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L’état de la société américaine à l’aube de 2015

Par Andre Damon
13 janvier 2015

Alors que la nouvelle année commence, la crise sociale qui frappe des dizaines de millions de travailleurs aux États-Unis s’aggrave. La faim, la pauvreté et le chômage de longue durée sont à leur plus haut niveau depuis des décennies, alors que des services sociaux vitaux continuent d’être sabrés.

Mais ce n'est pas en lisant la presse, en écoutant les nouvelles ou les déclarations des politiciens que quelqu'un pourrait être mis au courant de cette situation. Le discours officiel est dominé par la supposée reprise économique, caractérisée par les profits records des sociétés et le prix des actions. Le fait que la grande majorité de la population trouve de plus en plus difficile de joindre les deux bouts ne trouve aucun écho dans les médias ou la politique officielle.

Le nouveau Congrès, dominé par les républicains et travaillant avec l’administration Obama, va se concentrer à réduire les taxes des sociétés et la réglementation, planifier de nouvelles guerres et étendre l’appareil répressif de l’État. Aucun représentant de l’establishment politique, incluant la soi-disant libérale Elizabeth Warren et le «socialiste indépendant» Bernie Sanders, ne propose quelques mesures d'importance que ce soit pour répondre à la crise sociale croissante.

La constante de la politique domestique – poursuivie avec enthousiasme par les deux partis de la grande entreprise – est un assaut sans relâche contre la classe ouvrière.

Des programmes sociaux essentiels sont encore réduits. La semaine dernière, le financement temporaire de deux ans d’une augmentation des paiements destinés aux médecins qui traitaient les patients du régime Medicaid est arrivé à échéance, causant une réduction de 43 pour cent de ces paiements. Cette réduction va pousser les médecins à refuser de soigner les patients du régime Medicaid alors que des millions de personnes à faible revenu vont s’ajouter à la liste des patients sur ce programme en raison de la réforme de la santé Obamacare.

Cette semaine le Centre sur les priorités politiques et budgétaires (Center on Budget and Policy Priorities) a rapporté qu’un autre million de personnes allaient perdre d’ici l’an prochain l’accès aux coupons alimentaires en raison de la limite d’accès de trois mois imposée aux adultes sans enfant. Le financement fédéral des coupons alimentaires a subi des coupures de milliards de dollars à deux occasions au cours des trois dernières années.

Ces politiques régressives et antisociales sont reproduites au niveau des États et au niveau local. La ville de Detroit, qui vient à peine de sortir de la plus importante faillite municipale de l’histoire des États-Unis après avoir réduit les pensions et les avantages sociaux en santé des travailleurs municipaux, avise en ce moment les occupants de 35.000 résidences d’une reprise de possession s’ils ne paient pas les taxes. La menace de reprise de possession pourrait affecter près de 100.000 personnes, ou un résident de la ville sur sept.

Cette annonce arrive alors que la ville continue de couper systématiquement l’eau potable à des milliers de résidents.

La faillite de Detroit sert de modèle pour le pillage des avantages sociaux des travailleurs et pour la privatisation des services publics pour les autres villes à travers les États-Unis. Les reprises de possessions massives et le programme de coupure d’eau vont également servir de précédent pour s'emparer de ce qui pourrait avoir de la valeur dans le parc immobilier des quartiers ouvriers et pauvres.

Ces politiques vont exacerber la crise sociale à laquelle fait face la classe ouvrière, qui a été dévastée non seulement par la crise de 2008, mais également par la «reprise» caractérisée par la chute des salaires et la détérioration des conditions de travail et de vie.

La chute des salaires a contribué à la montée de la pauvreté, qui est passée de 12,6 pour cent de la population en 2007 à 14,5 pour cent en 2013. Selon le Bureau des statistiques sur les mesures supplémentaires de pauvreté (Census Bureau’s Supplemental Poverty Measure) (SPM), 47 pour cent des Américains ont un revenu qui ce situe en deçà de 200 pour cent du seuil officiel de pauvreté. La moitié de la population du pays est ainsi soit pauvre ou presque pauvre.

Selon une étude utilisant le SPM comme guide, «près de deux tiers des résidents de la Ville de New York ont eu des difficultés à joindre les deux bouts à un moment ou un autre en 2012».

Près d’un enfant sur quatre vit dans la pauvreté, le niveau le plus élevé depuis 20 ans. Un enfant sur cinq ne mange pas à sa faim, l’insécurité alimentaire est passée de 11 pour cent en 2007 à 16 pour cent en 2013.

Bien que le taux de chômage officiel ait diminué, la part des hommes en âge de travailler qui ont un emploi a atteint son niveau le plus bas en novembre 2014. Cette statistique a chuté de 86,7 pour cent en 1948 à 69 pour cent aujourd’hui. La part des employés travaillant pour des agences de placement a augmenté durant la «reprise». Plus de 12 millions de personnes, ou dix pour cent de la force de travail, travaillaient à temps partiel pour une agence de placement à un moment donné en 2013.

La part du revenu national qui va au 1 pour cent le plus riche, et surtout le plus riche 0,1 et 0,01 pour cent, augmente par bond. La démocratie ne peut être qu’un canular dans une société caractérisée par un tel niveau d’inégalité.

Le système politique américain n’est pas une démocratie; c’est une ploutocratie – un gouvernement de riches pour les riches. L’aristocratie financière des banquiers et des parasites financiers dirigent le pays à l'aide de la CIA, de l'armée et d'une coterie de politiciens grassement corrompus, de la Maison-Blanche et du Congrès jusqu’à l’Hôtel de Ville.

La semaine dernière, Bloomberg a rapporté que «trois des bailleurs de fonds politiques les plus riches du pays ont vu leurs revenus augmenter en 2014 de plus de 3,7 milliards, le coût total des élections de mi-mandat». Ce qui veut dire qu’il est possible pour une seule personne d’acheter non pas seulement quelques congressistes ou sénateurs, mais une élection au complet. Tout ce qui viendrait remettre en question les intérêts de l’oligarchie ne peut de quelque façon que ce soit être mis en oeuvre dans le cadre de ce système. Le «blocage bipartite» qui prévaut au Congrès est en large mesure un théâtre politique ayant pour objectif de tromper le public et d’obscurcir le large consensus bipartite pour l’austérité au pays et la guerre à l’étranger.

La divergence croissante entre les besoins et les aspirations de la grande majorité de la population et le système politique sclérosé, exprimé par le taux de participation le plus bas enregistré lors des élections de l’an dernier, doit au final produire des conséquences révolutionnaires. Il y a déjà des signes, telle la vague de manifestations contre la violence policière, de luttes de masse à venir.

Elles ne pourront réussir que si elles prennent la forme d’une lutte politique indépendante de la classe ouvrière contre les deux partis du patronat et le système capitaliste qu’ils défendent.

(Article paru d'abord en anglais le 6 janvier 2015)