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La Garde nationale déployée à Baltimore après l’éruption de colère contre un meurtre policier

Par Jerry White
29 avril 2015

Le gouverneur du Maryland, Larry Hogan, a déclaré l'état d'urgence à Baltimore et a requis l’envoi de 5000 soldats de la Garde nationale lundi soir, après l’éruption de colère populaire contre la violence policière et la pauvreté ayant eu lieu dans cette ville. Baltimore, qui compte 620.000 habitants, n’est située qu’à 65 kilomètres (40 miles) de la capitale américaine Washington, DC.

Des centaines de lycéens sont sortis dans la rue lundi et y ont rejoint les actions de protestation contre le meurtre par la police de Freddie Gray, 25 ans, décédé le 19 avril après avoir subi des blessures mortelles de la colonne vertébrale aux mains de la police. L'homme, qui ne portait pas d’arme, a été arrêté le 12 avril pour avoir établi un contact visuel avec un agent de police et s’être enfui. Après avoir été plaqué par six officiers, jeté dans un fourgon de police et privé d’aide médicale, Gray est tombé dans le coma et a succombé une semaine plus tard.

La colère des jeunes et d'autres habitants de la ville a explosé à la suite de l'enterrement de Gray, qui avait eu lieu plus tôt dans la journée.

Annonçant l'état d'urgence, le gouverneur Hogan, un républicain, a déclaré qu'il avait parlé avec le président Obama et que celui-ci avait fermement appuyé le déploiement de troupes et s’était dit d’accord sur le fait que « nous avons absolument besoin de prendre le contrôle de nos rues ».

Plus tôt dans la soirée, Stephanie Rawlings-Blake, la maire afro-américaine démocrate de Baltimore, a dénoncé les manifestants, les traitants de « voyous qui ne veulent qu’inciter à la violence et à détruire la ville ». Elle a promis que les enregistrements vidéo de la police et des médias seraient examinés et que les responsables de la violence auraient « à rendre des comptes ».

Rawlings-Blake a dit qu'elle avait requis le déploiement de la Garde nationale et a annoncé un couvre-feu pour l’ensemble de la ville entre 22 heures et 5 heures, à partir de mardi.

Le président du conseil municipal de la ville, Jack Young a ajouté: « Ce sont des voyous qui saisissent l'occasion pour montrer colère et méfiance à l’égard de la police ».

Le langage incendiaire de Rawlings-Blake et de Young, repris par pratiquement tous les responsables au niveau local et de l'État ayant parlé à la presse, révèle l'immense fossé qui sépare l'élite privilégiée de la ville, noire et blanche, de la masse des jeunes et des travailleurs. Ces remarques montrent clairement que les actes meurtriers de la police sont l’expression de la haine et du mépris ressentis à l’égard de la classe ouvrière par tout l'establishment politique de la ville.

Les actions de protestation ont commencé à quelques pâtés de maisons de l'église de West Baltimore où avait eu lieu plus tôt l'enterrement de Gray. Dans des scènes qui rappellent le verrouillage de Ferguson, Missouri, l'année dernière, une police militarisée portant des boucliers anti-émeute et ayant l’appui tactique de véhicules blindés et d’hélicoptères, a tiré balles en caoutchouc et gaz lacrymogènes sur les jeunes qui ont répondu par des pierres et des bâtons.

Des phalanges de policiers anti-émeute bloquaient les rues et les carrefours des quartiers ouvriers appauvris de la ville.

Les médias locaux et nationaux se sont emparés de certains dégâts matériels pour stigmatiser les manifestants, les qualifiant de « pillards » et d’« émeutiers violents », et ont exigé une répression plus sévère encore. « L’expert juridique » de la chaîne CNN, Jeffrey Toobin, a dénoncé une réponse « incompétente » de la maire et du chef de la police. « Heure après heure, ils ont permis au pillage de continuer de manière incontrôlée, sans aucune présence policière », s’est-il plaint. Le journaliste de la CNN Don Lemon insista pour dire que la leçon de Ferguson était que la Garde nationale ne pouvait pas rester en retrait, mais qu’elle devait prendre le contrôle de la rue.

Les émissions d’actualités se sont invariablement attardées sur les blessures subies par des policiers, mais pas sur celles infligées aux manifestants par les tirs de balles de poivre et de gaz lacrymogènes ou par les coups de matraques de la police. Trente personnes au moins avaient été arrêtées dès lundi soir.

La présence à l'enterrement de responsables peu importants de l'administration Obama et de personnalités discréditées tels que Jesse Jackson, qui ont promis une énième enquête du ministère de la Justice, n'a pas pu empêcher l'explosion de l'opposition sociale.

La brutalité policière en a été le catalyseur immédiat, mais la colère populaire était alimentée par des causes plus profondes, avant tout une pauvreté et une inégalité sociale profondément enracinées.

Après des décennies de désindustrialisation, dont la démolition des aciéries et des usines automobiles, les conditions de vie sont pour la majorité des jeunes à égalité avec celles des pays du Tiers-monde ou même pires. Une étude sur les adolescents des quartiers à faible revenu, menée par l'Ecole de santé publique Johns Hopkins Bloomberg, a constaté que les jeunes de Baltimore s’en tiraient moins bien en matière de problèmes de santé mentale, de toxicomanie, de violence sexuelle et de grossesses chez les adolescentes, que leurs homologues du Nigeria.

Alors que certains districts de Baltimore ont été embourgeoisés au profit de l'élite riche qui gère la ville, l'administration contrôlée par le Parti démocrate prend des mesures d'austérité contre la majorité des habitants de la ville. Le mois dernier, les habitants ont protesté contre la décision de la ville de commencer à couper l'eau à des milliers de ménages en retard dans leurs paiements des factures d'eau.

Des incidents tels que les événements de Baltimore et Ferguson révèlent l'état réel des rapports de classe, non seulement dans ces deux villes, mais à travers les États-Unis. Si l'opposition sociale prend la forme d'émeutes, c’est parce qu’à l'intérieur du système politique dominé par les deux partis droitiers du grand patronat, elle n’a pas d’exutoire à travers lequel elle puisse s’exprimer

(Article original publié le 28 avril 2015)