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Montréal suspend 2400 cols bleus pour avoir participé à une assemblée «illégale»

Par Laurent Lafrance
16 décembre 2015

La ville de Montréal a annoncé la suspension sans solde, pour une durée d’une semaine, de 2400 employés municipaux qui ont participé à l’assemblée générale spéciale du 8 décembre dernier, convoquée par le syndicat des cols bleus pendant les heures de travail.

La veille de l’assemblée, le maire de Montréal Denis Coderre avait obtenu de la Commission des relations du travail (CRT) une ordonnance sommant les travailleurs de ne pas assister à cette réunion et de «fournir les prestations de travail prévu dans leur contrat». Refusant de se laisser intimider, les cols bleus ont défié en masse cette injonction pour se rendre en assemblée de 8h à 9h30 du matin. Celle-ci s’est déroulée sous haute surveillance policière.

Les travailleurs étaient venus exprimer leur colère envers la loi 15 qui impose des coupures sévères dans les retraites, et contre le «pacte fiscal» conclu entre le gouvernement du Québec et les municipalités, qui va donner aux villes le pouvoir de décréter les conditions de travail de leurs employés.

Le maire de Montréal a aussitôt qualifié l’assemblée d’«illégale» et averti qu’il imposerait de sévères sanctions. Il a invoqué un jugement de la Cour suprême stipulant que la participation à une grève illégale est un motif suffisant de congédiement.

Les suspensions touchent également des hauts responsables syndicaux (deux mois sans solde) ainsi que des délégués syndicaux (un mois sans solde). Comble de la provocation, la Ville de Montréal impose les sanctions de manière «non-continue» pour ne pas perturber les services.

Ces sanctions ne sont que les dernières d’une longue série. En septembre 2014, Coderre avait suspendu des dizaines de travailleurs qui avaient pénétré dans l’Hôtel-de-ville de Montréal pour protester contre la restructuration unilatérale des régimes de retraite. La police avait porté des accusations criminelles contre des dizaines d’autres.

Coderre accuse les employés municipaux de recourir à de l’«intimidation» alors que c’est son administration qui ouvre les conventions collectives et attaque les salaires, les retraites et autres avantages sociaux pour lesquels ont lutté des générations de travailleurs.

Il ne fait aucun doute que Coderre a reçu cette semaine la bénédiction du premier ministre québécois Philippe Couillard, avec qui il entretient d’étroites relations. C’est en collaboration avec Coderre et le maire de la Ville de Québec, Régis Labeaume, que le gouvernement libéral a conçu le projet de loi 3 sur les retraites (devenu loi 15) et adopté un «pacte fiscal» qui permettra aux municipalités d’imposer les conditions de travail.

La criminalisation des luttes ouvrières ne vise pas seulement les cols bleus, mais l’ensemble des travailleurs au Québec et au Canada – particulièrement le demi-million d’employés de l’État québécois qui font face à une brutale offensive sur leurs salaires, régimes de pensions et conditions de travail.

Si le gouvernement Couillard compte sur la bureaucratie syndicale pour étouffer la colère grandissante des membres de la base, il se tient prêt au même moment à adopter une loi spéciale pour imposer ses mesures d’austérité et à utiliser tout l’arsenal de répression étatique – y compris les tribunaux et la police – pour criminaliser les travailleurs qui oseraient défier un décret gouvernemental.

En ce sens, la décision du maire Coderre de punir les employés municipaux représente un sérieux avertissement pour les travailleurs du secteur public et pour toute la classe ouvrière.

Les syndicats du Front commun du secteur public commencent à parler de la menace de loi spéciale – après avoir gardé un silence radio sur cette question cruciale pendant des mois – parce qu’ils veulent s’en servir pour pousser leurs membres à accepter une entente à rabais.

Les centrales syndicales, y compris la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) qui représente tant des travailleurs municipaux que du secteur public, ne font rien pour unir les diverses luttes ouvrières dans une contre-offensive anti-austérité. Les chefs syndicaux savent qu’une telle mobilisation nécessiterait une lutte politique qui mettrait en danger le capitalisme québécois et canadien, dont ils bénéficient directement – notamment par le contrôle de riches fonds d’investissement comme le Fonds de solidarité de la FTQ.

Tous les travailleurs et les jeunes doivent venir à la défense des travailleurs municipaux criminalisés, car il s’agit d’un avant-goût de ce qui se prépare pour l’ensemble de la classe ouvrière.

Pour s’opposer sérieusement aux politiques d’austérité de la classe dirigeante et aux mesures répressives de l’État, un changement de stratégie est nécessaire. Les travailleurs doivent rompre politiquement avec les syndicats pro-capitalistes qui aident l’élite dirigeante à imposer l’austérité, et bâtir des comités de membres de la base, indépendants des syndicats.

Une des premières tâches de ces comités serait d’unir la lutte des travailleurs municipaux à celle des 500.000 employés de l’État dans le cadre d’une contre-offensive politique de toute la classe ouvrière québécoise et canadienne contre l’assaut généralisé sur les salaires, les emplois et les services publics.