entier que derrière les signes extérieurs de la démocratie on a créé aux Etats-Unis les bases d'un Etat policier. C’est là une des manifestations de la décadence et de la crise profondes du capitalisme américain.

(Article original paru le 8 août 2015)