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Secteur public québécois: les syndicats parlent de grève, mais préparent la capitulation

Par Laurent Lafrance
7 août 2015

Le Front commun syndical a annoncé qu’il allait intensifier dans les prochaines semaines ses négociations avec le gouvernement libéral provincial pour le renouvellement des conventions collectives dans le secteur public québécois, échues depuis le 31 mars.

Ce sont des négociations bidon. L'objectif commun du gouvernement et des syndicats est de bloquer toute action indépendante de la part du demi-million de travailleurs du secteur public. Le gouvernement de Philippe Couillard a indiqué à maintes reprises qu’il ne reculerait pas d’un iota sur ses offres draconiennes, y compris un gel salarial de deux ans, la hausse de l'âge de la retraite, la baisse des pensions, des coupures de postes et l’augmentation de la charge de travail.

Les syndicats font tout pour limiter les travailleurs à des gestes de pression, priant le gouvernement de négocier «de bonne foi». Ils espèrent ainsi éviter toute confrontation, terrifiés par l'idée d’une grève cet automne dans le secteur public qui pourrait déclencher une vaste contre-offensive de toute la classe ouvrière contre le démantèlement des services publics.

La vague de compressions budgétaires du gouvernement Couillard a toutefois provoqué une telle colère populaire que les bureaucrates syndicaux ont dû chercher à obtenir des mandats de grève auprès de leurs membres. Déclarant qu'on «ne règlera pas à ce prix-là», le président de la Fédération des travailleurs du Québec, Daniel Boyer, a fait savoir que la grève apparaît «à peu près inévitable».

Mais aucun travailleur ne devrait être dupe. Si les syndicats se voient forcés d’organiser des actions de débrayage cet automne sous la pression de la base, il s’agira d’actions futiles visant à évacuer la colère des membres par des appels adressés à la classe dirigeante. Ça n'aura rien à voir avec une mobilisation indépendante des travailleurs contre les mesures d'austérité poursuivies non seulement par le gouvernement Couillard au Québec, mais par tous les paliers de gouvernement à travers le Canada et à l'échelle internationale.

La bureaucratie syndicale cherche à endormir les travailleurs en passant sous silence le fait qu'une confrontation est inévitable et doit être politiquement préparée. Le gouvernement a signalé qu’il ne tolérerait aucune opposition à son programme de droite et qu’il est prêt à utiliser tout l’appareil répressif de l’État pour ce faire, à commencer par une loi spéciale.

Au cours des dernières années, de nombreuses lois anti-ouvrières ont été adoptées par les gouvernements péquistes et libéraux, y compris celles entourant les services essentiels qui permettent au gouvernement d’imposer de sévères amendes aux syndicats qui défient la loi et de retirer aux travailleurs une année d’ancienneté par jour de grève illégale.

Mais loin de préparer les travailleurs à la nouvelle loi spéciale qui suivra inévitablement un mouvement de débrayage, les syndicats prévoient invoquer une telle loi, comme ils l’ont fait à maintes reprises par le passé, pour justifier leur capitulation. Rejetant toute possibilité de faire appel au sentiment généralisé de colère contre l'austérité capitaliste, ils vont prétendre qu'il n'y a rien à faire devant une loi spéciale que de rentrer au travail.

Au même moment, les chefs syndicaux ont réaffirmé leur soutien au parti de la grande entreprise et de l'austérité capitaliste qu'est le Parti québécois, maintenant dirigé par le richissime magnat de presse et très à droite Pierre-Karl Péladeau.

Depuis des décennies, les syndicats collaborent avec l’élite dirigeante afin d’imposer les diktats de la grande entreprise en isolant et torpillant une lutte ouvrière après l’autre. Au Québec, cette collaboration a pris la forme, à partir de la fin des années 1960, d’un soutien au PQ qui représente les intérêts d'une section de la classe dirigeante québécoise.

Les compressions actuelles exigées par la grande entreprise touchent non seulement les employés de l’État, mais l’ensemble des travailleurs, qui sont les principaux utilisateurs des services publics et des programmes sociaux. De plus, les coupures de salaires et d’emplois au public ouvriront la voie à des mesures équivalentes ou pires dans le secteur privé. Le démantèlement des services publics au Québec aura aussi comme effet d’encourager les gouvernements provinciaux et le fédéral d’aller de l’avant avec leur propre programme de coupures sociales.

De telles mesures exigent de plus en plus le recours à des méthodes anti-démocratiques. Pour avoir une idée de la façon dont le gouvernement Couillard se prépare à réagir à un mouvement d’opposition de la classe ouvrière, il suffit de se rappeler comment il a intimidé et criminalisé les étudiants lors des grèves de 2012 et 2015. Le printemps dernier, dans un geste sans précédent, le premier ministre Couillard est allé jusqu’à contacter directement le recteur de l’Université du Québec à Montréal pour l’exhorter à recourir à la police pour attaquer des étudiants qui manifestaient à l’intérieur de l’établissement.

Si le gouvernement a été en mesure de briser la grève étudiante anti-austérité de 2015, c’est grâce aux syndicats, qui ont refusé de mobiliser leurs membres en défense des étudiants. De la même manière, l’expérience récente de la lutte des employés municipaux contre les coupures dans les pensions démontre le rôle traître joué par la bureaucratie syndicale. Malgré la vive opposition qui existait parmi les travailleurs au projet de loi 3, les syndicats ont isolé leurs membres des autres travailleurs qui faisaient face à des attaques similaires, limitant les travailleurs à des gestes de protestation et mettant un terme à toute action une fois la loi adoptée.

Les mesures d’austérité auxquelles font face les travailleurs québécois sont essentiellement les mêmes que confrontent les travailleurs à travers le Canada, les États-Unis et le reste du monde. Partout les élites répondent à la crise du système capitaliste en opérant un vaste transfert des richesses sociales vers une minorité de super-riches et en intensifiant l’assaut sur les acquis de la classe ouvrière.

La lutte contre l'austérité capitaliste et les lois spéciales anti-ouvrières ne peut aller de l'avant par la voie de la négociation. Les travailleurs du secteur public font face à une lutte politique. Ils doivent faire de leur lutte le coup d'envoi d'une contre-offensive de toute la classe ouvrière pour la défense des emplois, des salaires et des services publics.

Cela requiert avant tout une rupture organisationnelle et politique avec les syndicats pro-nationalistes et pro-capitalistes qui bloquent tout mouvement indépendant de la classe ouvrière. Les travailleurs du secteur public doivent se tourner consciemment vers leurs frères et sœurs de classe de tout le Canada.

Il faut bâtir des comités de lutte indépendants de la bureaucratie syndicale afin de mobiliser la force sociale des travailleurs contre les coupes budgétaires et la batterie de lois anti-syndicales. Une telle mobilisation doit faire partie de la lutte pour un gouvernement ouvrier qui résoudra la crise économique aux dépens de la grande entreprise, en utilisant les vastes ressources disponibles pour répondre aux besoins sociaux criants au lieu d'enrichir une minorité.