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Le renseignement français réfute les allégations de l'OTAN que la Russie veut envahir l'Ukraine

Par Stéphane Hugues
15 avril 2015

Les allégations américaines et européennes selon lesquelles la Russie menace d'envahir l'Ukraine se fondent sur de fausses informations fournies à l'OTAN par Washington et que contredisent les informations détenues par le renseignement français.

Ceci ressort d'une intervention publique en mars à l'Assemblée Nationale du chef du renseignement militaire, le général Christophe Gomart. Pendant plusieurs semaines, la presse française, européenne, et américaine ont étouffé ses propos. Ce n'est qu'en Russie qu'ils ont finalement attiré l'attention de la presse et été rapportés par Russia Today et Sputnik News.

Gomart s’adressait à la Commission de la défense nationale et des forces armées qui discutait du nouveau projet de loi draconien légalisant une surveillance hertzienne généralisée en France comme celle organisée par la NSA aux Etats-Unis et révélée par Edward Snowden. Il cherchait, en particulier, à obtenir une augmentation des crédits dont dispose la Direction du renseignement militaire (DRM).

Sur une question du député Frédéric Lefebvre sur les relations avec l'OTAN, Gomart a dit: « La vraie difficulté avec l’OTAN, c’est que le renseignement américain y est prépondérant, tandis que le renseignement français y est plus ou moins pris en compte – d’où l’importance pour nous d’alimenter suffisamment les commanders de l’OTAN en renseignements d’origine française ».

Selon Gomart, les mises en garde de l'OTAN quant à l'imminence d'une invasion russe de l'Ukraine étaient des mensonges: « L’OTAN avait annoncé que les Russes allaient envahir l’Ukraine alors que, selon les renseignements de la DRM, rien ne venait étayer cette hypothèse – nous avions en effet constaté que les Russes n’avaient pas déployé de commandement ni de moyens logistiques, notamment d’hôpitaux de campagne, permettant d’envisager une invasion militaire et les unités de deuxième échelon n’avaient effectué aucun mouvement. La suite a montré que nous avions raison car, si des soldats russes ont effectivement été vus en Ukraine, il s’agissait plus d’une manœuvre destinée à faire pression sur le président ukrainien Porochenko que d’une tentative d’invasion ».

En réponse à une question de la députée Edith Gueugneau sur la coopération européenne, Gomart a indiqué qu'il existait de fortes tensions entre les pays de l'OTAN à propos de l'Ukraine: « La coopération avec les pays d’Europe occidentale est bonne. La DRM participe à deux forums, dont l’un réunissant régulièrement les pays de l’OTAN autour de divers sujets. Je me souviens que lors de l’un de ces forums, on a cherché à nous forcer la main au sujet de l’Ukraine. Cela montre bien l’importance de disposer de renseignements concrets et factuels : de ce point de vue, la France dispose des moyens lui permettant d’apprécier les situations et de faire valoir son point de vue ».

Malgré l'ambiguïté voulue des remarques de Gomart, elles ont un contenu remarquable. Les députés, comprenant sans doutes les limites à l'intérieur desquelles leur curiosité était censée s'exercer, ne lui ont pas demandé qui avait « cherché à nous forcer la main », ou ce qu’on voulait faire.

Cependant, il semble que de fausses informations fournies largement par Washington ont servi à pousser l'OTAN à se préparer à une invasion imaginaire de l'Ukraine par la Russie – donc, à l'imposition d'un état d'alerte des forces de l'OTAN dans toute l'Europe. Les risques posés à l'humanité par une telle politique irresponsable et criminelle, risquant de déclencher une guerre totale et donc nucléaire entre la Russie et l'OTAN, sont incalculables.

Philippe Migault, un expert de l'Europe de l'Est à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques, a apporté son soutien au rapport de Gomart. « On ne trompera pas la France. La France a ses propres sources d'information, et nous connaissons l'explication de ce qui se passe en Ukraine », a-t-il dit à Sputnik News.

Les remarques de Gomart et de Migault soulignent le caractère frauduleux de la campagne guerrière de l'OTAN contre la Russie. Depuis qu'un putsch pro-occidental dirigé par des fascistes à Kiev a provoqué une guerre civile en Ukraine, l'administration Obama et l'élite dirigeante européenne ont lancé une propagande hystérique pour dénoncer la Russie en tant que menace à l'ordre mondial.

Washington a mené une campagne de sanctions économiques destinées entre autre à couper la Russie de la finance mondiale, tout en organisant des exercices militaires provocateurs tout le long de la frontière occidentale de la Russie – dans les républiques baltes, en Pologne, en Bulgarie, et en Mer noire.

Les grandes puissances impérialistes européennes savaient que cette propagande était frauduleuse, mais ils l'ont soutenue à leurs propres fins. Berlin a exploité la crise ukrainienne pour déclarer la fin de la politique de retenue militaire de l'Allemagne adoptée après la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la chute du régime nazi. Berlin a augmenté de huit milliards d'euros son budget militaire, et la chancelière Angela Merkel travaille à mettre sur pied une armée européenne en collaboration avec le président français François Hollande.

Le passage sous silence en France de remarques faites publiquement à l'Assemblée souligne en particulier la duplicité des milieux politico-médiatiques français et leur participation à l'hystérie antirusse. Ils ne voulaient pas attirer l'attention sur les remarques de Gomart, ensevelies dans les comptes-rendus de l'Assemblée. Pour le moment, les médias français n'ont pas non plus évoqué les articles russes écrits à ce sujet.

La situation à laquelle est confronté le prolétariat international est sans précédent depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale ou les crises nucléaires les plus dangereuses de la Guerre froide.

A l'insu de la population française et mondiale et sur la base de mensonges l'OTAN dirige le monde vers une guerre avec la Russie. Les gouvernements de l'OTAN ont collectivement adopté le type de tactique criminelle dont s’était servi à l'administration Bush pour lancer sa guerre en Irak, s’appuyant sur des mensonges à propos d'armes de destruction massive qui se sont avérées inexistantes. L'invasion de l'Irak et la guerre civile qui l'ont suivie ont coûté plus d'un million de vies, mais ce massacre serait de loin dépassé par les pertes causées par une guerre totale entre l'OTAN et la Russie.

La menace d'une guerre avec la Russie fait aussi monter les tensions entre les puissances impérialistes au sein de l'OTAN. Avant les commentaires caustiques de Gomart et de Migault sur l'OTAN et Washington, Hollande avait brièvement averti en février, avant les pourparlers pour stopper la guerre en Ukraine de l'est, que l'OTAN pourrait se trouver dans une guerre « totale » avec la Russie. La politique moins agressive de l'Europe vis-à-vis de la Russie provoque déjà des commentaires acerbes dans la presse américaine.

Dans un article intitulé, « L'Amérique va perdre patience avec les apaisements européens », Robert Kaplan du Centre pour une Nouvelle Sécurité Américaine a dénoncé l'Europe pour son manque d'agressivité contre la Russie.

Menaçant l'Europe d'un revirement soudain de l'opinion des milieux diplomatiques américains si l'Europe ne modifiait pas sa politique, il a écrit: « Le bouclier de sécurité américain ne sera pas toujours là. Le prétendu manque d'enthousiasme de Barack Obama pour une confrontation avec M. Poutine pourrait refléter moins sa politique étrangère qu'une évolution de l'opinion américaine. Pourquoi l'Amérique devrait-elle défendre un continent qui ne va pas se défendre »?