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L'United National Party proaméricain formera un gouvernement au Sri Lanka

Par Saman Gunadasa
20 août 2015

Dans l'élection générale lundi au Sri Lanka, le Parti national uni (UNP) et ses alliés ont remporté 106 sièges dans la campagne âprement disputée, mais il leur manque sept sièges pour avoir une majorité absolue au parlement de 225 sièges. Le groupement rival, la United People's Freedom Alliance (UPFA, Alliance unie populaire de la liberté ), dirigée par le Sri Lanka Freedom Party (SLFP, le Parti de la liberté du Sri Lanka), a obtenu 95 sièges.

Même si l'UNP forme un gouvernement avec le soutien d'autres partis plus petits, l'agitation politique à Colombo continuera. L'ancien président Mahinda Rajapakse, qui a été évincé par Maithripala Sirisena à l'élection présidentielle en janvier, a maintenant un siège au Parlement et jouit d'un soutien important au sein du SLFP et de l'UPFA.

Des différends aigus sur l'orientation de la politique étrangère divisent les cercles dirigeants. Sirisena, qui avait été membre du conseil de ministres de Rajapakse, a remporté l'élection en janvier avec l'appui de l'UNP et de Washington, dans le cadre de son «pivot vers l'Asie » des Etats-Unis contre la Chine. Washington était hostiles aux liens étroits entre Rajapakse et Pékin.

L'élection au Sri Lanka a été suivi de près par la presse internationale, sur fond de craintes à Washington et à New Delhi que Rajapakse ne reprenne son poste de Premier ministre. Même avant la formation d'un gouvernement, le premier ministre indien Narendra Modi a téléphoné au dirigeant de l'UNP, Ranil Wickremesinghe pour le féliciter du résultat.

Le New York Times a salué le résultat et ses « ramifications géopolitiques importantes », ajoutant : « En tant que président, M. Rajapakse a agressivement courtisé la Chine, et noué des liens économiques et militaires qui ont alarmé l'Inde et les États-Unis. Ni l'un ni l'autre ne veut que la Chine ait une plus grande présence dans une île stratégiquement située le long des routes maritimes entre la baie de Bengale et la mer d'Oman. MM. Sirisena et Wickremesinghe ont mis cette opération de charme en pause, affirmant que les relations avec la Chine ont besoin d'être 'rééquilibrées' ».

Le vote lundi était bien plus serré que ce que l'UNP, Sirisena et Washington avaient espéré. L'United National Front for Good Governance (UNFGG, Front uni national pour la bonne gouvernance) conduit par l'UNP a reçu un peu plus de 5 millions votes (45,7 pour cent), à comparer avec 4,7 millions de votes pour l'UPFA.

Le chef de l'UNP, Ranil Wickremesinghe, nommé premier ministre par Sirisena en janvier, a revendiqué « un mandat pour la bonne gouvernance et une politique basée sur le consensus ». Il a entamé des discussions avec le président sur la formation d'un gouvernement et a été assermenté comme premier ministre hier.

L'UNP cherchera l'aide de Sirisena pour obtenir le soutien de ses partisans au sein du SLFP. Bien qu'il se soit présenté contre Rajapakse en janvier, Sirisena reste membre du SLFP et détient les postes puissants de président du SLFP et de l'UPFA. Il a mené une purge vendredi dernier des partisans de Rajapakse, en limogeant les secrétaires généraux du SLFP et de l'UPFA et en licenciant 13 membres du Comité central du SLFP lundi.

Wickremesinghe devra donc se tourner vers l'Alliance nationale tamoule (TNA), qui a remporté 16 sièges. Dans un bref commentaire hier, R. Sambandan, le dirigeant de la TNA, a dit qu'il aimerait soutenir le gouvernement pour faire avancer le «mandat» du président Sirisena.

Après la défaite des séparatistes du LTTE (Tigres de libération de l'Îlam tamoul) en 2009, la TNA a fait pression pour une «solution politique» à la guerre civile sri lankaise, sous forme d'un accord de partage du pouvoir avec Colombo. Son manifeste électoral a appelé à un « Sri Lanka fédéral » et une plus grande dévolution des pouvoirs aux conseils provinciaux.

Cependant, un accord avec la TNA créera des tensions dans la UNFGG, qui comprend le Jathika Hela Urumaya (JHU), une formation d'extrémistes chauvins cingalais, profondément hostiles à toute concession aux élites tamoules et musulmanes. L' UNFGG inclut aussi le Sri Lanka Muslim Congress (SLMC, Congrès musulman du Sri Lanka) communautariste et la Tamil Progressive Alliance (TPA, Alliance progressiste tamoule), ce qui aggrave son instabilité.

Rajapakse a concédé la défaite et a indiqué qu'il chercherait à diriger l'opposition parlementaire et à « soutenir les bonnes politiques [du gouvernement] et à s'opposer aux mauvaises.» Sa campagne dépend de l'incitation au communautarisme cingalais pour «sauver la patrie» d'une éventuelle résurgence du LTTE «terroriste».

Rajapakse sauterait sans aucun doute sur un accord entre l'UNP et la TNA pour accuser le gouvernement de diviser le pays et d'atteinte à la sécurité nationale, cherchaint ainsi à détourner les tensions sociales vers des divisions communautaires réactionnaires.

Comme la TNA, le Janatha Vimukthi Peramuna (JVP) a aussi indiqué qu'il compte soutenir le gouvernement UNP. La TNA et le JVP avaient des représentants sur le Conseil exécutif national nommé en janvier comme organe consultatif du gouvernement afin de consolider le soutien pour le gouvernement précédent minoritaire conduit par l'UNP.

Le JVP a obtenu 544.000 votes à l'échelle nationale et six sièges, deux de plus qu'avant. Lors d'une conférence de presse hier, son chef Anura Kumara Dissanayake a déclaré que le parti resterait dans l'opposition et ne soutiendrait pas le parti majoritaire. En même temps, il a insisté que le JVP ne soutiendrait pas des tentatives par d'autres pour « renverser le gouvernement ». C'était une déclaration voilée de soutien pour l'UNP.

Dans sa déclaration de « victoire » hier, Wickremesinghe a déclaré: «Nous devons nous unir comme une famille pour créer une nouvelle culture politique dans ce pays ... La majorité de ce pays a voté pour consolider les acquis de la révolution du 8 janvier et pour faire avancer les politiques de bonne gouvernance et de consensus ".

La référence à la "révolution" de janvier est une imposture. Lors de l'élection présidentielle, l'UNP s'est appuyé sur une foule de groupes universitaires et professionnels aisés, des syndicats, d'ONG, et, surtout, de groupes de pseudo-gauche comme le Nava Sama Samaja Party et le Parti socialiste uni pour peindre Sirisena dans des couleurs vives "démocratiques". Sirisena et Wickremesinghe sont des politiciens bourgeois de droite avec une longue histoire d'implication dans des crimes contre les travailleurs.

Le nouveau gouvernement UNP sera tout aussi impitoyable face à ses rivaux et à la classe ouvrière, que le régime autocratique de Rajapakse. Il a déjà lancé des procès pour fraude contre d'anciens ministres et hauts responsables de l'Etat pour asséner de nouveaux coups contre Rajapakse et ses partisans. Pendant la dernière semaine de la campagne électorale, la police a intensifié ses enquêtes sur des allégations que la famille de Rajapakse était impliquée dans l'assassinat en 2012 de Wasim Thajudeen, un membre de l'équipe nationale de rugby.

Le gouvernement renforcera ses liens avec Washinghgon et ses alliés, ainsi que l'assaut austéritaire sur la classe ouvrière exigé par le capital financier international. L'enthousiasme des capitalistes pour l'UNP est démontrée par le fait que la bourse a atteint son plus haut niveau depuis sept mois le jour du scrutin. En même temps, un effondrement de la roupie contre le dollar américain indique une crise imminente de la balance de paiements et une nouvelle série d'attaques sur les emplois et les conditions de vie.

Le Parti de l'égalité socialiste (PES) a mené une campagne ambitieuse présentant 43 candidats dans trois circonscriptions. C'était le seul parti à se battre pour un programme indépendant pour la classe ouvrière contre toutes les factions de la bourgeoisie afin de forger un gouvernement ouvrier et paysan au Sri Lanka dans le cadre des Etats-Unis socialistes d'Asie du Sud.

Face à la concurrence de 21 partis enregistrés et 201 groupes indépendants, les 321 votes pour le PES étaient une réponse petite mais importante d'une couche de travailleurs et de jeunes politiquement conscients. Nous écrirons séparément sur l'importance de la campagne électorale du PES et des votes qu'il a reçus.

(Article paru en anglais le 19 août 2015)