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Lettre ouverte du Parti de l'égalité socialiste (SEP-Royaume-Uni)

Le SEP demande que l'Enquête sur les infiltrations policières publie les noms de tous les agents de la police et de tous les espions

Parti l'égalité socialiste (SEP-Royaume-Uni)
14 décembre 2015

Cette lettre ouverte a été adressée à l'enquête sur les infiltrations policières en Grande-Bretagne, dirigée par le juge Pitchford.

Le Parti de l'égalité socialiste demande la publication immédiate des noms de tous les agents des renseignements infiltrés et notamment de ceux qui ont été actifs dans le Workers Revolutionnary Party (ainsi que les organisations qui l'ont précédé et celles qui lui ont succédé), leurs noms de code et les dates auxquelles ils ont opéré.

Nous refusons le cadre fixé à cette enquête, qui n'a été lancée qu'après que les noms de certains agents infiltrés ont été soit rendus publics par les agents eux-mêmes, soit découverts par leurs victimes.

Même le peu d'informations disponibles montre clairement que, dans de nombreux cas, ces agents infiltrés ont été impliqués dans et ont dirigé des activités criminelles. Parmi celles-ci, le viol validé par l'État de huit femmes activistes, entrainées par duperie dans des relations durables avec des agents et dont certaines ont eu des enfants d'hommes envoyés pour les espionner elles et leurs condisciples. Cinq de ces agents ont été identifiés – John Dines, Andrew Boyling, Mark Jenner, Bob Lambert et Mark Kennedy.

Des cas similaires de duperie ont entraîné des peines de prison de plusieurs années. Ce mois-ci, la Police de Londres a dû verser des millions de livres sterling d'indemnités à sept des femmes victimes de ses agents infiltrés et a dû admettre que cette activité était « abusive, trompeuse, manipulatrice et injustifiée » et qu'elle constituait une violation des droits fondamentaux de ces femmes. Pourtant aucun des agents n'est poursuivi et leurs vrais noms n'ont pas été révélés sauf dans les cas où il n'était plus possible d'empêcher l'information de circuler.

Outre ces crimes, il a été établi que des agents infiltrés avaient usurpé les noms d'enfants morts pour obtenir une fausse identité pour leur travail d'infiltration, et qu'ils ont activement dirigé et/ou pris part à des activités illégales avec pour objectif de monter des provocations pour piéger les personnes surveillées.

En dépit de ces preuves, l'objectif déclaré de cette enquête est d'« investiguer le rôle et la contribution des infiltrations policières dans la prévention et la détection des crimes » [c'est nous qui soulignons]. Elle ne peut que dissimuler l'étendue véritable des infiltrations par l'État en limitant ses investigations à ce qui est déjà connu.

Le statut de « participant central » dans cette enquête dépend de ce que la personne est déjà consciente d'avoir été espionnée par un agent. Jusqu'ici, ce statut, qui donne droit à l'assistance d'un avocat, n'a été accordé qu'à 213 personnes physiques et organisations, dont 18 agents infiltrés ainsi que la Police métropolitaine et la National Crime Agency [service de lutte contre le crime organisé, ndt] qui déploient régulièrement des agents infiltrés.

Étant donné que cette enquête est censée se focaliser sur la période de 40 ans après 1968, ces chiffres ne sont en aucun cas représentatifs de l'étendue véritable des activités d'espionnage entreprises. L'essentiel de l'attention s'est portée au début sur l'activité visant les groupes écologistes et de défense des animaux, ainsi qu'un certain nombre de campagnes pour la justice – notamment celles relatives à des meurtres commis par la police (comme l'affaire Jean Charles de Menezes) ou des irrégularités policières comme dans le cas de la famille de Stephen Lawrence et des familles des victimes de la catastrophe du stade de Hillsborough en 1989.

Des syndicats, dont le Syndicat national des mineurs, le Syndicat des pompiers et le syndicat du bâtiment UCATT, ont également été visés et sont parmi les participants centraux. Il y a également le Blacklist Support Group [BSG], une campagne de justice pour les travailleurs auxquels les entreprises du bâtiment refusent l'embauche du fait de leur activité politique ou leur militantisme syndical, et des individus du groupe antiraciste du Parti socialiste d'Angleterre et du Pays de Galles.

Parmi les organisations déjà identifiées, le nombre de personnes qui seront tombées involontairement sous la surveillance d'agents infiltrés doit se compter en milliers. Et cela ne représente que les activités d'une poignée d'agents dont les noms ont été rendu publics. Le nombre réel des personnes touchées par de telles opérations doit se compter en dizaines de milliers.

Presque aucune organisation politique ne figure actuellement sur la liste des témoins à cette enquête. C'est particulièrement remarquable étant donné que cette enquête se concentre sur le Special Demonstration Squad [groupe spécial contre les manifestations, ndt] créé spécifiquement dans le cadre d'une opération de haut-niveau contre la gauche.

Le SDS fut créé en 1968 sous le Premier ministre travailliste Harold Wilson à une époque de convulsions révolutionnaires et de montée de la lutte des classes en Grande-Bretagne et dans toute l'Europe. Il est établi qu'il reçevait pour ses opérations un « budget spécifique et secret » du ministère de l'Intérieur. Il était chargé de rassembler les informations sur ceux considérés « poser un problème à l'Etat » et envoyait ses rapports au MI5 et à la Special Branch [renseignements intérieurs et renseignements de la police, ndt].

Des informations révélées par les ex-agents du MI5 Peter Wright et David Shayler, entre autres, indiquent que le Workers Revolutionnary Party (WRP) et son prédécésseur, la Socialist Labour League (SLL), ont été la cible d' opérations d'infiltrations à partir de la fin des années 1960 – avec la présence d'au moins un agent dans la direction du parti.

Le WRP qui fut jusqu'en 1986 la section britannique du Comité international de la Quatrième internationale avait de nombreux partisans dans d'importantes sections de la classe ouvrière et parmi de nombreuses personnalités connues du monde artistique. Le Hansard [recueil officiel des débats parlementaires, ndt] mentionne qu'au cours d'un débat à la Chambre des Lords sur la menace de « la subversion et de l'extrémisme » le 26 février 1975, le Comte de Kimberley a déclaré que c'était « de loin la plus dangereuse des organisations trotskystes du pays. Elle est plus grande, mieux organisée et, du point de vue de l'agitation sur les lieux de travail, menée de manière plus intelligente que ses rivales. »

En septembre 1975, le centre d'éducation marxiste du WRP dans le Derbyshire fit l'objet d'une descente de la Special Branch qui se servit du prétexte d'un article diffamatoire du journal L'Observer. Le documentaire True Spies diffusé par la BBC en novembre 2002, laissa entendre que la machination et la descente contre le WRP impliquant laSpecial Branch s'était faits en utilisant un agent infiltré. « Tom », listé comme agent de ce service de 1977 à 1987, était payé 500 livres par mois pour espionner le WRP. Dans le même reportage, Tony Robinson, qui travailla à la Special Branch du Lancashire de 1965 à 1981, fait la liste des organisations où étaient infiltrés des agents et leur nom de code – 735 pour le WRP. L'on ne sait pas s'il s'agissait de la même personne que « Tom ».

Que le SDS ait été ou non directement impliqué dans tous ces cas ou certains d'entre-eux, il n'était qu'un élément d'une vaste opération qui a pris diverses formes aux cours des décennies et dont on sait qu'elle ciblait, outre la SLL/WRP, le Socialist Workers Party, la Militant Tendency et bien d'autres. Ces activités continuent jusqu'à ce jour sous la direction de la Confidential Intelligence Unit et de la National Domestic Extremism and Disorder Intelligence Unit. D'après l'agent Mark Kennedy, les informations qu'il récoltait dans son travail d'infiltration des manifestations contre le G8 en Écosse en 2005 « allaient directement sur le bureau de Tony Blair [alors Premier ministre] ».

Malgré tout cela, le cadre fixé pour cette enquête déclare que toute preuve d'une éventuelle « erreur judiciaire » suite aux activités d'agents infiltrés, sera renvoyée « à des membres dirigeants du Service des poursuites judiciaires de la Couronne et de la police. » Qu'on demande à l'État de se charger des suites à donner à ses propres actes criminels montre bien que, loin de se pencher sur la grave menace aux libertés fondamentales que représente ces activités, cette enquête va les camoufler.

Le Parti de l'égalité socialiste exige la publication immédiate des détails concernant toutes les opérations d'infiltration contre la SLL/WRP et appelle tous ceux ayant des informations sur toute activité de ce type à les rendre publiques.